Y a-t-il un problème de scénario au Québec? #RVQC

(J’ai une amie qui m’a demandé de lui faire un compte-rendu, alors aussi bien me forcer un peu plus et de le rendre public.)

Je reviens d’une table ronde qui posait cette question-là : Y a-t-il un problème de scénario au Québec? #RVQC

Animatrice : Marie-Louise Arsenault

Invités :
Marc-André Lussier, critique cinéma
Philippe Falardeau, réalisateur et scénariste
Chloé Robichaud, réalisatrice et scénariste
Isabelle Raynauld, enseignante, réalisatrice, scénariste (je pense)
Éric K. Boulianne,  scénariste

(Je ne connais pas le parcours de tous ces gens-là donc s’il y a des erreurs, j’en suis désolé.)

Il y a des tables rondes qui passent un peu dans le beurre, mais celle-là était vraiment cool. Déjà, la salle était pleine et c’était 2h de temps alors on a eu le temps de jaser pas mal. Même la période des questions était cool alors que ça peut souvent être un désastre. Il y a toujours quelqu’un qui prend le micro pour jaser de sa petite vie sans que ce soit intéressant ou relié au sujet, mais là, ce n’est arrivé qu’une fois ou deux.

(Si tu veux tout ramener à toi, pars-toi un blogue! ;))

***

Dans les trucs dont il a été question qui m’ont particulièrement interpelé, c’est la place de l’égo dans tout ça. Par exemple, est-ce qu’un réalisateur doit écrire le film qu’il réalise pour sentir que c’est son film?

Ce n’était pas le cas pour les réalisateurs sur la scène (qui semblaient très sincères dans leur ouverture à collaborer avec des scénaristes), mais je ne sais pas combien ils sont représentatifs du milieu québécois. D’ailleurs, j’étais déjà allé dans une table ronde qui portait sur le même sujet et j’en étais sorti assez déçu parce que les invités étaient à peu près tous des réalisateurs qui écrivaient leurs propres films et grosse surprise, ils en venaient un peu à la conclusion que ça va mieux comme ça. :)

D’ailleurs, le scénariste Boulianne parmi les invités a fait rager la salle (remplie de scénaristes) à quelques reprises parce qu’il semblait (je le connais zéro donc ça vaut ce que ça vaut) être exactement le type de scénariste qui fonctionne dans notre système : un scénariste le plus effacé possible qui fait ce qu’on lui demande et qui ne revendique rien d’autre.

Et même si je respecte sa position (après tout, chacun son trip), j’étais aussi un peu agacé parce je partage cette impression que le système actuel n’accorde pas assez d’importance aux scénaristes. Encore là, c’est un peu relié à l’égo, mais ce n’est pas toujours une mauvaise chose que l’égo s’en mêle. Il faut aussi se respecter dans ce que l’on fait, et réaliser que ce que l’on fait a une valeur.

(D’ailleurs, qui d’autre dans cette industrie travaille autant bénévolement que les auteurs?)

Mais bizarrement dans cette discussion sur l’égo, c’est un peu viré vers l’idée d’un possible désir de glamourisation des scénaristes. Comme si les scénaristes babounaient de ne pas être assez souvent dans le 7 Jours, mais ça n’a tellement rien à voir!

Une femme du fond de la salle a fini par ramener les pendules à l’heure en disant un truc que j’avais envie de crier : crime, on a des années à 12 000$ où l’on arrive même pas à payer le loyer, est-ce que demander plus que ça va vraiment être perçu comme vouloir devenir une vedette?!

On est loin du glamour en bâtard! Anyway, qui choisit d’être scénariste pour devenir une vedette?

Ce que j’aurais aimé ajouter à la discussion, c’est que souvent dans la sélection des projets, il est question de notoriété. Il faut être un « nom ». Et je me demande si le fait de laisser autant les scénaristes dans l’ombre finit par nous nuire à devenir des fameux « noms ».

Bien sûr, les auteurs exceptionnels sont connus des décideurs dans l’industrie, mais je me demande si en nous effaçant des affiches, des bandes-annonces et en invitant seulement les comédiens et les réalisateurs à Tout le monde en parle, on nous fait perdre une part de notoriété qui nous serait pas mal utile quand vient le temps de faire passer nos projets.

De toute façon, ce n’est pas une question de dire que le scénariste est plus important que le réalisateur ou que le producteur ou que whoever, c‘est une question d’accorder une place optimale à tous les intervenants pour créer la meilleure oeuvre possible.

Et je pense qu’autant impliquer le réalisateur au début de l’écriture peut aider un projet, autant impliquer le scénariste dans le reste de la production aide aussi. Mais évidemment, il faut que ce soit bien dosé et que les égos ne s’en mêlent pas trop.

***

Vers la fin, Benoit Pelletier (un de mes anciens profs que j’avais beaucoup aimé) est intervenu pour dire qu’une grande partie de tout ça, c’est le réseautage. « Ça dépend de tes contacts! » Lui, il racontait qu’il a été super chanceux d’être tombé sur le bon monde et il a participé aux scénarios de plusieurs grosses comédies du cinéma québécois des dernières années.

C’était la grande conclusion à toute la discussion, en fait. Marie-Louise Arsenault déconnait en disant qu’il nous faudrait un Tinder pour matcher des réalisateurs et des scénaristes, mais c’est une grande partie du problème pour vrai.

Falardeau expliquait qu’aux États-Unis, ce sont les agences qui jouent les entremetteurs alors qu’ici, il n’y a rien pour ça. C’est un problème sur lequel il faudra travailler.

D’ailleurs, un projet sur lequel j’ai écrit l’année passée m’a permis de rencontrer un réalisateur avec qui je m’entends bien et je lui ai offert d’embarquer dans un de mes projets de film. Même si le projet de film est encore très embryonnaire, ça faisait un bien fou de tomber sur un réalisateur pour me compléter.

Martine Pagé de la SARTEC a fait un message très senti et à propos qui invitait tout le monde à s’impliquer et à suivre leurs activités. Je vais faire un effort pour ça. Je pense que les scénaristes ne sont pas aussi extravertis que les réalisateurs et que ça joue un peu dans tout ça. Un scénariste, c’est peut-être moins fort sur le réseautage dans les 5 à 7.

La preuve, c’est que moi, au lieu de réseauter après la table ronde, je suis retourné chez nous pour raconter ça tout seul sur mon laptop.

:)

Autres petits trucs que j’ai notés :

  • La SODEC reçoit 75 projets et ils en financent 10. Les projets les plus aboutis, peu importe le style.
  • Dans le cinéma québécois, ça ferait du bien d’écrire des histoires qui sortent de Montréal.
  • Quelqu’un rappelait Hitchcock qui disait qu’il y a trois choses importantes dans un film : le scénario, le scénario et le scénario.
  • Marc Robitaille (scénariste) est intervenu pour dire que si tu veux écrire un film en étant libre, écris le roman. Ensuite, un réalisateur finira par te lire et peut-être que tu seras engagé pour participer au scénario. (C’est ce qui lui est arrivé avec une de ses histoires.) Il citait quelqu’un (Irving?) qui disait : si tu veux avoir tous les rôles (scénariste, réalisateur, monteur, etc.), écris un roman.

Je trouvais ça intéressant parce que c’est vrai qu’écrire un roman est d’une liberté totale, mais en même temps, je pense vraiment que les histoires ont leur médium idéal.

Ah, et Falardeau proposait une idée assez révolutionnaire pour tous les scénaristes dans la salle : n’ayez pas peur de mettre votre scénario sur le web et de les envoyer à tout le monde. Aux États-Unis, les scénarios circulent. Tous les grands films aux Oscars, ce sont des scripts qui pouvaient être lus par n’importe qui bien avant leur production.

Il ne faut pas avoir peur d’être copié ou whatever. Si c’était mieux de garder tout ça secret dans le passé, ce n’est vraiment plus le cas.

Bon à savoir.

One thought to “Y a-t-il un problème de scénario au Québec? #RVQC”

  1. Drôle de lire ceci alors que je m’apprête à aller voir Charlotte a du Fun parce que c’est écrit par Catherine Léger… Mais, raconteur d’histoires moi-même, je suis un peu biaisé. :)

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