Le film que le « vrai monde » veut voir

Je me suis tapé comme plusieurs le passage de Vincenzo Guzzo à Tout le monde en parle. En gros, tout ce qu’il y avait de bon à retenir, c’est que le gars aimerait faire plus d’argent avec ses films québécois.

Et on le comprend. C’est ça, sa business, après tout. Mais quand on arrive au bout où il propose des solutions, peut-être qu’on devrait juste fermer le micro? Parce que ça devient un peu ridicule. Anyway, il n’a pas vraiment de solution. Ses exemples de bons films?

- Bon cop, bad cop
- La Grande Séduction
- Séraphin
- Camping sauvage

Ce sont des bons films parce qu’ils ont fait beaucoup d’entrées en salle. On comprend le principe : quand ça fait beaucoup d’argent, c’est un bon film. Quand ça fait pas beaucoup d’argent, c’est un mauvais film.

Les films qu’il nomme n’ont pas vraiment de points en commun à l’exception qu’ils ont plusieurs vedettes et qu’ils ont coûté cher (en standards québécois). Mais la stratégie « avoir plus de budget et avoir plus de vedettes », le système l’a déjà pas mal compris. On voit les plus gros noms revenir été après été sur les gros écrans. Mais malheureusement, ça ne marche pas tout le temps. On pourrait bien sûr augmenter les budgets pour être plus compétitifs, mais est-ce que les Québécois sont mûrs pour ça?

C’était laid dans certains racoins de twitter, en tout cas.

Il y a plein de gens pour qui la solution serait de tout couper. Plein de gens qui ne voient simplement pas l’importance ou une quelconque utilité à la culture. Plein de gens aimeraient même qu’on adopte le modèle américain mur à mur. D’ailleurs, ça pourrait être intéressant une fois de temps en temps de regarder ailleurs qu’aux États-Unis pour se faire une idée. Voir d’autres pays qui n’ont pas 300 millions d’habitants. Voir des endroits où ils accordent davantage d’importance à leur culture qu’ici, et que ça rapporte.

Le modèle de la BBC au UK est quand même intéressant. La télé des Britanniques est super diversifiée et tripante. Ils y investissent beaucoup plus d’argent que nous. Pas seulement au total, ils y mettent aussi beaucoup plus d’argent par habitant. Ici, on est constamment en mode coupure et on aimerait que le niveau s’améliore. Il y a des années où les artistes y arrivent, mais il ne faut pas s’étonner quand les miracles se font plus rares.

Chose sûre, quand Guzzo propose d’écouter le vrai monde en faisant des sondages et bla bla bla, c’est vraiment la pire idée possible. Ce n’est jamais une bonne idée de demander au « vrai monde » ce qu’il veut voir. Oh, c’est sûr que ça parait bien de dire ça en entrevue. Le « vrai monde » adore quand on accorde du gros jugement. Mais même si le « vrai monde » se croit expert en cinéma parce qu’il a écouté plein de films depuis qu’il est tout petit, le « vrai monde » n’a aucune idée de ce qu’il veut dans un film.

Ça donne presque toujours des commentaires comme :
« Faut faire plus de hits, pis moins de flops. »
« Faites des comédies drôles! Pas des comédies pas drôles, là. »
« L’idée, c’est d’écrire des BONS scénarios, gang! »
« Moi, j’ai aimé les films X, Y et Z, faque le reste, passez la hache là-dedans. »

Je note tout ça précieusement…

Plus sérieusement, même si Guzzo n’a pas d’intérêt financier à l’avouer publiquement, il y a véritablement des facteurs qui font mal aux salles de cinéma. Les grosses télé à la maison qui sont de plus en plus abordables, c’est un facteur pour vrai. Les films qui restent moins longtemps exclusifs aux salles, ça joue aussi. Mais un autre facteur que je n’ai pas entendu nulle part, c’est l’engouement grandissant pour les séries télé de qualité.

Combien d’habitués du cinéma et de petits couples ont grandement réduit leurs sorties au cinoche parce qu’ils se tapent maintenant des séries télé à la maison en rafale? C’est clair que ça joue. En plus, en passant autant d’heures devant ta télé, tu t’arranges souvent pour être mieux équipé et plus confo. C’est clair que le cinéma à 14$ (+ autres options à prix ridicules) finit par écoper.

D’ailleurs, où est-ce que les films américains tentent de se démarquer pour compenser? Avec de la grosse action sale, des effets spéciaux incroyables et de la 3D. Trois domaines dans lesquels le cinéma québécois peut difficilement être compétitif. Il n’a juste pas le budget pour jouer cette game-là. Ce n’est donc pas étonnant de voir ses parts de marché diminuer.

Tout ce qu’on peut changer au système, c’est de forcer encore un peu plus les artistes à y aller plus mainstream. Ça peut se défendre. Je ne connais pas beaucoup le milieu du cinéma, mais je peux vous dire tout le monde est déjà très très intense là-dessus en télé. On pousse toujours pour que tout soit super mainstream et que ça vise un très large public. Mais bon, il faut avoir tenté le coup quelques fois pour se rendre compte qu’à force d’essayer de trop plaire à tout le monde en même temps, on finit par ne plaire à personne.

Commentaires

  1. Patrick a écrit

    Le gros problème (comme dans n’importe quoi) c’est que personne n’a 100% raison pis personne n’ose l’avouer.

    Autant les jambons et leur gros bon sens qui voudraient tout couper dans la culture sont dans le champ, autant ceux qui revendiquent une TOTALE indépendance de TOUT le milieu des arts par rapport à ceux qui payent le sont aussi.

    Tout est dans l’équilibre, mais personne ne semble vouloir le trouver, cet équilibre.

    C’est épuisant.

    C’est vrai aussi qu’il y a un mépris avoué d’un côté des artistes de la part du « vrai monde », et du « vrai monde » de la part des artistes. Les films commerciaux sont regardés de haut, c’est vrai.

    Autre chose… une oeuvre d’art, c’est AUSSI un produit. Et malheureusement, plusieurs créateurs ne le prennent pas.

    Je m’en vais un peu n’importe où, finalement, mais je suis convaincu que la recherche de cet équilibre, et une espèce de volonté de compromis (qui n’existe pas présentement) de la part de tous les acteurs du milieu ne pourrait qu’aider à rayonner encore plus…

  2. Patrick a écrit

    J’ai peut-être été trop absolu dans ma phrase, mais si tu veux jouer avec les mots les plus précis, j’aurais dû dire « une oeuvre d’art, c’est la plupart du temps aussi un produit ».

    À partir du moment où qui que ce soit produit quelque chose dans le but d’en tirer un revenu, je considère que c’en est un. Tu ne sembles pas être d’accord, même si tu ne le dis pas vraiment.

  3. a écrit

    C’est juste une ligne totalement arbitraire. Il y a des artistes qui font des trucs personnels profondément commercial et d’autres que c’est à peu près l’inverse.

    C’est comme en musique ou n’importe quel forme d’art. On ne connait pas la recette ou la démarche des artistes. S’il y a des fonctionnaires qui sont capables de faire la différence entre les films commerciaux et les autres, j’aimerais bien leur jaser pour voir leurs critères.

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