Jour de fête

(Je dois écrire ça en vitesse parce que j’ai une journée folle.)

L’année passée à ce moment-ci, j’allais pas mal mal.

(Ou juste mal, pour les gens qui savent écrire.)

J’étais dans un centre de crise avec la blonde de mon meilleur ami qui avait pas mal tout organisé. Quand t’es dans un low de dépression, tu n’es plus en mesure d’organiser grand-chose. Déjà, je n’en aurais jamais eu l’énergie, mais aussi, je n’y croyais plus vraiment. J’arrivais encore au fameux mur. Je devais me pogner une job, n’importe quelle job, mais, je n’arrivais même pas à faire une démarche par jour. Et les rares démarches que je finissais n’aboutissaient à rien.

Qui aurait engagé ce gars-là, anyway?

La rencontre se passait dans un espèce de bunker au plafond bas. Une vieille bâtisse avec des murs en grosses crime de pierres. Deux petits divans individuels devant la chaise de la psy et une caméra à côté d’elle.

« Est-ce que ça te dérange si on filme? Ça aide pour… »

D’habitude, je suis assez timide et je fuis les kodak au possible, mais dans cet état-là, je m’en foutais pas mal. La psy était assez jeune. J’aurais guessé quelque part avant la trentaine, ce qui dans ma liste de préjugés la plaçait tout juste entre :

  • être trop jeune pour être crédible
  • assez jeune pour ne pas être blasée de sa job

Et c’était ma première psy femme, ce qui pouvait avoir du bon et du mauvais. Quelques mois plus tard, je racontais (quelque part dans ma série suivi) que j’étais un peu en train de tomber en amour avec. Totalement cliché, je sais.

« Est-ce que tu préfères que ton amie sorte? »

Ben non. Je m’en fous. Je n’en suis plus à une humiliation près. J’ai raconté ça 1000 fois anyway. Devant 1000 psy. Devant toi ici. Mal de vivre, de raison d’être, le stress, la solitude et l’humiliation que j’endure pour quoi, dans le fond? Qu’est-ce qu’il y a devant moi qui vaut tant le peine de se taper ça?

Rien de bon. En fait, ça peut juste continuer de s’empirer. Pourquoi m’infliger ça encore plus longtemps? Je ne vois qu’une seule raison.

Et même si je suis blasé de ce processus où je dois raconter mes problèmes à des inconnus, il y a toujours un moment où l’émotion finit par me rattraper. Même en en jasant de façon détachée, je finis toujours par reconnecter avec la souffrance quelque part et ça commence…

Il faut le dire, si on essayait d’analyser ma qualité de brailleur, je suis clairement dans les pires. J’envie ces gens qui braillent bien ou qui arrivent à le faire de façon contrôlée. Genre, un petit mouchoir pour éponger le coin des yeux, et ils recommencent à parler. Moi, ça va dans tous les sens. Ma voix switch de trois octaves à chaque syllabe. Je morve partout. Ma face est envahie de spasmes. Mon psy pense que c’est parce que j’essaie trop de me contrôler. Il pense qu’il faudrait juste que je braille et que ça sorte et qu’après je serais OK. Mais pourtant, il y a des gens qui arrivent à se contrôler. Ils prennent des petits silences avec une gorgée d’eau. Ils gardent ça classy.

Moi… c’est dégueulasse.

Je me rappelle de cette journée pour un moment précis. Un moment où j’ai demandé à la blonde de mon meilleur ami de sortir de la pièce. J’imagine qu’elle se disait que c’était pour un truc super humiliant que j’avais à raconter. (Genre, je trippe sur Twilight.) Pas tant. C’est qu’à ce moment-là, on jasait de ce qui me retenait de passer à l’acte.

Et ce qui me retenait à ce moment-là, c’est parce qu’on approchait du 30 novembre, la fête de mon meilleur ami, et je ne voulais pas lui sacrer un souvenir comme ça qui allait faire de l’ombre à sa journée à chaque année.

Noël s’en venait alors il me restait qu’une fenêtre entre les deux. Mais force est d’admettre que cette démarche de dimanche après-midi dans le bunker fut assez pour que j’aie envie de voir la suite encore un peu.

Et à partir de là, j’ai déjà raconté le reste de l’histoire ici. Et je commence à me mettre crissement en retard au présent.

Si je compare ma vie un an plus tard, je pourrais difficilement demander mieux en aussi peu de temps. Pas que ma vie soit devenue parfaite (loin de là), mais l’espoir est revenu. D’ailleurs, je retourne assister au tournage de ma série tout à l’heure. Je suis encore dans le trouble côté cash, mais la stabilité à ce niveau-là devrait arriver en début 2018 si tout va bien.

Avec ma carrière et la sécurité financière, le reste a une chance de suivre.

Mais bref, c’est quand même weird. Ça ne me dérange pas de pleurer à la caméra ou de m’humilier ici. Ça ne me dérange pas de scraper la fin de semaine de mes amis pour qu’on aille jaser dans un bunker, mais me pendre au mauvais moment de l’année, c’est là que je trace la ligne.

Un homme se doit d’avoir un code, j’imagine. :P

One thought to “Jour de fête”

  1. Calvaire que je t’aime toi. Tes mots, ta vérité, ta façon d’écrire et de décrire.
    Je t’en ai déjà parlé, c’est peut-être relié au fait d’avoir perdu mon frère qui était à bout d’essayer d’aimer la vie et le fait de comprendre ses raisons et comment on peut se sentir quand on a plus envie de rien, mais toi, tu l’exprimes mieux que quiconque.
    Ça me rentre dedans chaque fois que je te lis, depuis la première fois y a plusieurs années.
    Et je ne peut pas faire autrement que d’être fière et heureuse pour toi. Parce que la route vers le bonheur et le bien être est longue, et chaotique, et souvent décourageante….. Mais plutôt que de choisir la facilité de juste « partir », toi, tu restes, tu luttes, et tu fais tout ce que tu peut pour arriver à être bien. En plus de nous remplir le coeur avec tes textes.
    Voilà. Je t’aime d’amour, comme un frère, pis je suis sûre que même la face pleine de morve, tu restes beau ! Ça peut pas faire autrement avec le coeur que tu as.

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