Mon texte pour la revue Zinc

J’hésitais à le poster au début vu que je voulais qu’ils vendent le plus de copies possible. Là si vous l’avez pas acheté, j’imagine que vous le ferez jamais.

Moi je suis content d’avoir une copie, ça look pas pire avec la grosse photo pis ma super bio.

Je voulais avoir le texte sur 10putes pcq c’est un bon texte de départ pour les nouveaux.

C’est un texte que j’ai écrit en août et qui a été publié dans le Zinc de novembre (encore disponible) où fallait que j’explique c’était quoi un blog pour moi ou qq chose du genre.

C’est long en batard un post de 3500 mots!

Alors voilà :

Il m’est impossible de décrire ce qu’est un blogue de façon simple. Pour moi un blogue c’est tellement de choses. C’est un médium qui m’a permis de créer, échanger, décharger. Je n’ai toujours pas fait le tour de tout ce que ça peut être.

Un blogue, c’est une pute.

Désolé chers lecteurs du Zinc mais j’ai toujours voulu faire la célèbre comparaison de pute qu’on fait avec n’importe quoi. J’ai pour mon dire qu’on peut toujours tout comparer avec une pute. En ce qui a trait à 10putes.com, ça se compare parce que je peux vraiment me permette d’être égoïste et ne penser qu’à mon propre plaisir. Faire tout ce qui m’allume que je n’ose pas faire avec les autres. Et j’en profite à fond. Je n’ai que deux trucs dont je ne parle pas. Le premier: I don’t kiss and tell. Et le deuxième : je ne parle pas de lutte. Il faut quand même respecter un tant soit peu son public. Pour le reste, je tente d’écrire tout ce dont j’ai envie sans me filtrer par gêne ou autre mauvaise raison. J’essaie de me mettre en danger le plus possible. J’ai écrit quelques histoires personnelles très humiliantes comme mon premier baisé ou ma première baise. Je me suis rendu compte que de le raconter désamorce une grosse partie de la honte qui s’y rattache. Ça me permet de le mettre en perspective et voir à quel point j’ai tendance à m’en faire pour des conneries. C’est pour ça que je m’accorde le droit d’aborder tous les sujets qui me préoccupent, de la descente du souverainisme au dernier disque de Wolf Parade en passant par la taille de ma queue.

Un blogue, c’est un curriculum vitae, une carte d’affaires ou un portfolio.

Je crois que mon blogue a été un facteur important dans mon admission à l’École Nationale de l’Humour. Pas tant pour l’impact d’avoir un blogue populaire dans la section réalisations de mon C.V., mais surtout pour la pratique et l’expérience que mes 3000 textes m’ont apportées. Je me suis habitué à m’inspirer de tout et de rien pour écrire. Apprendre à mieux développer mes idées et être mieux compris. C’est fou comme une tournure de phrase peut changer complètement le message qu’on essaie d’envoyer. D’autant plus que sur un blogue, la réaction est pratiquement immédiate. Ça ne prend que quelques minutes avant d’avoir une foule de commentaires et constater qu’on s’est mal exprimé. J’ai aussi eu l’occasion de me faire un vaste réseau de contacts grâce au blogue dans une multitude de domaines ce qui m’aide régulièrement.

Un blogue, c’est une grosse agence de rencontre.

On ne se le cachera pas, le monde des blogues est un immense meat-market. Tant de gens seuls qui veulent désespérément trouver quelqu’un (ou quelques uns). Avec mon incapacité à aborder une fille en public, ça peut être un des côtés très agréables à posséder un blogue. La grande majorité des filles que j’ai fréquentées dans les dernières années sont arrivées dans ma vie grâce à 10putes. Ouais, je sais, ça a quelque chose d’un peu perdant mais d’un autre côté, c’est juste une façon de plus de rencontrer des gens et ça a ses avantages. D’une part, j’ai tendance sur mon blogue à exhiber tous mes pires défauts ce qui fait que je peux me permettre d’être complètement moi-même avec les lectrices qui m’abordent. Gros stress de moins. D’autre part, le fait que la fille me lise assure la plupart du temps qu’on a une certaine quantité de points en commun.

Un blogue, c’est un miroir déformant.

Même si ça nous permet de rencontrer plein de gens, les déceptions lors de ces rencontres sont très fréquentes. En fait, les agréables surprises font exceptions. Surtout avec les autres blogueurs qui ont souvent tendance à se donner une toute autre image sur le web. Certains mentent ouvertement en se faisant passer pour des stars. Pour d’autres, je me rends parfois compte que c’est moi qui m’étais monté tout un bateau et que je ne pouvais qu’être déçu. Évidemment, je ne fais pas exception à ce phénomène. Même si j’essaie d’être le plus authentique possible dans mes textes, chaque personne avec qui je fais connaissance m’apprend que je suis différent d’une quelconque façon de l’image que je projette sur le web. Cependant, c’est souvent positif étant donné que j’ai une forte tendance à me dénigrer. Chose certaine, on ne projette jamais ce qu’on pense. Le passage au contact réel et physique est toujours très bizarre et j’ai appris à avoir moins d’attentes pour éviter les grosses déceptions. Je privilégie de loin les contacts plus intimes aux gros rassemblements comme le Yulblog. Je suis trop timide (ou snob) pour affronter autant de monde (ou de groupies hystériques) que je ne connais pas d’un coup.

Un blogue, c’est une tribune, un courriel de masse, un journal.

C’est vraiment plaisant d’avoir un certain achalandage. J’ai non seulement le privilège d’avoir une petite influence sur une bonne quantité de gens mais aussi l’occasion d’avoir des réactions sur une vaste quantité de sujets qui me préoccupent ou sur lesquels je m’interroge. J’en profite pour lancer des débats ou pour faire connaître des articles de journaux ou des reportages qui m’ont inspiré. Quand je ne suis pas fixé sur un sujet, je n’hésite pas à consulter mes lecteurs. Je fais aussi fréquemment des montées de lait et il m’arrive occasionnellement de me faire remettre à ma place sur des sujets où je n’étais pas conscient de certains points pertinents. C’est très enrichissant.

Un blogue, c’est le rappel qu’on a jamais quitté la cours d’école.

J’ai toujours aimé les échanges (ou engueulades) inter-blogues où les opinions de deux blogueurs divergent complètement. Je lis un texte qui me fais vivement réagir et j’ai le goût de déblatérer sur le sujet durant une bonne page. Au lieu de commenter sur le blogue de l’autre, j’amène la game sur mon terrain. Ça donne souvent des échanges intéressants et pas seulement entre les blogueurs mais aussi entre les deux groupes de lecteurs respectifs des deux blogues. C’est deux communautés qui se rencontrent, deux gangs.

Un blogue, c’est un DJ.

Ça doit être par nostalgie du temps où je faisais des compilations de musique à une copine ou à un chummey. J’ai toujours aimé faire découvrir de la musique. En plus, avec le web on a de plus en plus accès à de petits groupes aux labels indépendants. Non seulement c’est captivant de découvrir de la musique, mais c’est aussi très agréable d’avoir l’impression d’aider certains groupes talentueux, qui n’ont pas la visibilité qu’ils méritent, à se faire connaître. J’en suis venu à décider que je ferais découvrir une nouvelle chanson à mes lecteurs quotidiennement. Après quelques mois, le concept s’est un peu perdu et essoufflé mais même si j’ai perdu le rythme, je continue de le faire aussitôt que je tombe sur de la nouvelle musique qui me passionne. Je ne me tanne pas de me faire complimenter sur les sélections de ma (liste/playlist).

Un blogue, c’est une radio, une scène, une patinoire d’impro.

Quand j’ai quitté ma carrière en informatique, j’avais besoin d’expérimenter pour savoir ce que je voulais faire de ma vie. Je savais que ça allait être quelque chose de plus artistique mais sans plus. C’est alors qu’avec des amis, j’ai créé une émission de radio (podcast) où on allait se permettre un peu n’importe quoi. Ça m’a permis de faire de l’animation, des entrevues avec les grands blogueurs du moment, des sketchs humoristiques. Des trucs que je n’avais pas eu l’occasion d’essayer simplement par écrit. Tout ça entremêlé d’une tonne de fous rires. Avec la popularité de mon blogue, on était assuré d’avoir quelques centaines d’écoutes à chaque fois et les commentaires qui viennent avec. Ça m’a permis d’apprendre beaucoup sur le médium et sur moi à savoir ce que j’aime là-dedans. J’aimerais maintenant expérimenter avec la vidéo et je travaille là-dessus.

Un blogue c’est un téléthon.

Conscients de tous les efforts et de l’argent que je mettais à entretenir mon blogue, certains lecteurs ont proposé de m’offrir de l’argent afin de m’encourager. Je n’aime pas l’idée de mettre de la publicité ou de charger quoi que ce soit pour mes écrits parce que très souvent avec l’argent viennent les attentes. Sur 10putes.com, je veux conserver mon droit à la médiocrité. Il reste que quand on t’offre de l’argent et que t’en n’as pas des tonnes, tu es moins à cheval sur tes principes. J’ai donc finalement mis une section pour accepter les dons. J’ai décidé de dire à l’avance ce que j’allais faire de l’argent parce que je voulais que le résultat de tout ça ait un certain rapport avec mon blogue et je ne voulais surtout pas dépenser l’argent à mesure. En à peine quelques mois, mes lecteurs ont accumulé près de 2000 dollars pour me payer un magnifique Macbook (ordinateur portatif). Ce cadeau me permet donc maintenant de bloguer n’importe où n’importe quand. Je n’en reviens toujours pas. Une marque d’appréciation incroyable. C’est irréel. J’ai la meilleure communauté en ville!

Un blogue, c’est un set de shooting.

Une jeune photographe fort talentueuse du nom de Julie Artacho (son blogue : songtosing.wordpress.com) m’a un jour offert de me prendre en photo. Elle avait besoin d’une gueule de gars pour son portfolio et moi j’avais désespérément besoin de sortir de chez moi. La photo en arrière-plan de mon blogue a été prise lors de ce shooting. Cette photo-là est très symbolique pour moi parce qu’elle coïncide avec le pire de ma dépression. Je n’arrivais simplement plus à manger. Sur la photo, j’ai les joues creuses et j’en suis à 35 livres sous mon poids habituel. Même si je ne suis pas complètement sorti du bois, la photo est pour moi un constat du chemin que j’ai parcouru depuis cette période de ma vie où j’étais au plus creux.

Un blogue, c’est un journal intime, une confidente, un psy.

Dans mes moments les plus noirs et les plus seuls, je me suis souvent tourné vers mon blogue. À cinq heure du matin, en pleine dépression, incapable de dormir. J’aurais eu besoin de quelqu’un mais les options n’étaient pas là. J’ai souvent vomi tout ce que j’avais dans mes textes. Les textes m’ont permis d’exprimer mes rages, mes peines ou mes souffrances autrement. J’ai aussi transposé mes pensées noires dans une multitude de format. Je me suis même une fois enregistré en chantant une chanson. Ça prenait une bonne dose d’humilité avec mes talents de chanteur. J’y ai quand même mis tout ce que j’avais et je pense que ça transparaît dans le résultat. C’est suite à mes textes plus personnels que je reçois le plus de réactions par courriel. Des réactions plus intimes et personnelles. Souvent des confidences de gens qui se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls à vivre ce qu’ils vivent et qui se reconnaissent dans les textes. D’autres fois ce sont des courriels d’encouragement. Ces courriels m’apportent beaucoup. La dépression et les anti-dépresseurs sont des sujets tabous pour plusieurs personnes. De nombreux dépressifs ont l’impression d’être seuls dans leur situation. Conséquemment, d’en parler ouvertement a permis à certains, moi le premier de par les réactions, de constater que c’est très répandu.

Un blogue, en conclusion, c’est avant tout un passe-temps. Et même si ma vie s’active beaucoup dernièrement, j’espère pouvoir conserver mon blogue encore longtemps comme carré de sable. Un endroit sécurisant où je peux retourner et risquer d’être moi-même. Dans toute mon insécurité. En toute liberté. Sans obligation de résultat.

14 thoughts to “Mon texte pour la revue Zinc”

  1. Yay pour le post sur le Zinc qui me permet de commenter sans être hors sujet! J’voulais juste dire que quelqu’un l’a acheté pour mon frère et que j’lui ai complètement volé le 26 décembre dans un party de famille pour lire ton texte. Faudrait que j’le relise pour faire un vrai commentaire pertinent, mais à l’écran ça m’tente pas, j’le relirai sur papier éventuellement. :)

  2. Très bon, texte, je suis content que tu le postes ici, ¸¸ca fait un bout que je voulais le lire, mais j’en avais pas l’occasion!

    Il y a beaucoup de choses là-dedant que t’as déjà dites, ou qui transparaissent dans tes écrits, mais ça fait du bien de savoir comment tu vois ça.
    Et puis, je dois te l’avoir déjà dit, mais j’aime vraiment ta façon d’écrire, t’as une manière de dire les choses qui me frappe vraiment, merci de continuer!

  3. Je n’aime vraiment pas cet article, vraiment pas !!

    Mais non voyons !! C’est juste qu’il me semble qu’à chaque fois que j’écris un commentaire ici, c’est pour ne pas tarir d’éloges. Je voulais donc essayer de faire changement … Alors je vais rester fidèle à moi-même en te disant que j’ai trouvé ça génial. C’est sincère, concis malgré la longueur et émouvant. Bref, j’ai adoré !!

  4. Merci de poster le texte, vu que la revue semble introuvable à Québec.
    Anyway je savais ben que t’allais le faire fak je l’ai même pas cherchée ! hahaha.

    Très bon ! très bon t’es très bon ! Tu le sais ca, hen ?

  5. j’suis une relativement nouvelle lectrice en passant.

    vraiment intéressant comme texte.

    je veux dire que j’aime tes choix musicaux et ta playlist. yeah!

    j’aime aussi le fait que tu postes compulsivement XD

    c’est vrai ce que tu dis au sujet des moments « humiliants » de la vie (premier baiser, etc.)… j’avais jamais pensé que le fait d’en parler libérait justement de la honte qui les entoure. j’avais jamais essayé ça. en même temps, je suis une personnne extrêmement réservée, alors ça va pas mal contre ma personnalité.

    c’est sûr que le support dans les moments difficiles, c’est l’fun, en même temps si t’as pas un gros lectorat, ben, tes chances que les gens te répondent sont moindres… (les gens sont particulièrement silencieux quand je mets mes tripes sur les tables. grr.) et j’ai toujours peur que les gens me jugent et d’avoir l’air « faible ».

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