Le périple du Héros genré

Est-ce que tu connais le Hero’s Journey tel que défini par Joseph Campbell il y a déjà plusieurs décennies.

Si tu n’as aucune idée de quoi je parle, je peux te résumer ça en vitesse (et selon ma compréhension). En étudiant toutes les histoires, les mythes et les légendes de l’humanité à travers l’histoire et dans toutes les cultures, il y a des geeks qui se sont aperçus que des patterns se répétaient dans les histoires que se racontaient les humains, et quand ils ont tout regroupé ça  ensemble, ç’a donné quelque chose qu’on nomme… le monomythe. *ritournelle dramatique*

The Hero’s Journey.

De nos jours, c’est la structure qu’on utilise pour écrire la plupart des gros films populaires et internationaux. On retrouve le monomythe dans des films comme Star Wars, Le Roi Lion, L’Histoire sans fin ou Harry Potter, mais aussi dans plein de films sans science-fiction ni budget. C’est juste une structure redoutablement efficace qui est non seulement basé sur des patterns, mais aussi sur notre psyché d’humain. Comment on réfléchit et comment un humain réagit au changement.

Mais je ne m’embarquerai pas dans le Carl Jung et je ne résumerai pas toutes, les étapes, mais si t’as vu quelques films dans ta vie, tu pourrais reconnaitre la structure vite. Ça commence toujours avec un personnage insatisfait dans un milieu qui ne lui ressemble pas pantoute et où il a l’impression de gaspiller son potentiel. Puis, il finit par se lancer vers un monde d’aventure et il y a plein d’étapes jusqu’à la fin où il revient à son monde ordinaire, profondément changé par tout ce qu’il vient de vivre.

Comme je disais, cette structure est super efficace, mais quand j’ai voulu écrire des histoires menées par un personnage féminin, j’ai commencé à remarquer qu’elle s’appliquait moins bien. Campbell prétendait que la femme existe bel et bien dans sa structure, mais le rôle qui lui revient, c’est un peu celui de la pitoune qui attendait d’être sauvé à côté du dragon ou bien elle peut être la reine, mais ça reste le roi qui mène.

Selon les mythes et les légendes de l’humanité, c’est effectivement souvent le rôle qu’on lui réserve, sauf que de nos jours, c’est en plein le genre de truc qu’on essaie de changer. Que la femme cesse de n’être que ça et puisse être aussi l’héroïne de ses propres histoires. Et c’est là qu’on voit que l’industrie mondial du film n’est pas seulement un monde d’hommes, mais c’est aussi un art qui s’est développé de façon profondément masculine.

Bref, en cherchant à adapter la structure pour un personnage féminin, mon premier réflexe a été de juste changer le sexe du héros et de garder tout le reste pareil. De toute façon, les personnages ne sont pas de vrais humains, right? Ce sont des archétypes.

Sauf que plus tard, selon le monomythe, le héros finit par rencontrer l’archétype qu’on nomme La Déesse avec qui il peut y avoir une certaine tension sexuelle. Est-ce que je la change de sexe elle aussi? On peut bien. Mais plus j’avançais et plus je réalisais que ce parcours était très « masculin » et qu’il serait intéressant de mieux l’adapter qu’en inversant seulement les pénis pour des vagins.

Et c’est là que j’ai fini par tomber sur un livre de Maureen Murdock qui s’appelle The Heroine’s Journey. C’est basé sur la structure de Campbell, mais en version féminine. C’est vraiment le genre de truc qui me fascine. J’ai eu peur que ce soit désuet parce que ça date de 1990, mais en même temps, la théorie de Campbell date de plus loin que ça et ça reste que la femme vit toujours dans le même monde : un monde patriarcal. Même si on pense que l’homme et la femme sont identiques (ce dont je doute, personnellement), leur expérience d’humain demeure assurément différente.

Tout ça pour dire que je m’intéresse beaucoup à ça ces temps-ci, mais ce qui gosse, c’est que c’est pas mal niché comme sujet. Et comme un peu tous les sujets que mon entourage trouve plate, je me suis dit que je t’en jaserais ici.

Bref, merci d’avoir lu jusqu’à la fin! Je me sens full écouté. ;)

2 thoughts to “Le périple du Héros genré”

  1. Très très intéressant.
    J’attend pas grand chose d’un film, ou d’une série basés sur des théories, des schémas, des patterns.
    Je vois bien que la plupart des séries de genre thriller sont construites à l’identique. Ça finit par se ressembler un peu beaucoup.

  2. Brigitte, je ne connais pas de films ou de séries qui ne sont pas basés sur des théories, schémas ou pattern, mais c’est sûr qu’il y en a qui sont meilleurs que d’autres pour les dissimuler.

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