La fin de Kaffee

Kaffee est morte hier. Je suis allé la faire piquer chez le vét’. J’ai pris la décision autour de 13h après avoir remis un épisode. Ils m’ont proposé un rendez-vous à 15h50, une amie m’a offert de m’accompagner, pis ça s’est passé.

Kaffee allait très mal depuis quelques années, mais depuis deux ou trois mois, ce n’était plus des problèmes qu’elle allait pouvoir traverser éventuellement. Elle respirait super vite et de façon très superficielle. Même quand elle dormait, elle respirait toujours à ce rythme-là.

Cette vie à bout de souffle ne lui laissait plus l’énergie pour jouer ou faire quoi que ce soit d’autre que manger, boire et dormir. Et encore là, elle ne pesait plus rien à la fin.

Le plus triste, c’est que plus que je m’occupais d’elle et plus je l’aimais. Il faut dire que plus elle vieillissait et mieux on se comprenait. On ne se choquait plus jamais un après l’autre. On s’était assez figuré out pour juste être bien ensemble. Et là elle n’est plus là et j’essaie fort de ne pas voir ça comme si… on avait investi tout ça pour rien… mais la douleur est si grande… :(((

Jusqu’à tout récemment, elle venait encore me voir au lit comme le voulait notre tradition. Son ronronnement grafignait de partout et son haleine sentait la mort, mais c’était quand même de bons moments. C’est ce que j’ai toujours admiré chez elle, quand elle venait me coller, on dirait que tous les maux d’avant ou de plus tard disparaissaient.

Elle n’était plus sauvage, elle n’était plus pissed off ou psychotique, elle n’étais plus malade. C’est quand ces moments-là sont disparus il y quelques semaines que j’ai commencé à me faire à l’idée que la fin était proche.

Toute la journée d’hier, je me suis cherché des signes pour me faire croire ou accroire que je faisais la bonne chose. Quand je lui ai sorti sa cage, elle s’est levée pour aller la sentir. Il faut comprendre que Kaffee ne se levait plus pour grand-chose, et que sa cage était toujours à sa portée. Ce n’était pas une toute nouvelle boite où aller jouer.

Quand j’ai mis mon t-shirt rouge à l’intérieur, elle y est tout de suite entrée. Elle m’a vraiment rendu ça facile, même si je ne le méritais pas. Il y une partie de moi qui va toujours m’en vouloir. Si j’avais eu plus d’argent, j’aurais tellement pu m’occuper mieux d’elle. J’aurais pu l’amener se faire soigner plus tôt et lui permettre d’avoir une meilleure fin de vie. Elle a subi tous les choix de ma vie à moi.

Et encore chez le vét’, elle a vraiment bien fait ça. Même quand un épais a laissé approcher son immense chien pour qu’il vienne sniffer sa cage de près. Je détestais amener Kaffee chez le vét’ parce je savais combien elle détestait ça. La dernière fois, elle avait chié dans sa cage et avait mis de la pisse partout dans leur salle.

Cette fois-ci, Kaffee était anormalement immobile pour une situation du genre. Sûrement à bout de ressources pour se défendre avec sa vigueur qui n’avait jamais encore trouvé sa limite. Même moi quand ils l’ont encore appelé Coffee, je ne les pas repris pour expliquer que ça se prononce en fait kaffi. La fin s’approchait.

Ils l’ont enroulé dans une serviette et je la flattais par le coup alors qu’on lui injectait un calmant qui prend un effet sur une durée de cinq minutes. Ils nous ont laissés dans la salle pour ces cinq minutes et où je sentais progressivement sa tête laisser son poids dans ma main gauche alors que mon autre lui caressait le cou et les oreilles.

Ils sont ensuite revenus pour lui tondre une patte qui allait permettre de lui injecter la dose fatale. Elle m’a expliqué qu’elle serait morte avant la fin de l’injection. Elle a lutté une dernière fois à l’entrée de la piqure. Je l’ai senti respiré une fois avant de prendre une grande respiration. Une respiration comme elle n’en prenait plus, puis elle a tout expiré. C’est comme ça que ça s’est terminé. À peine trois ou quatre secondes dans une injection qui en durait une quinzaine.

Je suis vraiment reconnaissant d’avoir pu vivre cette dernière et si courte lutte. D’avoir pu l’avoir dans mes mains pour ses tous derniers battements.

Ensuite, on pouvait la flatter ou lui refermer les yeux, mais je n’y voyais plus l’intérêt. Kaffee n’était plus là. Sa tête n’était même plus chaude. En sortant dehors, je me pensais mieux, mais j’ai eu le pire des down en rentrant à la même maison. Encore aujourd’hui, je me pensais encore OK, mais ce texte m’a encore vidé complètement. Et je ne compte plus les fois où je crois l’entendre ou la voir s’approcher alors qu’elle ne s’approchera plus jamais.

Je réalise que même si ça fait 20 ans que j’habite ce même appart, c’est la première fois où j’y habite seul pour vrai. Son déclin aura coïncidé avec ma remise sur pied. Hier, je recevais l’argent qu’il me fallait pour le loyer et quelques trucs récents me laissent croire que l’avenir est prometteur.

Kaffee est née en 2004. La même année que 10putes, dont elle aura toujours été vedette en trame de fond. Elle aura vraiment été là alors que j’étais à mon pire, et elle aura toughé dans les moments où je n’aurais jamais été capable de la perdre. Et pour tout ça et tous les doux moments, je ne l’oublierai jamais. :(

6 thoughts to “La fin de Kaffee”

  1. J’ai pleuré en lisant le texte et je me sens encore croche. J’imagine pas toi. J’ai une pensée pour toi. Même si je ne te connais pas et même si je ne connaissais pas Kaffee, j’ai eu l’impression de l’avoir connu un peu à travers tes yeux, via le blogue. Mais ce texte, aoutch.

    Je t’envoie un hug virtuel de sympathie.

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