Réflexion sur mon humour
C’est un devoir que j’ai à remettre lundi. C’est un peu tout croche, je savais pas trop comment arranger ça pis c’est le troisième devoir qui est un peu la même chose faque je suis tanné.
Si vous avez des trucs à proposer, gênez-vous pas.
C’est très difficile pour moi de définir mon humour. Avec l’École, je le découvre un peu plus chaque semaine.
J’ai commencé à m’intéresser à l’humour plus sérieusement après ma phase Yvon Deschamps. J’ai lu toute son oeuvre. Je le trouve très drôle et extrêmement intelligent. J’adore sa façon de passer les messages qu’il veut passer. Sa capacité à brasser la cage et faire réagir les gens. Au-delà de ça, ce que j’apprécie beaucoup, c’est que ce n’est pas que de l’humour. Ou plutôt, on ne fait pas que rire. Deschamps nous fait passer par toute la gamme des émotions. C’est sûrement dans ce contexte-là où j’admire le plus cette forme d’art.
J’admire aussi le fait que la démarche de Deschamps soit honnête. C’est un artiste intègre qui s’exprime. Pas un homme d’affaires qui cherche seulement à faire de l’argent et être populaire. Deschamps n’a pas fait d’études de marché pour savoir ce qui est tabou et par la suite décidé d’en profiter pour provoquer des scandales. Loin de moi l’idée de me comparer au monument Deschamps, mais je parle de lui parce qu’il m’a certainement beaucoup influencé.
En ce qui me concerne, d’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai cherché à faire rire. Autant les copains que la fille cute. J’ai aussi toujours eu un côté baveux. J’ai commencé à écrire plus rigoureusement dans les dernières années. Ironiquement, je suis aussi devenu quelqu’un de plus sérieux et qui cherche moins le rire. Quand j’écris, je le fais avant tout pour m’exprimer. Il m’arrive fréquemment d’aborder des enjeux de société ou politiques, mais plus souvent qu’autrement, c’est des textes très personnels centrés sur mon individu. Ça me sert en premier lieu d’exutoire et par la même occasion, je peux communiquer un message à des gens.
Dans mes textes personnels, le personnage principal est souvent un perdant sympathique. Assez pathtéique. La plupart du temps obsessif, obsédé. Il est seul et célibataire. Il a aussi tendance à être très cynique et négatif. Des fois blasé, des fois cinglants. Je parle souvent de cul et de filles. Des trucs qui me préoccupent. Des trucs que j’entends pas dire ailleurs. Je n’ai pas pour l’instant le réflexe d’écrire dans la peau de personnages bien différents de ma personne. C’est toujours quelqu’un qui me ressemble beaucoup. Ça vient sûrement du fait que justement, mon inspiration me vient de trucs très personnels que je désire partager, désamorcer ou extérioriser. C’est toujours plutôt terre à terre. Ça peut être absurde mais pas à l’extrême. C’est aussi très rare que je vais être cabotin.
Je n’ai pas encore beaucoup expérimenté du côté des personnages. Ça ne me vient pas naturellement. Dans le cours d’improvisation, j’ai créé un personnage très différent de moi. C’est un anglophone mythomane très souriant qui cherche à se faire des amis. Il cherche constamment à prendre la couleur de l’autre personne. Le succès que j’ai eu avec ce personnage me motive à essayer d’expérimenter un peu plus de ce côté-là. Ça serait juste une corde de plus à mon arc, mais je pense cependant que mon style réside davantage dans les trucs plus personnels sans personnage caricatural ou très typé.
Pour ce qui est du contenu, c’est important pour moi de dire quelque chose avec mes textes. En fait, c’est l’inverse. Je dois d’abord être préoccupé par quelque chose pour avoir envie d’écrire. Dans la vie de tous les jours, il m’arrive de vouloir faire rire pour faire rire, mais très rarement dans mon écriture. Je commence toujours à écrire avec une idée de sous-texte que je trouve pertinente. Qui me touche d’une quelconque façon. Au point que j’ai besoin d’en parler.
Je ne crois pas pour autant que les humoristes ont la responsabilité d’avoir du contenu social et/ou politique dans leurs textes. Les humoristes sont là pour faire rire, point final. Et même si j’ai souvent des textes engagés, je respecte autant les gens qui veulent faire rire sans nécessairement passer un quelconque message. Chacun son trip. S’il manque de contenu dans la scène humoristique québécoise, c’est la faute des producteurs qui choisissent seulement des humoristes avec moins de contenu. Il y a des tonnes d’humoristes au Québec et il y en a pour tous les goûts, c’est les diffuseurs/producteurs qui décident de ce qui se rend au grand public. C’est à eux que revient cette responsabilité.
En ce qui concerne ma langue. Je fais de gros efforts pour l’améliorer le plus possible parce que c’est important pour moi de bien m’exprimer. C’est l’outil avec lequel je travaille, j’ai tout intérêt à le maitriser. Je pense que ça me donne aussi plus de crédibilité. C’est aussi une façon de me laisser le plus de portes ouvertes que possible. Mais encore une fois, je ne crois pas que l’humoriste a une quelconque responsabilité face au public par rapport à ça. C’est encore le diffuseur/producteur qui est responsable du produit qu’il diffuse à mon avis. L’émotion passe par la langue populaire. Une des façons de se rapprocher des gens, c’est de parler comme eux. Je ne vois rien de mal à ça.
Et une grande partie de la responsabilité va au public qui décide de ce qu’il consomme.
Je me permets aussi de parler de n’importe quoi, sans exception. Si j’ai envie d’aborder un sujet tabou, je le fais. Je n’ai pour l’instant aucune contrainte à ce niveau et j’espère toujours pouvoir conserver ce luxe. De nos jours, les plus grands obstacles à la libre expression sont sûrement les commanditaires. Les grosses tribunes sont souvent massivement commanditées et ces compagnies ne veulent pas prendre de chance avec du contenu possiblement offensant. Comme pour le contenu social/politique et la qualité de la langue, j’écris à ma façon et j’essaie de rester authentique au maximum. Il m’arrive d’avoir du contenu qui peut offenser des personnes sensibles, mais je n’ai pas tendance à aller dans la facilité. Je n’aime pas particulièrement choquer pour choquer et écrire dans la facilité.
Peut-être mon humour est-il trop centré sur ma petite personne. Peut-être pourrais-je essayer d’écrire avec un peu moins de nombrilisme. J’essaie simplement de faire mes trucs à ma façon. Pour l’instant, je pense que c’est sain d’expérimenter. J’apprends tranquilement à connaitre mon style.
C’est très bien dit. Tes idées sont claires, on comprend bien ce que tu veux dire.
Aimes-tu le travail de françois Avard? ce que tu fais me fait penser à lui.
N’oublie pas de corriger ton texte.
Dans ce cas, j’ai bien hâte de te voir sur des planches plus ou moins proches de chez moi.