Mojo : une de mes séries mortes

J’ai pensé vous partager un des premiers projets que j’ai écrits en sortant de l’École de l’humour et qui est mort quelques mois plus tard. C’est fou la quantité de travail et d’erreurs qu’il y a dans ce projet-là. :)

Je pense que j’ai eu ce flash de websérie un jeudi matin de 2009, et je suis allé la pitcher l’après-midi même à la productrice avec qui je venais de finir mon stage de l’ENH. J’ai dû être convaincant parce qu’elle avait envie d’en lire plus.

Pour la petite histoire, Mojo s’appelait d’abord « 4h mono », en réaction à 24h chrono qui jouait encore à Télé-Québec. Mais ça n’avait rien de policier. Le concept était qu’il y aurait quatre épisodes par semaine, et que ces quatre épisodes se passeraient en même temps, mais de points de vue différents.

Pas mal gadget pour pas grand-chose et ç’a pris le bord vite. :)

Je voulais que ça se passe au bar Chez Roger où j’allais souvent écrire dans ces années-là. Ça me semblait aussi un spot propice pour filmer des histoires de plusieurs angles. Comme c’était une série web, je me suis dit que le setup tranquille et super statique allait aider. (Vu que c’est pas cher.)

Une autre partie du concept, c’est que ça allait se passer tous les jours à 4h/16h (l’heure des buveurs réguliers, pas du monde cool des 5 à 7) et le mono, c’est parce que ça mettait en scène plein de monde tout seul. Surtout le héros, typique de moi, qui allait partager ses opinions. La quête du héros s’est vite ramassée en une quête pour trouver son « mojo » et le titre a changé. J’avais envie de le faire jaser par narration pour partager des réflexions qui seraient mises en scène.

Tu remarqueras dans le scénario, tous mes personnages ont des noms de bar. Si tu te demandes quel bar s’appelle Fred, ça vient d’une taverne culte à Amos qui s’appelle le Frid. Nommer mes personnages avec un semi-concept, c’est une technique que j’ai gardé dans la plupart de mes projets parce que je suis nul pour retenir les noms. Dans Oh My Lord, le duo de filles s’appelait Éli et Beth à la base. Mon cerveau avait fait « ça se passe à Londres », donc la Reine Élisabeth, donc on va y aller pour Éli et Beth.

Je vais chercher loin, hein? Mais for the record, ç’a changé. Maintenant, c’est Zoé et Beth.

Dans Mojo, j’ai essayé de prendre des noms de bar qui me rappellerait un peu leur personnalité. Genre, Edgar est le frais-chié d’Edgar Hypertaverne. Johanne est la madame chill à la Bistro chez Jojo. Crime que mes référents ont mal vieilli! :) Ça date d’il y a huit-neuf ans, après tout.

Mais rapidement, comme il m’arrivera assez souvent au cours des années suivantes, on a voulu switcher d’une série web à une série télé. C’est qu’il n’y a pas d’argent en web (et encore moins à l’époque) donc trouver de la place en télé, c’est toujours mieux. (Au niveau de l’argent, en tout cas.)

Mais bon, ce n’était pas une idée télé. Soudainement, les forces de mon semi-concept pas cher sont devenus des faiblesses. Que ça se passe juste dans un bar, c’était pas mal trop statique. Être dans la tête du héros pour des demi-heures au complet, ça devenait aussi un peu beaucoup. Mes autres personnages assez vides avaient aussi besoin d’être approfondis, mais ils n’avaient pas été créés pour ça.

Mais je n’allais pas chialer. De un, c’est normal d’avoir à faire évoluer son projet. Et aussi, quand mes projets ont une chance de se faire produire, je deviens assez guidoune. :)

On a commencé à développer une espèce d’émission hybride où l’on diffuserait quatre courts épisodes durant la semaine (peut-être sur le web ou entre deux émissions ou tard juste avant la fermeture d’un poste), mais qui seraient ensuite packagés dans une demi-heure complète et hebdomadaire diffusé à la fin de la semaine. Sauf que mes épisodes s’enlignaient pour être trop courts pour faire une demi-heure complètes. C’est là que les petits moments avec le psy ont été ajoutés. :) Ça permettait de rallonger un peu.

J’aime bien les moments avec le psy, mais allonger une histoire artificiellement, c’est très rarement une bonne idée. :)

À travers tout ça, il fallait aussi se brancher pour un diffuseur télé. Ça aussi, ç’a donné une discussion que je revivrais plusieurs fois. Ça ressemblait toujours à :

– Bon, on s’entend que tu ne seras jamais TVA.
– Non?
– On va essayer à V, vu que c’est très sexe et très gars.
– OK.

Mais je suis souvent un peu mal à l’aise derrière ce « OK » parce que je ne suis pas si « gars » que ça. Oui, j’ai un angle de gars. Je suis un gars. Mais je ne suis pas typiquement gars. Je suis plus sensible que ce que l’on sous-entend avec le tag « gars », et mon public a toujours été plus féminin. C’était la même chose avec Victime de la porn et toutes les autres chroniques qui ont suivi. On m’engage dans l’idée d’attirer un public gars, mais je n’ai pas l’impression que je livre tant là-dessus. Bref, tout ça pour dire qu’un peu plus tard, la conversation se poursuit toujours avec :

– Finalement, c’est trop « fin » pour V, on va aller à Radio-Canada.
– Oh, OK.

Et ce OK-là, c’est plus « crime, me semble qu’il n’y a pas beaucoup d’auteurs neufs qui arrivent directement à Radio-Canada. Dans le cas de Mojo, c’est là qu’on a essayé de me matcher avec des « réalisateurs vedettes ». Des gros noms pour compenser du Chandonnet que personne connaît. C’était vraiment cool parce que je faisais des rencontres avec du monde que je respecte et qui me donnait du feedback concret sur mes trucs. En plus, c’était cool de voir que ces gens super compétents voyaient pas mal la même chose que je voyais :

  1. J’ai un talent indéniable pour les dialogues. (Ahaha! Ça sonne cool, mais ils commencent toujours avec des compliments.)
  2. C’est trop peu pour une série télé. C’est beaucoup trop statique. Ç’aurait besoin de bouger plus que ça. Les autres personnages auraient besoin d’être plus développés.

Un des fameux « gros noms » a fini par m’offrir de transposer mon personnage principal dans une de ses idées de série à lui, et c’est comme ça qu’est mort le projet Mojo quelque part en 2010. L’épisode est quand même le fun à lire.

Si t’as le goût, le voici avec tous ses défauts.

Fichier PDF de Mojo, version octobre 2010

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