Février crinqué de création cool – 6e partie

(6e partie de la série suivi)

Je ne sais pas ce que je peux dire et ne pas dire et c’est un petit milieu, donc je vais essayer d’en dire juste assez pour garder ça intéressant et aider la compréhension, mais sans nommer personne. Pas que ce soit un texte compromettant, mais c’est toujours facile de déduire des trucs et je veux rester prudent. 10putes est un blogue personnel et c’est juste plus safe, professionnel et égocentrique de garder ça sur moi et mon point de vue. :)

La fin janvier s’est terminée avec un des mes projets qui s’est fait refuser par tou.tv. D’ailleurs, pour les lecteurs de longue date, ce projet avait comme titre « Clandestino » à la base, qui était un petit clin d’oeil à la section érotique que 10putes avait dans le temps.

Comme il m’arrive souvent, il parait qu’ils adoraient ça, mais ils ont fini par prendre un autre projet. (Au moins, cet autre projet était celui d’un ami de l’ENH que j’aime bien.) Je ne trust jamais trop les « ils adoraient ça! » parce que j’ai l’impression que tout le monde dit ça pour être fin et ne pas décourager personne, mais dans ce cas-là, ma productrice était vraiment convaincante et j’y ai cru pour vrai, ce qui est bon pour l’égo, mais bon, dans le concret, ça ne donne rien pantoute.

Quand j’ai un refus, j’essaie de voir ce que j’aurais pu faire de plus, mais comme on n’obtient jamais beaucoup de feedback, c’est un peu tough. Peut-être qu’avoir été plus connu m’aurait amené la petite coche de plus. Eric Chandonnet, ça ne veut pas dire grand-chose à grand monde. Et les espoirs par rapport à Clandestino commencent à diminuer parce que :

  1. Bien humblement, c’est un projet assez edgy et audacieux.
  2. Il n’y a pas tant de diffuseurs au Québec qui ont ce niveau d’audace.

C’est aussi le genre de refus qui fait plus mal parce que c’est un projet sur lequel j’ai vraiment travaillé fort et mis beaucoup de mon coeur. Au moins une grosse année de réflexion, de recherche et d’écriture et sur des thèmes qui me touchent. Je pourrai peut-être le transférer en roman. Ou peut-être ici. Ou intégrer les histoires dans autre chose. De toute façon, la production a encore les droits dessus pour un petit bout.

D’ailleurs, je ne sais pas si ma super productrice filait cheap ou trouvait que je faisais pitié (OK, peut-être aussi qu’elle me trouve pas pire bon), mais elle m’a invité la semaine suivante pour un brainstorm. C’était vraiment la semaine ENH, parce que le brainstorm était avec une autre amie humoriste de mon année. Cette fois, il fallait trouver des idées de webséries pour les adolescentes.

Ça tombe bien puisque j’ai toujours eu le coeur d’une adolescente. :) #taylorswift4eva

Même avant le brainstorm, j’ai eu une cool idée que j’ai développé en deux heures d’insomnie de milieu de nuit. C’était une cool idée, mais un peuuuuuu trop jeune pour la cible. Pas grave. Ça fait moins mal quand tu passes deux heures sur un truc que deux ans. :)

Au brainstorm, on a trouvé deux bonnes idées qu’on nous a ensuite demandé de développer. Une était un peu inspirée d’un autre de mes projets, mais en format web. J’ai eu un coup de foudre pour la nouvelle version. Le setup me semblait parfait pour le web et la cible. Grand potentiel de jokes et il restait pas mal juste à développer le ton et les deux personnages.

On avait une semaine pour développer ça dans un petit two-pager. J’expliquerais bien le terme two-pager, mais ça s’explique pas mal tout seul. :) Je me rappelle d’avoir envoyé ça le samedi après-midi, on a signé le contrat le lundi et mardi, on avait déjà une réponse positive du diffuseur.

Je n’ai jamais vu ces étapes-là se faire aussi vite, mais bon, on est au bon temps de l’année pour le web. Il y a plein de monde de l’industrie qui va viser les mêmes subventions du mois de mars.

Le jeudi matin de la même semaine, on se rencontrait pour jaser du tournage d’un pilote. À cette rencontre, on rencontrait le réalisateur que la production venait de trouver. J’ai une amie qui le connaissais bien donc j’étais déjà en confiance. Gars trippant qui a fait des projets trippants. Difficile de trouver une meilleure équipe et à la vitesse où ça allait, c’était important que ça aille bien!

La prod avait aussi trouvé nos deux super comédiennes. Ce qu’il manquait et qui commençait à urger, c’était notre lieu de tournage vraiment important à notre setup, et vraiment tough à trouver avec nos budgets inexistants de projet web. :)

On a écrit les textes rush pour le pilote afin de les remettre vendredi soir, le lendemain! On a eu le feeback de la production et du réalisateur le samedi matin. On avait beaucoup de choses à ajouter et à réajuster pour le dimanche, mais on a réussi! Ce qui tombe bien, c’est que je me sentais particulièrement en feu. On a remis notre nouvelle version le dimanche à midi. Le réalisateur est passé là-dessus dimanche et nous a remis une nouvelle version le soir qu’on a peaufiné jusqu’à la version finale le lundi midi.

Intense, mais tellement inspirant!

Et ce n’est pas un hasard si j’étais autant en feu. C’est en plein ce que j’aime faire. De la putain de fiction trippante! Et ce qu’on a écrit, on allait le tourner dans les prochains jours pour vrai! Ça n’allait pas niaiser dans tous les processus de développement pour des mois et des années.

Mon rush à moi s’est un peu terminé ce lundi-là (ce lundi-ci), mais le reste de l’équipe était encore dans le gros jus. Ils ont dû trouver le lieu, apprendre les textes, définir les plans de caméra et 1000 trucs qu’on ne réalise pas. Genre, il y a une femme dont la job était de passer une partie de sa semaine à créer physiquement les niaiseries qu’on a écrit dans nos textes.

Par exemple, il y a un bout où j’ai écrit qu’une fille avait créé en origami de serviettes un emoji pile of poo! Eh bien, elle l’a fait! Pour vrai!

Qu’est-ce qui peut être plus gratifiant que ça dans une vie? :)

J’étais invité comme auteur à assister au tournage qui se faisait durant toute la journée d’hier. Des fois, on invite les auteurs, mais on sent que c’est un peu par politesse. Là, j’étais content d’y aller parce que ça faisait deux semaines que je mettais pas mal toute mon énergie là-dessus et que je me sentais le bienvenu pour vrai. Et justement, le réalisateur super occupé a fini par demander « Hey! Est-ce qu’Eric a vu le caca? »

C’était vraiment drôle. « T’as créé ça, man! »

Ahaha! YOU’RE WELCOME, WORLD!

J’aime beaucoup l’ambiance de plateau. Ça me rappelle quand je travaillais pour ma mère dans les services de traiteur. Du gros travail d’équipe où le temps est un facteur et qu’il faut faire la job no matter what. J’adore cette ambiance-là et toute l’urgence que ça implique. En même temps, je ne vois pas trop quelle job je pourrais bien faire là-dedans.

Beaucoup d’auteurs rêvent d’être réalisateurs (et l’inverse est aussi souvent le cas), mais à part pour les directions à donner aux comédiens, il n’y a pas tant de choses qui m’attirent dans ce rôle-là. Et pour les autres métiers, je serais nul pour le son, je serais nul pour l’éclairage, je serais nul pour les décors, je serais nul pour le maquillage et je serais épouvantable pour gérer la caméra.

Quand on est jeunes, on rêve tous d’être acteur, mais sans trop savoir ce que ça implique et le type de personnalité que ça demande. J’ai beau être créatif, il y a un abandon et une absence d’inhibition que j’aurais beaucoup de misère à aller chercher. C’est toujours ce qui me frappe quand je rencontre des comédiens. Ils ont vraiment une fréquence particulière. Je la reconnais tout de suite.

En tout cas, il y a deux points qu’avaient en commun tout ce monde-là :

  1. Ils sont vraiment passionnés par ce qu’ils font (parce que le web à ce stade-ci du processus, ça paye bouette en bâtard).
  2. C’est du crime de bon monde.

Même si je suis toujours gêné de me retrouver avec plein de monde que je ne connais pas, j’ai vraiment passé une super journée. C’était tellement satisfaisant de tourner sur quoi j’avais travaillé. Ça bouclait vraiment bien ces deux-trois dernières semaines.

Plusieurs d’entre eux sont encore en gros rush. Ils doivent monter tout ça, ajuster les couleurs, ajouter de la musique et plein d’autres trucs dont on ne se rend pas compte. La version finale est supposée être en ligne mardi ou mercredi prochain et j’ai hâte de voir ça!

Ensuite, il restera à espérer que le pilote plaira assez pour obtenir les fonds nécessaire au développement de la série. En tout cas, peu importe ce qui arrive, on ne pourra jamais m’enlever l’expérience trippante que j’ai vécue et surtout, ce pile of poo en serviette.

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