Le sweet spot du ton

Quand t’écris une série, il faut que tu définisses le ton, mais il n’y a pas grand-chose de plus abstrait que le ton. C’est infiniment plus facile de définir le ton d’une série qui existe déjà que de cerner le ton d’une future série qui n’existe pas encore. C’est sûrement pour ça que c’est plus facile d’être critique que d’être à la base de la création.

Pour le même genre de description, tu peux avoir 1000 interprétations différentes. C’est souvent des phrases vagues comme : « On veut que ce soit drôle, mais que ce soit pris au sérieux, pis avec des dialogues punchés, mais qui sonnent vrai. »

En gros, t’essaies de dire « trust-moé, bebé, ça va être cool », mais on s’entend que ça peut être interprété n’importe comment. Déjà, personne ne s’entend sur ce qui est drôle. Même si tu te penses clair en précisant c’est de l’humour noir ou sarcastique, ça reste super flou.

Pas étonnant que ce soit souvent fait par comparaison. Quand je suis sorti de l’école, c’était le trip Minuit le Soir. Deux projets télé sur trois définissaient leur ton par « un peu comme Minuit le soir ». C’est déjà mieux que de ne rien donner en exemple.

On sait que le ton de True Blood est vraiment différent de celui de Breaking Bad ou de The Walking Dead, mais qui arriverait à expliquer adéquatement ce ton-là à quelqu’un qui n’a rien vu de tout ça?

Des fois, t’expérimentes assez pour que ça finisse par se placer tout seul. C’est ce qui est arrivé avec Victime de la porn. Au début, j’avais une idée du ton, mais ça allait un peu dans tous les sens pour les premiers mois. J’ai aussi expérimenté pas mal récemment avec mon roman Gars poche. Ç’a pris deux mois avant de pouvoir commencer à écrire, et ça continue encore de bouger un peu. Et je n’ai même pas encore d’éditeur.

Et c’est ça qui est vraiment différent avec une série : le travail d’équipe. C’est une grande collaboration. Tout ce processus complexe qui se passait dans ta tête, il doit maintenant se communiquer entre tous les membres de l’équipe. Les auteurs doivent s’aligner entre eux, mais la réalisation a aussi son apport a amener, et la production aussi, et le diffuseur aussi et les acteurs aussi. Toute l’équipe doit arriver à communiquer ensemble pour ultimement trouver le fameux sweet spot.

 

Ça ne parait pas de l’extérieur (et je suis sûr que 95% de mon lectorat s’en torche un peu), mais l’impact du ton choisi est immense. Selon le ton, tu ne choisis pas le même genre d’histoire. Tu ne choisis pas le même genre de gag. La personnalité des personnages change. Il y a plein de bonnes idées qui vivent ou meurent en fonction du ton que l’on finit par choisir. Ensuite, il y a plein d’impacts dramatiques qui touchent la cible seulement si tout le monde dans la chaine est sur la même fréquence. Sinon, c’est un peu comme une guitare désaccordée.

Une fois que t’as trouvé le sweet spot, tout devient beaucoup plus claire et facile, mais dans le bout chaotique avant de l’avoir trouvé, t’as parfois cette impression d’écrire un paquet d’affaires pour rien. Évidemment, ce n’est pas pour rien, mais t’as quand même souvent ce feeling-là. Il faut juste se rappeler que cette recherche-là, même avec toute l’insécurité qu’elle peut amener, ça fait partie du processus.

One thought to “Le sweet spot du ton”

  1. N’abandonne rien, tu tiens la pipe de cette fumée commune.
    C’est le bout tough(et y en aura d’autres) mais une fois dans l’eau, faut que tout le monde nage dans le même sens.

    Là vous faites des vagues. Normal.
    Inconfortable parfois, mais normal.
    Bientôt vous nagerez.

    Keep it up.
    T’es dans le bain.
    Ne noie rien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *