Dur coup pour notre télé

C’est un sujet compliqué et les gens trippent sur Netflix donc ce genre de nouvelle passe un peu dans l’indifférence générale, mais c’est vraiment un dur coup pour l’industrie de notre télé qui, avouons-le, avait déjà de la misère.

Si t’as envie de comprendre, je vais faire mon possible pour te résumer tout ça parce qu’en tant que scénariste qui travaille ben fort, c’est un sujet qui me tient à coeur, et j’espère qu’à toi itoo.

Le CRTC (l’organisme qui régit notre télé) a choisi d’enlever les règlements qui obligeaient certaines chaines (Historia, Séries+, Vrak) à investir un montant minimum en production francophones. Le CRTC prétendait vouloir donner plus de liberté à ces chaines et croyait qu’elles allaient continuer à produire du contenu francophone parce que les séries d’ici sont souvent très populaires.

Mais seulement trois jours après cette décision, Séries+ décidait de flusher toutes ses productions francophones.

Leur nouveau plan? Diffuser des séries traduites.

Il faut comprendre que produire des séries télé, ça coûte cher. Beaucoup plus cher que traduire des séries d’ailleurs. Pourquoi produire des séries pour le petit marché québécois quand on peut lui passer des traductions de séries canadiennes, américaines ou même danoises?

Précisons que ces chaines sont maintenant toutes basées à Toronto. Pas que Toronto soit la ville du diable, mais c’est juste normal que la culture francophone/québécoise ne soit pas au coeur de leurs priorités d’entreprise. Et avec ces décisions-là, c’est notre culture qui s’efface.

Là, tu peux décider de lâcher le câble ou de retirer Séries+ de ton forfait pour passer ton message, mais éventuellement, il faudra collectivement décider de si l’on souhaite encore produire de la fiction au Québec, ou juste regarder ce qui se fait ailleurs.

Parlant d’ailleurs, notons que le Danemark arrive à créer des séries géniales et de calibre international avec une population de 5.7 millions d’habitants. Et est-ce qu’ils font ça en anglais pour pogner plus? Non, ils font ça en fuckin’ danois! Et on traduit leurs séries partout dans le monde. Même aux États-Unis.

Mais pour ça, ça prend une volonté politique et collective. Ça prend un public qui est fier de sa télé.

Je sais que notre télé n’est pas parfaite. Elle manque souvent d’audace et de diversité et je suis sûr que plusieurs n’auront pas le goût de la défendre, mais il faut comprendre que plus on charcute ses budgets déjà minimes, moins l’industrie peut prendre de risques et être avant-gardiste.

Moins il y a d’argent, moins il y a de séries, et moins on ose. C’est pour ça qu’on revoit constamment les mêmes vedettes, les mêmes auteurs et dans les mêmes formats.

Pour le moment, on subit encore les répercussions du régime Conservateur. D’ailleurs, l’homme du CRTC qui prônait plus de liberté chez les diffuseurs, il a été placé là par les Conservateurs. Mais bientôt, la libérale Mélanie Joly est supposée nous offrir son fameux plan numérique dont elle nous parle depuis longtemps.

J’ose espérer qu’il contiendra une vision forte et inspirante ainsi que des investissements importants dans la production de fictions d’ici.

(Et par « ici », je ne parle pas de séries anglo-canadiennes traduites.)

Cettre transition au numérique peut sonner la fin de notre télé, mais ça peut aussi être un nouveau départ où l’on pourra enfin se démarquer de par notre créativité, notre identité et notre fierté d’exister.

Bon, ma fin est un peu pompeuse, mais donne-moi une chance, j’ai écrit tout ça à 3h du matin. ;) Merci de ton intérêt.

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