Ce qui me passe par la tête – 4e et 5e partie

(4e et 5e partie de la série suivi)

Quatrième partie

« Dis tout ce qui te passe par la tête. »

J’ai toujours sucké dans ce genre d’exercice. Une des mes pires fois a été dans mes premiers jours à l’École de l’humour. On était toute la classe devant une grande fenêtre et tour à tour, il fallait improviser une histoire sur ce qui pouvait se passer à l’intérieur d’un appart de l’autre bord de la rue. J’ai juste gelé. En fait, ma tête roulait à 100 miles à l’heure, mais mes idées n’étaient jamais assez bonnes pour que je sois certain de ne pas avoir l’air fou. Donc je n’ai rien dit. Pendant un bon trente secondes. C’est beaucoup de temps quand tout le monde attend dans le gros malaise.

Mais cette fois-ci, c’était avec ma psy. Elle venait de m’annoncer qu’on en était à une de nos dernières rencontres et elle voyait bien que je n’étais pas content. Les ressources sont limitées et bla-bla-bla. J’avais plein de colère et de frustration, mais en même temps, je comprenais. C’est moi, ça. Je raisonne. Je contrôle. Je comprends. Jusqu’à l’implosion.

« Dis tout ce qui te passe par la tête. »

Si t’es comme moi, c’est le genre de phrase qui amène ton cerveau aux endroits les plus vulnérables. Comme j’en parlais ici récemment, j’ai pas mal développé un kick pour cette psy. En fait, plus elle répétait sa phrase, plus j’avais l’impression qu’elle en était au courant. Est-ce qu’elle me demande ça pour que je lui avoue?

Ça m’a rappelé cette histoire que j’avais écrite il y a 10 ans : la fille au cul qui me hante. C’est frustrant de voir combien ma vie est une succession des mêmes problèmes. Le même crime de fuck sur lequel je reste stuck : est-ce que je lui dis ou je choke encore? Pour sauver la face. Pour éviter de déranger. Justement, ce matin même, j’écrivais une milliardième phrase que je n’ai pas osé dire à une fille avec une belle face.

Un éternel recommencement. Mais bon, à quoi servirait-il de déclarer tout ça à ma psy? Est-ce que m’essayer sur elle serait une façon de cheminer dans mon parcours? Montrer que je suis game d’oser malgré toutes les probabilités d’être poliment rejeté.

Essayer sa psy, c’est un peu comme essayer une danseuse. T’as beau sentir quelque chose de fort, c’est un peu sa spécialité de te faire sentir comme ça. Si t’insistes, c’est juste triste. Peut-être que je devrais juste lui amener mon texte de l’autre fois ou celui-ci. Une clé USB que je lui refile avant de partir. J’aurais plus le courage de ça.

J’ai le courage sélectif. Par exemple, dans ce court documentaire à la piscine où des gens sont adorablement intimidés à l’idée de sauter de la tour de 10 mètres, je serais fort pour ça. Même si j’ai le vertige, j’arrive à débrancher mon cerveau pour le deux secondes nécessaire. Ensuite, il est trop tard. Je n’ai qu’à gérer la chute dans le vide. Aussi, la douleur ne peut être que physique.

« Dis tout ce qui te passe par la tête. »

Mais avouer tout ça à ma vie psy maintenant, au point où ce serait clair que je l’essaye et que je suis vulnérable pour vrai, je n’y arrive pas. Je préfère faussement tomber dans la lune. Fixer le vide. Le vide où serait censé se trouver mon scrotum.

Ça me fait vraiment chier que le suivi se termine. Ça me fait chier parce qu’on avance, mais ça me fait chier parce que j’ai l’impression d’avoir investi plein d’énergie à la mauvaise place. Plein de confidences et d’efforts dans une relation qui va mourir et disparaitre de ma vie.

Cinquième partie

Il y a des gens qui assument bien que leur vie sera remplie de relations amoureuses de quelques mois ou de quelques années. L’espèce de philosophie « il ne faut pas voir ça comme un échec, mais un passage. » J’arrive à saisir le concept, mais je ne le ressens pas comme ça. En fait, j’ai souvent pensé que je ferais un bon psy, mais finalement, peut-être que je m’attacherais trop.

C’est sûrement plus facile d’être bien dans ce modèle-là quand tu nages dans l’abondance. Tu ne te rends pas tant compte de ce que tu perds parce que t’as toujours du nouveau dans lequel te garrocher. Ou t’as déjà une base solide qui suffit à te maintenir à flot. Dans le cas présent, perdre ce que ma psy m’apporte me semble irremplaçable à court terme.

« Peut-être qu’en partie, tu viens chercher une relation ici pour ne pas avoir à aller en chercher ailleurs. »

C’est clair qu’il y a de ça. Mais en même temps, je n’ai pas l’impression de me fermer à autre chose. Ça n’arrive juste pas. C’est plus facile de me trouver une psy qu’une date avec une fille empathique qui me plait. Est-ce que j’oserais plus si je n’avais pas de psy? Il me semble que j’étais tout aussi lâche avant d’en avoir.

Mais bon, j’ai déjà tout perdu anyway. C’est weird de lui parler depuis que la fin s’en vient. C’est comme si tous les sujets étaient devenus futiles et que j’étais juste pressé de jaser du plus important. Comme si elle allait mourir.

« Et comment tu gères le deuil? »

Qu’est-ce qu’on répond à ça? Je le gère mal! J’haïs ça. Pour le moment, la vie m’a quand même pas mal épargné à ce niveau-là. J’ai perdu du monde important, mais jamais quelqu’un de très présent dans mon quotidien. Rarement des gens que je ne peux pas me faire accroire que je vais juste être un petit bout de plus sans les revoir.

J’ai un ami dans le trouble qui a de la misère à l’idée d’aller consulter parce qu’il a de la misère à parler de lui. Pour moi, ça me semble si facile, mais dans le fond, ce n’est pas vrai fuck all. J’arrive à oversharer plein d’intimité ici, mais je garde quand même le plus important. Je dis ici ce que je ne dis pas là-bas et je dis là-bas ce que je ne dis pas ici. Je me protège de partout.

Et de toute façon, ça mène à quoi toutes ces conneries?!

Oh, la colère qui kick. Je le savais que la fin s’en venait, mais la colère kick quand même. C’est comme si je n’avais jamais le droit de bien aller. Dès que je vais un peu mieux, le monde se pousse. Quand je vais mieux, ou quand je me rapproche.

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