La fille au cul qui me hante (la nouvelle littéraire)

Libido vient du mot latin libido qui veut dire « désir ». Selon Freud, le mot libido signifie l’énergie psychique qui se dégage des pulsions sexuelles. Selon mon médecin, cette fameuse libido devrait me revenir bientôt grâce au sevrage des antidépresseurs enfin complété. Selon moi, malgré ses origines latines, ce mot garde mon sang plutôt tiède. J’ai l’impression d’être un de ces pauvres gais en région. Celui qui feint une attirance pour les femmes afin d’être dans la gang. Cette hypocrisie me rend fou. J’ai hâte de redevenir moi-même. Redevenir con. Un peu plus guidé par mes bas instincts.

Du coup, ma tête se met à converser avec elle-même.
« Comme si tu t’en servais tant que ça de tes bas instincts!
– Qu’est-ce tu veux dire par là?
– Ben là, t’as jamais abordé une fille de ta vie. T’attends toujours qu’elle fasse toute.
– Ouin, mais avant, au moins, j’avais le goût d’y aller. »

En attendant, je regarde passer les trains de métro. Le regard dans le vide.

C’est là qu’elle est entrée dans mon champ de vision. Qu’elle s’est insérée dans le cadre. Qu’elle s’est imposée dans mes fantasmes.

La fille au cul qui me hante.

Comment fait-elle pour marcher avec autant de photogénie? Sa démarche ferait rougir de honte n’importe quelle danseuse de hip-hop. Ses déhanchements m’hypnotisent. Ma tête se met à valser mollement au rythme de ses courbes. Sincèrement, ça pourrait bien être le plus beau cul habillé que j’aie vu de toute ma vie. Tout mon corps a le goût de lui manifester : « Vraiment, mais vraiment bébé, ton cul est malade! »

Elle s’arrête.

La trêve de mouvements donne une chance à mon coeur de récupérer ses quelques battements de retard. Je pourrais aller lui parler. Initier quelque chose. Toutefois, tandis que mon sang frôle déjà l’ébullition, le reste gèle. Ma bouche est ouverte, hésitante. Si les antidépresseurs avaient tendance à me faire serrer la mâchoire, son cul vient de me la dévisser. Alors que mon cerveau réfléchit à toutes les autres solutions qu’il pourrait m’apporter, elle se retourne. Mes yeux se précipitent instinctivement vers le plancher, s’agrandissant sous la panique d’être surpris en flagrant délit. J’attends cinq secondes. Je me risque à relever la tête. L’image me ressaisit.

Quel cul!

Tout ce que je trouve à faire pour contenir ma passion, c’est de me mordiller la lèvre du bas. Intuitivement, j’entre dans le même wagon qu’elle.
« T’es en train de suivre une fille pour son cul?
– Ben non, il s’adonne qu’elle va dans la même direction que moi.
– Ça fait huit trains que tu laisses passer, stalker.
– Je rentre chez moi, c’est tout. »

De toute façon, c’est vrai, je n’ai jamais eu le courage d’aborder une inconnue en public. Reste que son cul enflamme mon courage, attise mon envie de commencer. Mais qu’est-ce qu’on dit à une femme qui nous obsède autant? Pis encore, qu’est-ce qu’on dit à une femme dont le cul nous obsède?

« Bonjour, je regardais votre popotin et soudain l’envie m’est venue de vous connaitre davantage. »

Je gagne des points pour l’honnêteté, mais l’approche demeure grotesque. Pourtant, elle fonctionnerait probablement pour moi. Une fille qui vient me voir pour me féliciter sur mes fesses, c’est quand même une belle amorce.

Peut-être masquer mon idée fixe avec une invitation à manger?

« Salut, je me demandais si on pouvait pas aller bouffer de quoi ensemble pis plus tard dans la veillée, je sais pas, peut-être que je pourrais te tâter un peu. »

Je commence à me trouver un peu ridicule.
« C’est ça, fais le clown au lieu d’aller lui parler.
– T’as une idée du nombre de fois que ce genre de fille-là se fait aborder dans une journée?
– Il est passé où ton drame de t’à l’heure, hein? “J’ai pu de libido, je veux redevenir une bête! Bouhouhou!”
– Sans compter que c’est sûrement par des hommes aux corps de nageurs olympiques.
– Veux-tu ben aller lui parler! Il va être trop tard! »

D’accord, on se calme. Je descends à la prochaine station. J’en profite pour envisager des scénarios en la matant. Et ma lèvre du bas qui en prend un coup.

« Désolé de te déranger bébé, mais est-ce que je pourrais juste te taper une fesse? »

Arrête de jouer au con. T’es meilleur que ça. On peut être direct avec les filles, il suffit d’éviter la vulgarité. Garder une certaine classe. La fille va accepter que tu t’intéresses à son cul, elle veut juste pas savoir que c’est tout ce qui t’intéresse. Si ça se trouve, elle te trouvera charmant dans tes tourments.

« Salut, j’aurais vraiment le goût de te faire l’amour là, là. »

Ça, c’est bien, c’est direct. Mais tu poursuis avec quoi si elle ne te gifle pas, tombeur? Quoique la suite n’est pas si importante. Comment une fille peut-elle s’avérer décevante avec un cul comme celui-là? Moi, je serais prêt à n’importe quel compromis pour qu’elle me soit exaucée. Qu’est-ce qu’un gars peut demander de plus?

On arrive bientôt à la station Beaubien. Le trajet n’a jamais été si court. Je la vois rapailler ses choses ; elle s’apprête à sortir. Le train s’immobilise. Les portes s’ouvrent. Le destin est parfois bien fait. Parfois.

Je sors.
Je m’arrête.
Seul.

Saisi de panique, je n’arrive pas à m’expliquer ce qui vient de se produire. Je pourrais me retourner pour au moins voir son visage avant son départ, mais non. Mon regard retrouve le vide.

Je rentre chez moi, c’est tout.

18 thoughts to “La fille au cul qui me hante (la nouvelle littéraire)”

  1. Excellent ! Vraiment vraiment très bon !
    J’adore cette ligne: Si les antidépresseurs avaient tendance à me faire serrer la mâchoire, son cul vient de me la dévisser.
    :)

  2. Je lisais ca, je sais pas pourquoi, mais le début a un rythme de slam (enfait, ben des textes de slam, c’est du monde qui se parle tout seul).
    Ca ferait un bon texte.

  3. Berslak! méchante fin abrupte! Vraiment très accrocheur ton texte. (Super bon pour un humoriste en devenir ;)

    Mon conseil: Fais le donc: abordes en une inconnue. Certes, ce cul te hante mais si je ne m’abuse, l’abordage per se te hante tout autant.

  4. Hallucinant man! Franchement tu devrais penser à en faire des nouvelles de ce genre (inspiré de la vie de tous les jours bien sur) un peut plus souvent.

    Que de talent…

  5. Très bon!!! Tu devrais en faire une aussi ta journée de tempête de neige il y a quelques années et toutes tes péripéties dans le métro! Jsuis sur que ca pourrait donner quelque chose d ebon!

  6. J’ai jamais été bin bonne pour critiquer à part quand on l’exige de moi, j’suis plus portée sur le « j’aime » / « j’aime pas » alors voilà, j’vais seulement exprimer ma première réation: j’aime. :)

  7. Révise ta fin, ca concorde pas. Tu dis que c’est la fille qui rapaille ses affaires pour sortir et apres c’est toi qui sort et elle qui reste, ca fitte pas…

  8. Mis, ben c’est ça un renversement, c’est pour ça que le perso se fait avoir, il pense qu’elle sort et finalement non. Je pourrais peut-être accentuer le fait que c’est bien à cette station-là que le gars sort.

  9. C’est des types frustrés et impatient ça!!!!
    Le conseil :
    1)Entraîne toi devant ta glace pour la prochaine fois afin de sortir des phrase alléchante,lol
    Le pire c’est le type qui a de la conversation, sans l’utiliser car c’est un atout mageur.
    2)Calme tes pulsions animals, c’est moche un chien un rut.
    Sinon tu deviendras ce psychopate avec ces magazines de Q, en fesant KAKA et qui baisera des P…
    Conclusion, il faut passer par toutes sortes de tribulations, avec de la patience cette phrase marchera vraiment : « Salut, j’aurais vraiment le goût de te faire l’amour là, là. »
    P.S : Je dis ça car les mecs qui lisent ça et qui se voit dans cette histoire, franchement ça fait peur… J’imagine le regard du pervers qui te dévisage, BEURK
    Oublier pas « Femme qui rit, femme séduite? »

  10. Moi c’est le titre qui me hante. Ç’est comme une version érotisée de « La fille aux cheveux de lin ». Je me demande quelle musique pourrait y être associée?

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