Mia II (nouvelle)
(Première nouvelle sur Mia, ici)
Ce qui est cool avec les filles matchées, c’est que tu n’as pas à les rejeter.
Quelle phrase de gentleman!
En même temps, Mia n’est pas si matchée que ça.
« Pffff, c’est quoi ça, “pas si matchée que ça”?
- Ben là, tu vois ben comment elle en parle de son homme.
- Tu détestes quand on te parle d’autres gars. Elle le sait pis elle respecte ça. Arrête de faire la grosse tête.
- Ben voyons, c’est plus que ça là…
- Si c’est si évident que ça, pourquoi tu la laisses parler alors? »
C’est un excellent point. Toute la journée, j’ai eu cette vision. Je suis assis, elle s’approche lentement en me regardant et vient s’assoir sur moi, face à face, ses cuisses à l’extérieur des miennes. Elle me fait un de ses sourires bien à elle. Elle baisse la tête doucement et vient tout simplement poser ses lèvres sur les miennes. La vision s’arrête là.
Je vous jure. La vision s’arrête là, je ne sais même pas où se trouve mes mains ou rien.
Toujours est-il que là, on achève notre engueulade et ça ne peut pas être plus propice au make-up sex que ça. Et si ce n’est pas du sex, au moins que ça soit la vision.
« Ouais, la vision.
- Tu ne préfères pas le sex à ta courte vision quétaine?
- Non vraiment vraiment pas.
- Pourquoi tant que ça?
- C’est que je n’arrive pas à cerner pourquoi je lui plais.
- Pfff encore la grosse tête. Reviens-en… mais mettons que tu lui plais, je comprends pas plus qu’est-ce que tu veux dire avec ton histoire.
- Je ne sais pas ce qu’elle vise ; mon corps ou mon coeur.
- Ton corps ou ton coeur?
- Mon corps ou mon coeur. »
Finalement, ma théorie sur les femmes matchées qui font baisser les attentes, c’est pas béton. Surtout avec Mia. Pendant que je me parle, la discussion avec elle s’en va un peu n’importe où. Là, on mesure nos bras. Oui oui, je fais ça moi dans une veillée avec une fille. On est debout côte à côte avec chacun un bras dans les airs.
Ouais, je sais, pas super gagnant. Sûrement la stratégie la plus pathétique que mon cerveau stupide a trouvée pour l’approcher d’une quelconque façon. Reste que pendant qu’on fait ça, elle pose sa main sur ma hanche.
Mia est vraiment douée. Je veux dire, elle n’a pas besoin de beaucoup pour me plaire. Elle prononce mon prénom et ça me fait un petit quelque chose. En fait, pas mal tout ce qu’elle me fait peut être interprété comme un move de séduction. Du moins, dans ma tête. Reste qu’une main sur la hanche, c’est une main sur la hanche.
On se rassoit pour continuer d’achever notre interminable engueulade et ça n’a pas de fin. C’est là qu’elle a la présence d’esprit de conclure ça avec un calin. Je ne m’y attendais pas. Surtout de cette façon là.
Elle se lève et c’est frappant à quel point ça ressemble en tout point à ma vision. Est-ce que c’est ça la visualisation? Tu imagines quelque chose quelques fois et ça se produit? Parce que si c’est ça, moi j’achète le concept. Elle dépose ses genoux de chaque côté de moi sur le divan. Elle descend sa tête.
Hey, où va-t-elle avec sa bouche? Elle est sérieuse, là? Seulement un calin? Je ne sais pas ce qu’elle fait, mais en tout cas, elle ne m’embrasse pas. Mon regard est resté devant moi alors que sa tête est quelque part au-dessus de mon épaule. Non mais c’est quoi ces calins assis sur moi? Ça n’existe pas, ça, des calins comme ça! Je continue à fixer le vide quand elle revient enfin dans mon champ de vision.
Bon, voilà.
Elle me parle, mais moi je regarde sa bouche. C’est sûrement une version non éditée de ma vision. Moi, j’avais coupé le pseudo-calin-à-la-con.
« Embrasse-moi Mia, j’ai vraiment envie de ta bouche. »
C’est moi qui ai dit ça? Je ne dis jamais ça. Pas aussi tôt en tout cas.
Qu’est-ce qui se passe là? Je me le demande :
« Tu vois bien qu’elle réfléchit.
- Ah non, tu penses?
- Toi pis ta grande gueule. Pourquoi pas lui parler de son homme un coup parti? Question de vraiment briser le moment.
- C’est sorti tout seul, je suivais la vision.
- Tu réalises que tu sonnes psycho, là, avec ta vision? T’as trop parlé, tu le sais.
- Trop parlé, trop parlé… Moi quand elle parle, au moins, j’ai la décence de ne pas l’écouter. »
C’est vrai que pour conclure, je n’aurais peut-être pas dû dire ça. Je ne devais pas lui laisser de preuve dans sa tête qu’elle faisait une petite promenade à côté de sa morale.
Alors qu’elle se prépare à partir, je réfléchis. Plus j’y pense, moins je regrette. Je n’avais pas envie de la baiser, j’avais envie de l’embrasser. Toute ma vie, je me suis tu quand une fille m’attirait et c’est terminé.
Désormais, quand quelqu’un va me plaire, je vais lui dire.
Sauf cette fois.
C’était la dernière fois.
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Joliiiiiiiiiii .
Matante Catoo / 21-07-2008 / 16:27
T’as du talent. Beaucoup, beaucoup de talent.
Zabie / 21-07-2008 / 17:39
“…Moi quand elle parle, au moins, j’ai la décence de ne pas l’écouter. » Hahaha !! Je l’ai trouvé bonne !!
Très différente cette nouvelle … Le style est différent, les émotions le semble aussi. J’ai vraiment aimé !!
vegekat / 21-07-2008 / 17:55
Tellement bien écrit. On a vraiment l’impression d’être dans la situation.
Gribouille / 21-07-2008 / 19:08
Merci, j’apprécie beaucoup! :)
tchendoh / 21-07-2008 / 19:24