Jour de fête

(Je dois écrire ça en vitesse parce que j’ai une journée folle.)

L’année passée à ce moment-ci, j’allais pas mal mal.

(Ou juste mal, pour les gens qui savent écrire.)

J’étais dans un centre de crise avec la blonde de mon meilleur ami qui avait pas mal tout organisé. Quand t’es dans un low de dépression, tu n’es plus en mesure d’organiser grand-chose. Déjà, je n’en aurais jamais eu l’énergie, mais aussi, je n’y croyais plus vraiment. J’arrivais encore au fameux mur. Je devais me pogner une job, n’importe quelle job, mais, je n’arrivais même pas à faire une démarche par jour. Et les rares démarches que je finissais n’aboutissaient à rien.

Qui aurait engagé ce gars-là, anyway?

La rencontre se passait dans un espèce de bunker au plafond bas. Une vieille bâtisse avec des murs en grosses crime de pierres. Deux petits divans individuels devant la chaise de la psy et une caméra à côté d’elle.

« Est-ce que ça te dérange si on filme? Ça aide pour… »

D’habitude, je suis assez timide et je fuis les kodak au possible, mais dans cet état-là, je m’en foutais pas mal. La psy était assez jeune. J’aurais guessé quelque part avant la trentaine, ce qui dans ma liste de préjugés la plaçait tout juste entre :

  • être trop jeune pour être crédible
  • assez jeune pour ne pas être blasée de sa job

Et c’était ma première psy femme, ce qui pouvait avoir du bon et du mauvais. Quelques mois plus tard, je racontais (quelque part dans ma série suivi) que j’étais un peu en train de tomber en amour avec. Totalement cliché, je sais.

« Est-ce que tu préfères que ton amie sorte? »

Ben non. Je m’en fous. Je n’en suis plus à une humiliation près. J’ai raconté ça 1000 fois anyway. Devant 1000 psy. Devant toi ici. Mal de vivre, de raison d’être, le stress, la solitude et l’humiliation que j’endure pour quoi, dans le fond? Qu’est-ce qu’il y a devant moi qui vaut tant le peine de se taper ça?

Rien de bon. En fait, ça peut juste continuer de s’empirer. Pourquoi m’infliger ça encore plus longtemps? Je ne vois qu’une seule raison.

Et même si je suis blasé de ce processus où je dois raconter mes problèmes à des inconnus, il y a toujours un moment où l’émotion finit par me rattraper. Même en en jasant de façon détachée, je finis toujours par reconnecter avec la souffrance quelque part et ça commence…

Il faut le dire, si on essayait d’analyser ma qualité de brailleur, je suis clairement dans les pires. J’envie ces gens qui braillent bien ou qui arrivent à le faire de façon contrôlée. Genre, un petit mouchoir pour éponger le coin des yeux, et ils recommencent à parler. Moi, ça va dans tous les sens. Ma voix switch de trois octaves à chaque syllabe. Je morve partout. Ma face est envahie de spasmes. Mon psy pense que c’est parce que j’essaie trop de me contrôler. Il pense qu’il faudrait juste que je braille et que ça sorte et qu’après je serais OK. Mais pourtant, il y a des gens qui arrivent à se contrôler. Ils prennent des petits silences avec une gorgée d’eau. Ils gardent ça classy.

Moi… c’est dégueulasse.

Je me rappelle de cette journée pour un moment précis. Un moment où j’ai demandé à la blonde de mon meilleur ami de sortir de la pièce. J’imagine qu’elle se disait que c’était pour un truc super humiliant que j’avais à raconter. (Genre, je trippe sur Twilight.) Pas tant. C’est qu’à ce moment-là, on jasait de ce qui me retenait de passer à l’acte.

Et ce qui me retenait à ce moment-là, c’est parce qu’on approchait du 30 novembre, la fête de mon meilleur ami, et je ne voulais pas lui sacrer un souvenir comme ça qui allait faire de l’ombre à sa journée à chaque année.

Noël s’en venait alors il me restait qu’une fenêtre entre les deux. Mais force est d’admettre que cette démarche de dimanche après-midi dans le bunker fut assez pour que j’aie envie de voir la suite encore un peu.

Et à partir de là, j’ai déjà raconté le reste de l’histoire ici. Et je commence à me mettre crissement en retard au présent.

Si je compare ma vie un an plus tard, je pourrais difficilement demander mieux en aussi peu de temps. Pas que ma vie soit devenue parfaite (loin de là), mais l’espoir est revenu. D’ailleurs, je retourne assister au tournage de ma série tout à l’heure. Je suis encore dans le trouble côté cash, mais la stabilité à ce niveau-là devrait arriver en début 2018 si tout va bien.

Avec ma carrière et la sécurité financière, le reste a une chance de suivre.

Mais bref, c’est quand même weird. Ça ne me dérange pas de pleurer à la caméra ou de m’humilier ici. Ça ne me dérange pas de scraper la fin de semaine de mes amis pour qu’on aille jaser dans un bunker, mais me pendre au mauvais moment de l’année, c’est là que je trace la ligne.

Un homme se doit d’avoir un code, j’imagine. :P

Le top quatre de mes priorités prioritaires

(9e partie de la série suivi)

Mon psy a déménagé de l’autre côté de l’île. Maintenant je dois prendre le bus assez longtemps pour qu’Édouard-Montpetit se transforme en Queen-Mary. C’est long, mais ça me laisse le temps d’écrire. Et accessoirement mater une black girl à la peau incroyable.

C’est la première fois que je revois mon psy depuis la mi-juin. La pause s’est bien passée parce que si on exclut l’argent, j’ai eu un pas pire été. Bizarrement, j’ai recommencé à mal filer il y a quatre jours, soit le jour où l’on s’est booké ce rendez-vous.

Est-ce que ça pourrait être mon psy qui me fait filer mal? Peut-être qu’en grattant moins le bobo, les trucs finissent par passer. Comme une piqure de maringouin qui arrête de piquer quand on l’ignore juste assez longtemps.

J’aurais aimé que ce soit ça parce que flusher un psy, c’est une solution super facile. Mais nah. L’affaire, c’est que je sais qu’avec mon psy, je ne pourrai plus faire semblant que tout va bien. C’est ce que j’ai fait un peu trop ces derniers temps. Oh, objectivement, ma vie n’est pas à son pire. Mon psy m’a déjà vu dans des états pas mal plus sombres que ça. Sauf que comme il m’expliquait, dans mon cas, il y a un ordre aux trucs qui font que je vais ou pas.

  1. Ma créativité

C’est de loin le truc en première position. Si je ne crée pas, plus rien ne va. Et c’est une des raisons de mon super été. J’écris enfin sur une série qui me plait et mes autres projets avancent aussi et donnent un sens à mon existence. C’est juste fou la différence que ça donne au niveau de mon énergie.

  1. Ma santé

Après avoir engraissé que le bâtard, j’ai commencé à mieux manger que jamais et à bouger plus en mettant en masse ma grosse face au soleil. Ça aide évidemment au niveau de l’énergie, et en plus, je commence tranquillement à retrouver un semblant de body.

  1. L’argent

C’est ça qui chie ces temps-ci et que j’essaie d’ignorer. Même si je reçois un paquet de mini-chèques et que j’ai le train de vie le plus tranquille du monde, ça ne suffit juste pas. Et là, ma grande peur est que le pire des problèmes survienne au moment le plus critique de l’écriture de la série. Ça fait un bout que je me dis que je vais ignorer tout le reste pour faire une super job, mais je le vois que ça me draine un peu plus chaque jour. C’est de moins en moins facile à ignorer. Surtout quand la vie me laisse du temps pour y penser. Je fais mon tough, mais plus mon énergie baisse et plus je sens revenir ce feeling que je ne m’en sortirai juste jamais.

Quand même intense pour un truc en troisième position.

  1. Le social et bla-bla-bla

On n’a pas trop eu le temps d’élaborer sur celui-là, mais il fail lui aussi. Oui, j’ai fait quelques activités sociales, mais je pense que ça veut dire plus que ça. La 4e position est tout ce qui concerne ma solitude de fond. Comme le fait que je n’aie jasé à personne de mon problème à la troisième position. Cet isolement-là, et évidemment, le manque de big love depuis un bon moment. C’est un autre truc qui a été plus facile à ignorer durant l’été, mais qui ne disparaît pas pour autant.

En tout cas, on voit que dans mon cas, les Beatles étaient dans le champ.

All you need is love…
et du cash,
et une shape cool
et créer de l’art trippant.

J’avoue, cette version-là est moins catchy.

Le temps que ç’a pris avant de pouvoir te dire ça

« ON PASSE EN PROD!! »

Quand t’écris des séries, il y a à peu près 1000 étapes avant que ton projet se ramasse à l’écran pour vrai. Au tout début, tu dois commencer par avoir une idée que t’aimes et la développer assez pour que ce soit présentable à un producteur.

Si ledit producteur trippe sur ton idée, il peut te demander quelques modifs et ensuite t’offrir une option. Une fois que vous vous êtes entendus pour l’option, il doit maintenant penser à un diffuseur qui pourrait présenter (et surtout financer) la série.

Mais là, si t’es dans ma situation, ton nom de scénariste ne dit rien à personne parce que tu n’as pas (encore) quatorze séries à succès sur ton CV donc il faut qu’on te match avec un réalisateur hot ou un script-éditeur de renom qui pourra compenser pour ton nobodyisme. Une fois qu’on t’a bien packagé dans un début d’équipe, le producteur peut maintenant essayer de vendre le projet à un des très rares diffuseurs.

Quand tu trouves enfin un diffuseur qui aime assez ton projet pour t’envoyer en développement, t’es vraiment content parce que :

1- La compétition est vraiment forte faque c’est super difficile de s’y rendre.
2- C’est l’étape où tu commences à recevoir de l’argent pour l’écriture.

Mais même quand t’es en développement, ça ne veut toujours pas dire que le projet va se ramasser à l’écran. Au développement, tu développes (étonnant, je sais) encore plus. Tu définis plus ta série, ta saison et t’écris plus d’épisodes dialogués pour qu’on ait vraiment une bonne idée de ce que ça va donner.

Mais l’étape qui fait que ça va se faire pour vrai, c’est celle de la PRODUCTION. Et c’est cette étape-là que j’ai enfin franchi aujourd’hui!

Et je suis vraiment content.

Là, je n’ai pas le temps d’expliquer tout le travail et l’acharnement qu’il y a derrière ça, mais crime qu’il y’en a. Tellement de fois où je suis passé proche avec des « tout le monde trippait sur ton projet, mais… » où tu finis par juste retenir le « mais » qui repousse toujours ta réussite à plus tard.

Mais pour Oh My Lord!, tout s’est passé tellement vite!

Ça fait longtemps que je veux passer en production parce que c’est l’expérience qui me manque. En fait, ce projet-là, c’est l’expérience parfaite pour moi. C’est sûr que c’est une websérie avec des épisodes courts donc ce n’est pas encore Netflix ou HBO, mais pour moi, c’est vraiment le même trip à plus petite échelle. C’est exactement ma job de rêve, mais qui paye le loyer flush.

Comme je disais, je suis vraiment content.

En fait, même en écrivant tout ça pour essayer de t’expliquer un peu comment ça marche et ce que ça représente pour moi, je ne suis pas encore certain que ça arrive pour vrai. J’ai encore peur de me réveiller pis d’avoir rêvé tout ça. Mais bon, je suis pas mal sûr que c’est vrai. Sinon, ce post-là risque d’être weird.

La dernière vague – 8e partie

(8e partie de la série suivi)

On se serait cru dans un film tellement l’adon était grand, sauf que dans un film, on se serait imaginé une fin heureuse et parfaite. Le gars qui en est à sa dernière rencontre de psy alors qu’on a enfin confiance que sa carrière est partie pour de bon. Mais dans la réalité, ce n’est jamais si parfait.

Ma psy : « Comment c’est, dans la réalité? »

C’est crissement spécial. T’sais, je me sens vraiment bien, là. La bande-annonce de notre websérie est sortie tantôt. J’ai travaillé là-dessus tout février et non seulement j’ai eu du fun à écrire ça et à assister au tournage, mais je suis aussi fier du résultat. Pis là je reçois un paquet de compliments et quelqu’un que je respecte beaucoup m’a dit que j’étais talentueux, passionné et hyper gentil. Bon, gentil est un compliment de marde, mais le reste est cool.

« Tu ne trouves pas que gentil est un bon compliment? »

Non. C’est le genre de truc qu’on dit quand on n’a rien d’autre. C’est genre, t’essaies de trouver un compliment, mais tu ne trouves rien.

« Et à quoi tu t’attendais pour notre dernière rencontre? »

Ben c’est ça le plus bizarre. J’ai réfléchi à ça toute la semaine, et je n’arrive toujours pas à voir ce qui peut être productif dans une dernière séance de psy. Je t’ai déjà dit l’autre fois que j’étais pissed off que ça s’arrête, parce que je sens qu’on avance, mais ça s’arrête quand même faque…

« Oui, mais tu le sais que si on arrête le suivi maintenant, ce n’est pas parce que je pense que tout va bien pour toi. C’est juste… »

Oui, oui, je sais. On a busté votre quota.

« C’est ça. Et moi aussi je pense que ç’aurait été constructif de continuer et qu’on avait encore des choses à travailler… Mais peut-être qu’on peut explorer ça aujourd’hui. Comment tu te sens par rapport à ça. »

Ben comme je disais, j’ai pensé à ça toute la semaine, et je vois pas comment une dernière rencontre peut être productive. À moins que t’avais une espèce de super phrase magique d’ultime sagesse que tu me gardais pour la toute fin et qui va régler mes problèmes de fond? C’est sûr que t’en as une, hein? Shoot!

« … »

(Crime que c’est tough de faire rire ma psy.)

Non, mais c’est ça. C’est à ça que j’en suis arrivé cette semaine et qui est un peu déprimant.

T’sais, je te l’ai dit combien j’aime venir te voir. Pour moi, c’est un peu comme une date. Je viens parler à une belle fille wise qui a de l’écoute et de la compassion, et ça me boost vraiment à chaque fois. Ça me met de bonne humeur. Sauf que je ne te connais pas fuck all. La relation qu’on a est à sens unique. Donc ça veut dire qu’il y a quelque chose que je viens chercher ici. Pis je pense que c’est de l’espoir. Il y a un espoir que je rattache à toi et qui te rend vraiment attirante. L’espoir qu’on va finir par me figurer out. Genre qu’éventuellement, on va finir par élucider le je-sais-pas-quoi qui m’empêche d’être confiant, bien dans ma peau et bla-bla-bla.

« C’est beaucoup d’attente. »

Oui et je le vois que c’est ridicule, mais je pense que c’est quand même ça qui arrive. Et là, je m’en rends compte que ça se termine. Je le sens parce ce feeling-là est comme mort. Donc non, j’ai zéro attente. En fait, dans le métro, j’avais un peu l’impression de venir ici pour rien. On tombe sur une journée où je vais bien, et je viens expliquer ce que j’ai déjà compris, faque ça me fait juste une heure à… Je sais pas. Une heure à réaliser à quel point notre relation est à sens unique, et que je suis pathétique de m’attacher. Moi, je vais perdre quelque chose, mais toi tu vas passer au prochain patient comme si de rien était.

« C’est ça que tu penses? »

Bah, je sais pas.

« Qu’est-ce que t’aimerais? Qu’est-ce que t’espérais? »

Rien… Rien. C’est sûr que j’aimerais savoir que j’ai été spécial pour toi. J’aimerais croire que tu vas t’ennuyer. Que j’ai été un patient intéressant ou au moins un peu attachant. Penser que c’est possible de m’apprécier même pour quelqu’un qui me connait aussi… intimement.

« Moi, j’avais l’impression que si je t’avais fait un compliment, tu ne l’aurais pas cru. »

Ça fait quelques fois que tu me fais ça. C’est comme si au lieu de me dire quelque chose, tu me dis pourquoi tu ne me l’as pas dit. Anyway c’est comme on parlait l’autre fois. J’attends clairement que quelqu’un que je trouve hot vienne confirmer ma valeur et bla-bla-bla.

« Tu regardes beaucoup l’heure. »

Ouin. Je sais pas.

« J’ai l’impression que tu m’idéalises beaucoup. C’est comme si t’attendais que quelqu’un vienne te sauver. »

Hm, je sais que tu penses ça, mais je ne pense que ce soit ça. Quand tu le dis, c’est comme si je voulais me déresponsabiliser, mais c’est pas ça. C’est pas que j’attende que quelqu’un d’autre vienne régler mes problèmes. C’est que moi, ça fait vraiment vraiment longtemps que je cherche, et que je trouve pas. Quand je vais bien, je me dis que je vais finir par trouver tout seul, mais quand je vais mal, c’est juste… Anyway, dès que j’ai l’impression de cheminer avec quelqu’un, ça me donne de l’espoir, et cet espoir-là est vraiment attirant et me drive gros. Je le vois. Ça m’allume de partout.

Et là, je te perds et c’est ça qui me fait peur. J’ai eu un bon mois où j’allais bien, sauf que…

« Mais c’est positif, ça, non? »

Quoi? Ah. C’est sûr que je vois que ce Eric-là existe encore alors que je n’y croyais plus. Ça contraste avec le moi dépressif qui a besoin de 10-12 heures par nuit et qui n’a jamais l’énergie pour rien faire. Mais justement, j’ai peur que ça revienne. Là, j’avais de l’argent, j’avais toi, j’avais un projet inspirant, mais tout s’arrête en même temps. J’ai l’impression de rider une grosse vague cool, mais que c’est la dernière. Et là, je sais pas si je dois en profiter ou juste me préparer à la chute.

Mais anyway, tu seras pu là. Ça me sert à rien de te raconter ça parce que tu disparais. Et là, je sais pas comment closer ça, mais bref, j’ai pas d’attente. À moins, encore une fois, que t’aies une super phrase finale.

« J’ai pas de super phrase finale, Eric. »

Je sais ben. Je déconne. Mais bon, c’est pas mal fini, là.

« Écoute, Eric. J’espère vraiment que… »

Et c’est là qu’elle m’a transmis ses derniers souhaits. Ce dont je me rappelle, c’est de m’être vraiment forcé pour comprendre et retenir ce qu’elle était en train de me dire, mais que la suite n’était qu’une longue succession de déception. Tout ce que mon cerveau a retenu, c’était genre :

« J’espère que tu vas réaliser que bla-bla-bla et les possibilités de bla-bla-bla et que bla-bla-bla, bla-bla. Bla-bla-bla, bla-bla. »

Tout le long, j’ai attendu qu’un mot-clé poppe ou résonne sur une fréquence intéressante, mais ce n’est jamais arrivé. Et c’est là que ça m’a frappé : criss que j’en avais des attentes, finalement! J’ai tellement été ridicule de passer une heure à argumenter sur le pourquoi que j’ai zéro d’attente et je finis la rencontre super déçu. Mais même si j’étais sonné par l’ironie, c’était quand même fini. Il fallait se lever pour partir et c’est là que je lui ai répondu instinctivement : « Merci, c’est gentil. »

Je l’ai réalisé dès que le mot est sorti de ma bouche. C’était impossible que ça passe tout droit avec une psy.

« C’est gentil? »

J’ai eu beau sourire de l’adon et la jouer cool le temps de mettre mon manteau, il n’y avait plus rien à faire. J’étais déçu et elle le savait. Même si je ne voulais pas le voir, il y a une partie de moi qui espérait encore recevoir une preuve d’amour ou d’affection quelconque. Une phrase dans ses souhaits qui serait sortie de son code. Quelque chose qui l’aurait débarqué de son mode professionnel et qui m’aurait donné moins l’impression de m’être attaché à un robot ou à une femme de valeur qui ne s’intéressera jamais à un gars comme moi.

La seule exception, c’est qu’elle m’a serré la main avant de partir, mais encore là, je sentais que ça faisait partie de la routine. Je me rappelle qu’on avait peur que je ressente du rejet à la fin de tout ce processus-là.

On avait raison.

Mais bon, c’est quand même une bonne journée. C’est quand même une bonne semaine. C’est quand même un bon mois et je suis sur une lancée. Je vais bien. C’est juste le vide en avant qui est épeurant.

Fils ingrat et la meilleure mère au monde – 7e partie

(7e partie de la série suivi)

Ma mère est venue passer la semaine chez nous. C’est la première fois qu’on faisait un truc du genre. D’habitude, mes deux parents viennent ensemble faire un petit tour le temps d’un repas, mais ils arrivent fatigués de la longue run de char et il y a souvent déjà une tension déplaisante entre eux. Sans oublier qu’en général, la dynamique à trois est différente d’une dynamique à deux.

Ça faisait quelques fois que j’offrais à ma mère de venir passer quelques jours chez nous vu qu’elle est maintenant à la retraite, mais j’étais content que l’initiative vienne d’elle la semaine passée. Elle m’offrait même de venir faire du ménage pour me donner un coup de main. Il faut dire que mon appart en a grandement besoin. Je suis pas mal le cliché du gars célibataire qui n’est pas ménage pantoute, et quand on double ça à une dépression, ça donne des trucs qui s’accumulent un peu partout de façon ridicule.

Perso, je ne le remarque plus vraiment, mais disons que ce n’est pas super propice à ramener une fille chez nous.

Sa visite me stressait quand même un peu parce qu’avec mes habitudes de vie en solo, je me sens vite étouffé lorsque quelqu’un débarque ici. Je suis un peu comme mon chat. On est sauvages avec les étrangers. Mon chat est juste psycho, mais de mon bord, ç’a tendance à escalader dans ma tête et toujours d’une façon assez semblable.

Je finis par être dérangé par une foule de petits trucs vraiment anodins que je n’ose pas exprimer. Même que je m’énarve moi-même d’être dérangé par autant de petites niaiseries. Pour éviter de faire du drama, je ne dis rien et j’attends que ça finisse. Évidemment, ce n’est pas une stratégie super saine. Surtout quand l’autre est là pour la semaine.

Quand je parlais à ma psy récemment que j’ai toujours l’impression que je ne ferais pas un bon parti, c’est un des items en tête de liste. J’ai vraiment peur que toutes mes années de solitude m’aient rendu trop sauvage pour la vie à deux. J’ai aussi tendance à attendre cette personne parfaite avec qui rien ne me dérangerait.

Mais bon, oser m’exprimer à mesure que les trucs surviennent (plutôt que de les accumuler) est un truc sur lequel je travaille dans les dernières années de thérapie. Cette semaine avec ma mère, c’était pas mal l’occasion parfaite de tester tout ça.

D’ailleurs, ça n’a pas pris beaucoup de temps à se manifester. Ma mère est arrivé alors que je venais juste de remettre un texte super important. Je me sentais libéré et j’étais content de la voir, mais je me suis vite rendu compte que j’étais aussi brûlé tight. Après avoir ramené ses 4000 bagages de Laval à mon appart en métro, on est allé manger au resto.

Est-ce que je suis le seul à détester être assis super proches des autres tables? J’ai l’impression que tout le monde s’écoute et ça manque vraiment d’intimité. C’était aussi le dimanche où il faisait super chaud dehors donc je suais comme un porc à cause des bagages et pour une raison que j’ignore, le resto chauffait en débile avec un calorifère collé sur le dossier de ma chaise.

Pour pouvoir sacrer mon camp de là au plus criss, j’ai eu le réflexe de finir ma bouffe en vitesse mais non, ma mère commençait à peine son assiette. « Je suis en vacances! » Ouais. C’est fou le peu de temps que ça m’aura pris pour me sentir pogné. Est-ce que ce sera comme ça toute la semaine? Ouf.

Et là, je m’en veux et ça escalade comme j’expliquais. Je trouve ça insupportable de trouver ça insupportable. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas être zen comme tout le monde.

Et évidemment, après le déjeuner interminable, elle voulait aller faire une grosse épicerie pour m’aider. Ça se refuse mal, mais crime que ça ne me tentait pas. J’étais déjà mort. Il faut dire que je m’étais levé à 6h30 pour clencher mon écriture. En arrivant à l’épicerie, elle commençait à m’offrir tous les trucs qu’elle voyait dans les allées alors que moi, je voulais juste avancer avec le gros panier pour que ça finisse.

À sa sixième question qui devait concerner un concombre ou un sac de carottes, j’ai fini par dire de façon un peu bête « Je vais te répondre non à pas mal toute parce que je suis juste fatigué pis ça me rend marabout. »

Et c’est là que j’attendais le drama. C’est comme ça que c’est toujours arrivé. Après tout, elle est montée de l’Abitibi pour m’aider. J’ai juste à dire oui ou non à des petites questions. Ce n’est rien de bien exigeant. Je m’attendais à une montée de lait du genre « ben pourquoi tu m’as dit de monter, d’abord?! Je peux pas tout faire tout seule! »

Mais finalement, ça ressemblait plus à : « Ah? Moi aussi je suis fatiguée. On peut refaire ça une autre fois. »

Première crise évitée. Et ça m’a vraiment fait du bien. D’un oeil extérieur, ce petit moment doit sembler terriblement anodin et plate, mais de l’intérieur, c’était une scène chargée de 4000 trucs reliés à une profonde dynamique familiale.

C’est peut-être un bon moment pour préciser que ma mère a été diagnostiquée bipolaire il y a quatre ou cinq ans. C’était un diagnostique important pour moi parce que ça expliquait pas mal de trucs dans ses comportements au cours de toute ma vie.

D’ailleurs, quand je dis aux docs et aux psy que ma mère est bipolaire, on vérifie tout de suite si je le suis moi aussi. Mais ce n’est pas le cas. Après plein de tests, je ne suis clairement pas bipolaire, mais la bipolarité de ma mère a clairement affecté ma personnalité. En fait, une grande partie de mes problèmes de fond est assez directement reliée à cette dynamique-là.

Et là, peut-être que certains vont lire ça et croire que je la blâme pour mes problèmes. Vraiment pas. Je suis extrêmement reconnaissant d’être tombé sur une aussi bonne mère et elle serait encore mon premier choix overall dans un mom draft. C’est juste une histoire d’une ironie sans fin. Ma mère a toujours mis le bonheur de ses enfants et de sa famille avant le sien, sauf qu’en étant malheureuse pour la majorité de sa vie, elle n’a jamais pu ou su me transmettre d’aptitude au bonheur. Elle ne pouvait pas non plus me transmettre un self-esteem qu’elle n’a jamais eu.

Ma mère est super critique envers elle-même. Si on la laisse faire, elle se diminue constamment. Et j’ai un peu hérité de ça aussi.

C’est difficile à expliquer parce que tout le monde a une relation unique avec sa mère, mais dans mon cas, j’ai toujours pris très personnellement les émotions qu’elle avait. Des émotions qui pouvaient se ramasser assez dark. Si elle se mettait en colère contre moi, c’était forcément de ma faute. Si elle pleurait, c’était que j’avais forcément fait plusieurs choses de mal. Si elle voulait se suicider, c’est que j’étais vraiment un mauvais enfant. Comme je disais, c’est difficile à expliquer, mais quand ça vient de ta mère, ces émotions-là deviennent des « vérités » qui sont difficiles à remettre en question quand t’es vraiment jeune et que t’en es à ta première vie.

Parallèlement à ça, on me disait aussi constamment combien j’étais le portrait craché de mon père. Un père qui ne semblait pas foutu de rendre ma mère heureuse lui non plus.

Tout ça pour dire que le diagnostique de bipolarité nous amenait un paquet de réponses que je n’attendais plus et remettait plusieurs souvenirs de moments difficiles en contexte. Mais ça ne réglait pas tout. Ça reste une femme qui a passé sa vie dans cette condition-là sans le savoir, et encore à ce jour, le processus pour trouver la bonne médication est difficile. Par exemple, elle doit prendre du lithium, ce qui décrisse sa glande thyroïde et qui la laisse épuisée 90% du temps. Sa mémoire lui fait aussi défaut alors ça complique les comptes-rendus qu’elle doit faire au médecin pour ajuster sa médication. Et aussi, évidemment, elle vieillit.

Longue parenthèse lourde pour expliquer que le fait que j’aie osé faire ma critique de fils ingrat à l’épicerie et qu’elle l’ait bien pris, c’était un pas pire cheminement symbolique dans notre dynamique mère-fils assez complexe. D’ailleurs, ma mère est cuisinière alors on aurait pu penser qu’elle allait faire des bons repas toute la semaine, mais au contraire, elle est vraiment en mode retraite et on a passé la semaine à se commander de la bouffe. De la mauvaise bouffe, même. :)

Elle est tombée sur une semaine où j’avais plein de deadlines, mais ça s’est super bien passé quand même. Elle avait une amie avec qui elle est sortie quelques fois. J’ai pu lui expliquer à mieux se servir de Facebook et même des manettes de la télé que je lui ai résumé sur un bout de papier pour qu’elle s’en rappelle.

Bien sûr, j’ai eu besoin de m’isoler quelques fois dans ma chambre pour faire mes trucs, mais juste le fait qu’elle ne le prenne pas mal, ç’a vraiment fait un monde de différence. Et ça m’a donné un peu d’espoir pour mon « futur relationnel ».

Même Kaffee commençait à s’habituer à la fin!

J’aurais pu lui dire 4000 fois merci au cours de la semaine avec tout ce qu’elle faisait, mais je me suis dit que je lui en dirais un gros plus senti juste avant son départ. Sauf que rendu là, elle m’a retourné ça. Elle m’a dit que c’est elle qui devrait me remercier parce qu’elle a vécu sa meilleure semaine depuis un bon bout de temps.

Qu’est-ce qu’un fils peut demander de plus? :)

Février crinqué de création cool – 6e partie

(6e partie de la série suivi)

Je ne sais pas ce que je peux dire et ne pas dire et c’est un petit milieu, donc je vais essayer d’en dire juste assez pour garder ça intéressant et aider la compréhension, mais sans nommer personne. Pas que ce soit un texte compromettant, mais c’est toujours facile de déduire des trucs et je veux rester prudent. 10putes est un blogue personnel et c’est juste plus safe, professionnel et égocentrique de garder ça sur moi et mon point de vue. :)

La fin janvier s’est terminée avec un des mes projets qui s’est fait refuser par tou.tv. D’ailleurs, pour les lecteurs de longue date, ce projet avait comme titre « Clandestino » à la base, qui était un petit clin d’oeil à la section érotique que 10putes avait dans le temps.

Comme il m’arrive souvent, il parait qu’ils adoraient ça, mais ils ont fini par prendre un autre projet. (Au moins, cet autre projet était celui d’un ami de l’ENH que j’aime bien.) Je ne trust jamais trop les « ils adoraient ça! » parce que j’ai l’impression que tout le monde dit ça pour être fin et ne pas décourager personne, mais dans ce cas-là, ma productrice était vraiment convaincante et j’y ai cru pour vrai, ce qui est bon pour l’égo, mais bon, dans le concret, ça ne donne rien pantoute.

Quand j’ai un refus, j’essaie de voir ce que j’aurais pu faire de plus, mais comme on n’obtient jamais beaucoup de feedback, c’est un peu tough. Peut-être qu’avoir été plus connu m’aurait amené la petite coche de plus. Eric Chandonnet, ça ne veut pas dire grand-chose à grand monde. Et les espoirs par rapport à Clandestino commencent à diminuer parce que :

  1. Bien humblement, c’est un projet assez edgy et audacieux.
  2. Il n’y a pas tant de diffuseurs au Québec qui ont ce niveau d’audace.

C’est aussi le genre de refus qui fait plus mal parce que c’est un projet sur lequel j’ai vraiment travaillé fort et mis beaucoup de mon coeur. Au moins une grosse année de réflexion, de recherche et d’écriture et sur des thèmes qui me touchent. Je pourrai peut-être le transférer en roman. Ou peut-être ici. Ou intégrer les histoires dans autre chose. De toute façon, la production a encore les droits dessus pour un petit bout.

D’ailleurs, je ne sais pas si ma super productrice filait cheap ou trouvait que je faisais pitié (OK, peut-être aussi qu’elle me trouve pas pire bon), mais elle m’a invité la semaine suivante pour un brainstorm. C’était vraiment la semaine ENH, parce que le brainstorm était avec une autre amie humoriste de mon année. Cette fois, il fallait trouver des idées de webséries pour les adolescentes.

Ça tombe bien puisque j’ai toujours eu le coeur d’une adolescente. :) #taylorswift4eva

Même avant le brainstorm, j’ai eu une cool idée que j’ai développé en deux heures d’insomnie de milieu de nuit. C’était une cool idée, mais un peuuuuuu trop jeune pour la cible. Pas grave. Ça fait moins mal quand tu passes deux heures sur un truc que deux ans. :)

Au brainstorm, on a trouvé deux bonnes idées qu’on nous a ensuite demandé de développer. Une était un peu inspirée d’un autre de mes projets, mais en format web. J’ai eu un coup de foudre pour la nouvelle version. Le setup me semblait parfait pour le web et la cible. Grand potentiel de jokes et il restait pas mal juste à développer le ton et les deux personnages.

On avait une semaine pour développer ça dans un petit two-pager. J’expliquerais bien le terme two-pager, mais ça s’explique pas mal tout seul. :) Je me rappelle d’avoir envoyé ça le samedi après-midi, on a signé le contrat le lundi et mardi, on avait déjà une réponse positive du diffuseur.

Je n’ai jamais vu ces étapes-là se faire aussi vite, mais bon, on est au bon temps de l’année pour le web. Il y a plein de monde de l’industrie qui va viser les mêmes subventions du mois de mars.

Le jeudi matin de la même semaine, on se rencontrait pour jaser du tournage d’un pilote. À cette rencontre, on rencontrait le réalisateur que la production venait de trouver. J’ai une amie qui le connaissais bien donc j’étais déjà en confiance. Gars trippant qui a fait des projets trippants. Difficile de trouver une meilleure équipe et à la vitesse où ça allait, c’était important que ça aille bien!

La prod avait aussi trouvé nos deux super comédiennes. Ce qu’il manquait et qui commençait à urger, c’était notre lieu de tournage vraiment important à notre setup, et vraiment tough à trouver avec nos budgets inexistants de projet web. :)

On a écrit les textes rush pour le pilote afin de les remettre vendredi soir, le lendemain! On a eu le feeback de la production et du réalisateur le samedi matin. On avait beaucoup de choses à ajouter et à réajuster pour le dimanche, mais on a réussi! Ce qui tombe bien, c’est que je me sentais particulièrement en feu. On a remis notre nouvelle version le dimanche à midi. Le réalisateur est passé là-dessus dimanche et nous a remis une nouvelle version le soir qu’on a peaufiné jusqu’à la version finale le lundi midi.

Intense, mais tellement inspirant!

Et ce n’est pas un hasard si j’étais autant en feu. C’est en plein ce que j’aime faire. De la putain de fiction trippante! Et ce qu’on a écrit, on allait le tourner dans les prochains jours pour vrai! Ça n’allait pas niaiser dans tous les processus de développement pour des mois et des années.

Mon rush à moi s’est un peu terminé ce lundi-là (ce lundi-ci), mais le reste de l’équipe était encore dans le gros jus. Ils ont dû trouver le lieu, apprendre les textes, définir les plans de caméra et 1000 trucs qu’on ne réalise pas. Genre, il y a une femme dont la job était de passer une partie de sa semaine à créer physiquement les niaiseries qu’on a écrit dans nos textes.

Par exemple, il y a un bout où j’ai écrit qu’une fille avait créé en origami de serviettes un emoji pile of poo! Eh bien, elle l’a fait! Pour vrai!

Qu’est-ce qui peut être plus gratifiant que ça dans une vie? :)

J’étais invité comme auteur à assister au tournage qui se faisait durant toute la journée d’hier. Des fois, on invite les auteurs, mais on sent que c’est un peu par politesse. Là, j’étais content d’y aller parce que ça faisait deux semaines que je mettais pas mal toute mon énergie là-dessus et que je me sentais le bienvenu pour vrai. Et justement, le réalisateur super occupé a fini par demander « Hey! Est-ce qu’Eric a vu le caca? »

C’était vraiment drôle. « T’as créé ça, man! »

Ahaha! YOU’RE WELCOME, WORLD!

J’aime beaucoup l’ambiance de plateau. Ça me rappelle quand je travaillais pour ma mère dans les services de traiteur. Du gros travail d’équipe où le temps est un facteur et qu’il faut faire la job no matter what. J’adore cette ambiance-là et toute l’urgence que ça implique. En même temps, je ne vois pas trop quelle job je pourrais bien faire là-dedans.

Beaucoup d’auteurs rêvent d’être réalisateurs (et l’inverse est aussi souvent le cas), mais à part pour les directions à donner aux comédiens, il n’y a pas tant de choses qui m’attirent dans ce rôle-là. Et pour les autres métiers, je serais nul pour le son, je serais nul pour l’éclairage, je serais nul pour les décors, je serais nul pour le maquillage et je serais épouvantable pour gérer la caméra.

Quand on est jeunes, on rêve tous d’être acteur, mais sans trop savoir ce que ça implique et le type de personnalité que ça demande. J’ai beau être créatif, il y a un abandon et une absence d’inhibition que j’aurais beaucoup de misère à aller chercher. C’est toujours ce qui me frappe quand je rencontre des comédiens. Ils ont vraiment une fréquence particulière. Je la reconnais tout de suite.

En tout cas, il y a deux points qu’avaient en commun tout ce monde-là :

  1. Ils sont vraiment passionnés par ce qu’ils font (parce que le web à ce stade-ci du processus, ça paye bouette en bâtard).
  2. C’est du crime de bon monde.

Même si je suis toujours gêné de me retrouver avec plein de monde que je ne connais pas, j’ai vraiment passé une super journée. C’était tellement satisfaisant de tourner sur quoi j’avais travaillé. Ça bouclait vraiment bien ces deux-trois dernières semaines.

Plusieurs d’entre eux sont encore en gros rush. Ils doivent monter tout ça, ajuster les couleurs, ajouter de la musique et plein d’autres trucs dont on ne se rend pas compte. La version finale est supposée être en ligne mardi ou mercredi prochain et j’ai hâte de voir ça!

Ensuite, il restera à espérer que le pilote plaira assez pour obtenir les fonds nécessaire au développement de la série. En tout cas, peu importe ce qui arrive, on ne pourra jamais m’enlever l’expérience trippante que j’ai vécue et surtout, ce pile of poo en serviette.

Ce qui me passe par la tête – 4e et 5e partie

(4e et 5e partie de la série suivi)

Quatrième partie

« Dis tout ce qui te passe par la tête. »

J’ai toujours sucké dans ce genre d’exercice. Une des mes pires fois a été dans mes premiers jours à l’École de l’humour. On était toute la classe devant une grande fenêtre et tour à tour, il fallait improviser une histoire sur ce qui pouvait se passer à l’intérieur d’un appart de l’autre bord de la rue. J’ai juste gelé. En fait, ma tête roulait à 100 miles à l’heure, mais mes idées n’étaient jamais assez bonnes pour que je sois certain de ne pas avoir l’air fou. Donc je n’ai rien dit. Pendant un bon trente secondes. C’est beaucoup de temps quand tout le monde attend dans le gros malaise.

Mais cette fois-ci, c’était avec ma psy. Elle venait de m’annoncer qu’on en était à une de nos dernières rencontres et elle voyait bien que je n’étais pas content. Les ressources sont limitées et bla-bla-bla. J’avais plein de colère et de frustration, mais en même temps, je comprenais. C’est moi, ça. Je raisonne. Je contrôle. Je comprends. Jusqu’à l’implosion.

« Dis tout ce qui te passe par la tête. »

Si t’es comme moi, c’est le genre de phrase qui amène ton cerveau aux endroits les plus vulnérables. Comme j’en parlais ici récemment, j’ai pas mal développé un kick pour cette psy. En fait, plus elle répétait sa phrase, plus j’avais l’impression qu’elle en était au courant. Est-ce qu’elle me demande ça pour que je lui avoue?

Ça m’a rappelé cette histoire que j’avais écrite il y a 10 ans : la fille au cul qui me hante. C’est frustrant de voir combien ma vie est une succession des mêmes problèmes. Le même crime de fuck sur lequel je reste stuck : est-ce que je lui dis ou je choke encore? Pour sauver la face. Pour éviter de déranger. Justement, ce matin même, j’écrivais une milliardième phrase que je n’ai pas osé dire à une fille avec une belle face.

Un éternel recommencement. Mais bon, à quoi servirait-il de déclarer tout ça à ma psy? Est-ce que m’essayer sur elle serait une façon de cheminer dans mon parcours? Montrer que je suis game d’oser malgré toutes les probabilités d’être poliment rejeté.

Essayer sa psy, c’est un peu comme essayer une danseuse. T’as beau sentir quelque chose de fort, c’est un peu sa spécialité de te faire sentir comme ça. Si t’insistes, c’est juste triste. Peut-être que je devrais juste lui amener mon texte de l’autre fois ou celui-ci. Une clé USB que je lui refile avant de partir. J’aurais plus le courage de ça.

J’ai le courage sélectif. Par exemple, dans ce court documentaire à la piscine où des gens sont adorablement intimidés à l’idée de sauter de la tour de 10 mètres, je serais fort pour ça. Même si j’ai le vertige, j’arrive à débrancher mon cerveau pour le deux secondes nécessaire. Ensuite, il est trop tard. Je n’ai qu’à gérer la chute dans le vide. Aussi, la douleur ne peut être que physique.

« Dis tout ce qui te passe par la tête. »

Mais avouer tout ça à ma vie psy maintenant, au point où ce serait clair que je l’essaye et que je suis vulnérable pour vrai, je n’y arrive pas. Je préfère faussement tomber dans la lune. Fixer le vide. Le vide où serait censé se trouver mon scrotum.

Ça me fait vraiment chier que le suivi se termine. Ça me fait chier parce qu’on avance, mais ça me fait chier parce que j’ai l’impression d’avoir investi plein d’énergie à la mauvaise place. Plein de confidences et d’efforts dans une relation qui va mourir et disparaitre de ma vie.

Cinquième partie

Il y a des gens qui assument bien que leur vie sera remplie de relations amoureuses de quelques mois ou de quelques années. L’espèce de philosophie « il ne faut pas voir ça comme un échec, mais un passage. » J’arrive à saisir le concept, mais je ne le ressens pas comme ça. En fait, j’ai souvent pensé que je ferais un bon psy, mais finalement, peut-être que je m’attacherais trop.

C’est sûrement plus facile d’être bien dans ce modèle-là quand tu nages dans l’abondance. Tu ne te rends pas tant compte de ce que tu perds parce que t’as toujours du nouveau dans lequel te garrocher. Ou t’as déjà une base solide qui suffit à te maintenir à flot. Dans le cas présent, perdre ce que ma psy m’apporte me semble irremplaçable à court terme.

« Peut-être qu’en partie, tu viens chercher une relation ici pour ne pas avoir à aller en chercher ailleurs. »

C’est clair qu’il y a de ça. Mais en même temps, je n’ai pas l’impression de me fermer à autre chose. Ça n’arrive juste pas. C’est plus facile de me trouver une psy qu’une date avec une fille empathique qui me plait. Est-ce que j’oserais plus si je n’avais pas de psy? Il me semble que j’étais tout aussi lâche avant d’en avoir.

Mais bon, j’ai déjà tout perdu anyway. C’est weird de lui parler depuis que la fin s’en vient. C’est comme si tous les sujets étaient devenus futiles et que j’étais juste pressé de jaser du plus important. Comme si elle allait mourir.

« Et comment tu gères le deuil? »

Qu’est-ce qu’on répond à ça? Je le gère mal! J’haïs ça. Pour le moment, la vie m’a quand même pas mal épargné à ce niveau-là. J’ai perdu du monde important, mais jamais quelqu’un de très présent dans mon quotidien. Rarement des gens que je ne peux pas me faire accroire que je vais juste être un petit bout de plus sans les revoir.

J’ai un ami dans le trouble qui a de la misère à l’idée d’aller consulter parce qu’il a de la misère à parler de lui. Pour moi, ça me semble si facile, mais dans le fond, ce n’est pas vrai fuck all. J’arrive à oversharer plein d’intimité ici, mais je garde quand même le plus important. Je dis ici ce que je ne dis pas là-bas et je dis là-bas ce que je ne dis pas ici. Je me protège de partout.

Et de toute façon, ça mène à quoi toutes ces conneries?!

Oh, la colère qui kick. Je le savais que la fin s’en venait, mais la colère kick quand même. C’est comme si je n’avais jamais le droit de bien aller. Dès que je vais un peu mieux, le monde se pousse. Quand je vais mieux, ou quand je me rapproche.

Un moment donné – troisième partie

(3e partie de la série suivi)

C’est con, mais je me sens toujours mal de me pointer à mes rendez-vous de psy quand je vais bien. J’ai l’impression de ne pas être assez décrissé pour me qualifier. Je sais que c’est ridicule, mais ça me passe toujours par la tête quand j’y vais sur une bonne journée. Heureusement, dans l’état où j’étais ce matin, je me qualifiais totalement.

C’est le vide dont je parlais qui me rattrape. La solitude.

Là, je vais essayer au possible d’illustrer ça de façon claire, mais ça risque d’être abstrait parce que ce sont des trucs complexes et surtout, ce sont des trucs je ne maitrise pas. Sinon, je serais pas mal plus heureux. Bref, j’espère que t’es concentré.

J’ai réussi à atteindre un espèce de beat régulier dans les derniers jours. Je me couche tôt et du coup, je me lève tôt. Comme le vrai monde. J’ai même hâte d’aller me coucher. Pas parce que je suis fatigué ou que c’est un mode de vie sain. Je veux juste que le temps passe. Comme des shots de fast-forward. J’espère que le lendemain m’amènera enfin ce quelque chose, cette relation que j’attends.

Évidemment, c’est zéro une bonne stratégie. Je le comprends bien, mais je l’agis quand même. Je reste en attente. Dans les meilleures passes, j’espère. Dans les moins bonnes, je me décourage. J’aimerais être moins passif, mais j’ai de la misère à trouver des options concrètes. Le bénévolat?

J’en jasais tout à l’heure avec ma psy que je suis toujours content d’aller voir. En fait, j’en ai hâte. Je le vois presque comme une date.

C’est naturel de s’attacher à du monde intelligent, compatissant et à l’écoute. Je finis souvent par me prendre au jeu et les voir comme des amis. En fait, ma psy, je voudrais qu’elle soit pas mal plus que mon amie. Encore là, je sais bien que je ne la connais pas vraiment et que la relation est totalement déséquilibrée, mais je le sens quand même comme ça. Mon manque me rend vulnérable à ce genre de truc.

C’est trop facile de finir par la voir comme une belle amie avec qui je vais jaser. À la différence qu’une amitié dure tant que ça va bien alors que les psys, on se voit souvent juste le temps où ça va mal.

Je m’égare.

Ce qui est différent dans la relation avec ma psy, c’est que je n’ai pas peur d’être rejeté. Je peux même lui confier ouvertement l’effet qu’elle me fait. De façon pure et authentique. Tout ce que ça peut faire, c’est de créer un malaise, et pas mal juste de mon bord. D’ailleurs, aujourd’hui, je lui racontais que le sourire qu’elle me fait quand j’arrive et que je repars, c’est toujours dans les highlights de ma semaine. Ce sourire-là avec mon prénom dans sa bouche me donne de la bonne humeur pour quelques heures.

Je suis toujours étonné par l’énergie que ça me donne. Mais là, vu que je lui en ai parlé, je n’ai même pas été game de la regarder avant de partir. J’avais peur qu’elle se sente forcée ou que ça devienne weird.

Je sais. C’est pathétique.

Mais bon, même si c’est une relation qui ne peut déboucher sur rien d’autre, il y a quand même quelque chose de vrai et substantiel qui s’y passe. Une écoute qui est sincère. Une intelligence dans ses propos. Une compassion. Un regard véritable sur ce que j’ai à l’intérieur. Et ça fait partie de mon problème de fond que j’essaie de mieux comprendre. Ce besoin d’être adéquat et satisfaisant pour l’autre.

Elle me fait toujours remarquer ça. Elle pointe toujours vers ce petit quelque chose qui m’échappe. L’importance que j’accorde à ce que je plaise à l’autre. Ce que l’autre va penser de moi. Combien c’est improbable qu’on finisse par me voir comme un bon parti. Tout l’espoir que je mets dans cette idée, ce fantasme de finir par tomber sur quelqu’un qui viendrait me certifier d’une certaine valeur. Quelqu’un dont le regard arriverait ou suffirait à me valider ou je sais pas quoi.

Je l’avais dit que ce serait abstrait.

En même temps, je ne sais pas comment se débrouillent les gens normaux. Bon, avec les psys, tu ne peux jamais utiliser le mot « normal », mais ‘mettons qu’on le remplace par « sain ». Les gens sains ont-ils une confiance de fond et un amour de soi qui les rend propices à plein de relations? Peut-être. On s’entend que mes cent paragraphes de questionnements, ça ne score pas full dans une bio Tinder.

De toute façon, j’y suis invisible. Il y a des fois où je vais écrire dans des endroits bondés juste pour l’espoir de peut-être provoquer le destin. Peut-être que de rester là assez longtemps me rendra plus sensible au rayonnement. Ça me donnera l’exposition nécessaire comme dans ces photos où ils jouent avec la lumière. Mais non. Je reste invisible.

« Est-ce que t’es invisible ou c’est toi qui te rends invisible? »

C’est tellement une question de psy, ça. C’est sûr que d’aller écrire dans un centre d’achat, ça ne se qualifie pas pour un gros move proactif qui assure l’abondance de relations significatives. Mais ce serait quand même suffisant pour une belle fille. Même certains gars.

Mais bon, même à ça, je sais que je n’arriverais pas à tenir le regard d’une inconnue qui me plait. Pas à jeun, en tout cas. J’aurais peur de déranger ou d’avoir l’air stalker. Encore cette peur du rejet et de quoi j’aurai l’air. Je suis plus à l’aise de jaser avec une femme qui est à l’autre bout du monde que celle à la table d’à côté. Plus elle est proche, plus je garde les yeux sur ce que j’écris, la tête cachée dans mon hoodie.

Ironiquement, c’est un des trucs qui m’a rapidement plu avec l’écriture. Cette possibilité de rejoindre un paquet de monde en même temps et l’espoir que ça résonne chez quelques personnes compatibles. C’est comme s’il n’y avait qu’avec l’écriture où j’arrivais à exister assez pour devenir visible. Une visibilité par les lettres où chaque mot est un petit bout de verre. Des textes que je patente dans l’espoir de former une espèce de bouteille à la mer, qui finira peut-être quelque part un moment donné.

Petit suivi avec plein de hashtags – deuxième partie

(2e partie de la série suivi)

Ça fait déjà plus de deux semaines que j’ai écrit mon pseudo-coming out de dépression. Les réactions ont été très très cool. Plein de monde m’a écrit personnellement. Plusieurs pour m’encourager et plusieurs qui vivent la même chose. Malgré le stress que ça implique, ça fait du bien de pouvoir parler de ce genre de truc ouvertement. En plus, quand du monde me demande qu’est-ce qui se passe avec moi, je peux juste leur envoyer le texte. ;)

J’avais envie de faire un suivi vu que je suis encore là-dedans à fond. Et je vais mettre des petits #hashtags pour camoufler le fait que ce texte manque cruellement de structure. :)

#médication

J’ai revu ma doc il y a une dizaine de jours et j’ai encore augmenté ma dose d’Effexor. J’étais surpris étant donné que j’allais bien, mais ç’a l’air que c’était l’objectif depuis le début. J’étais à 150mg depuis le début janvier et là je viens d’arriver à 225 depuis quelques jours. J’avoue que je ne vois pas trop de différences. Je n’ai même pas été si zombie que ça. J’imagine que passer de 0 à 37 ou de 37 à 75, ça chamboule plus le cerveau que de passer de 187 à 225.

#carrière

J’ai même réussi à travers tout ça à être pas mal productif. J’ai eu ma plus grosse semaine de travail depuis un bout de temps et ça s’est bien passé. Il faut dire que c’était de la job inspirante, l’fun et avec du monde trippant. J’ai continué une petite job de rédaction à faire à temps perdu, mais j’ai surtout eu un cool brainstrom + deux two-pagers de webséries à penser et écrire. Souvent, les débuts de projets sont faits bénévolement, mais là, j’ai même été compensé pis toute. Vraiment le genre de semaine que je prendrais plus souvent.

#bouffe

Il y a deux semaines, j’ai une amie qui est venue me donner un cours de cuisine. On a jasé sur Facebook chat de quel genre de bouffe je pourrais intégrer à mes habitudes. En gros, j’aimerais bien manger sans passer trop de temps dans la cuisine. Évidemment, je voudrais aussi faire des économies, mais c’est sûr que si je me fais à manger au lieu d’acheter de la junk, je vais sauver plein d’argent.

Mon amie a déjà donné des cours de cuisine à des déficients intellectuels donc je n’étais pas trop gêné de poser mes questions stupides de gars parfaitement nul. Notre plan pour la première rencontre : une salade repas super simple avec du quinoa pis plein de légumes. Ç’a vraiment été un hit. Ça m’a fait quatre grosses portions et au niveau physique, c’est la période où je me suis senti le mieux. C’est tellement cool d’avoir toujours des bons repas santé dans le frigo. J’aimerais que ce soit comme ça tout le temps. Mais bon, j’ai choké quand il a été le temps de faire tout ça tout seul.

#money

Même s’il y a des trucs qui avancent, j’ai quand même vu la semaine passée que ma petite période de stabilité financière achevait déjà. Je vais recommencer à être dans le trouble vers la fin février alors je dois continuer de faire des démarches et espérer que quelque chose débloque. Idéalement, quelque chose d’aussi créatif et inspirant que cette semaine. Je vois vraiment combien ça joue sur mon moral quand ce que je fais a un sens pour moi.

Mais avant de reprendre conscience de ce stress-là qui s’en vient, j’allais vraiment bien. Je souriais plus. Je riais beaucoup plus. Je dansais plus. Bon, j’ai pas dansé tant que ça, mais t’sais, j’avais plus d’entrain en écoutant de la musique, ‘mettons. Les épaules plus game. Le karaoké plus facile. J’ai même remarqué que mes rêves sont beaucoup plus positifs. J’entreprends aussi plus de trucs. Mon appart est encore une dompe, mais la situation s’améliore.

#shape

Dans le négatif, j’ai arrêté de m’entrainer quelque part à la fin janvier. Je pense que c’est quand j’ai fini ma batch de bouffe santé et que j’ai recommencé à stresser sur l’argent. J’ai un pattern qui se répète : j’ai moins d’argent pour manger alors je bouffe moins bien et je finis par sentir que m’entrainer va m’enlever le peu d’énergie que j’ai pour travailler et la chaine des bonnes habitudes débarque.

Ma doc me rappelait qu’au contraire, l’entrainement va m’amener de l’énergie. C’est vrai à moyen terme, mais j’ai l’impression que quand tu recommences à t’entrainer et que t’es pas encore tant en forme, ça te vide plus qu’autre chose. Quand j’ai peur de manquer d’énergie pour écrire, je skip ça et je tombe tranquillement en léthargie. Ça reste un combat, mais je veux recommencer bientôt parce que je voyais déjà un impact cool sur ma shape.

#tremblement

L’effet qui me dérange le plus des Effexor, ce sont mes mains qui tremblent. J’ai toujours eu ce que les docs appellent un tremblement « essentiel ». C’est un genre de tremblement inexplicable qui n’est apparemment pas grave. Ça parait surtout quand je suis faible, que je n’ai pas mangé ou que je suis nerveux, sauf que là, les Effexor empirent le phénomène. Ce n’est pas un tremblement constant, c’est plus que mes doigts glitchent. Genre si j’essaie de prendre un petit truc comme une frite ou de prendre un verre d’eau, on peut voir mes doigts glitcher pendant la contraction de ma main. Même si les docs disent que ce n’est rien de grave, c’est quand même stressant à voir. Je freakerais out si ça commençait à me nuire quand je tape au clavier.

#social

Dans le bout de janvier où j’allais vraiment bien sans trop subir de stress, c’est là que mon manque affectif et social a été mis le plus en évidence. Il y a clairement un vide qui reste là, même avec la super médication. Ça fait partie de mon problème de fond. Ma vie affective n’est pas complètement vide parce que j’ai des bons amis et quelques trucs, mais ce n’est clairement pas satisfaisant. Ça manque de relations significatives et… profondes.

#sexe

Parlant de relations profondes (poudoum kischhh!), je discutais de sexe avec ma doc qui garde toujours un air super sérieux malgré ses propos funny. Je parlais de combien les antidéps rendaient ça tough d’atteindre l’orgasme. C’est vraiment spécial à vivre. Tu penses que t’approches cette fameuse ligne de non-retour où t’atteins l’orgasme, mais c’est comme si tu restes stuck à 99%. C’est vraiment agace. Là, tu donnes un effort de plus en te disant qu’il ne manque vraiment pas grand-chose, mais le dernier 1% est vraiment tough à aller chercher. Et c’est de la job de maintenir ça là!

Elle me racontait qu’ils donnent justement ce genre de drogue aux éjaculateurs précoces. « D’habitude, les madames aiment beaucoup ça. » Ahah, les madames! J’imagine bien, mais là, je vais me taper une crise de coeur.

Toujours aussi calme, elle ajoute : « Une autre bonne raison pour reprendre l’entrainement. »

En effet. Je l’adore, cette doc.

La nouvelle théorie – première partie

(Première partie de la série suivi)

Fin 2006

Il y a un peu plus de 10 ans, j’écrivais un texte très libérateur où j’expliquais que j’étais en dépression majeure. C’était libérateur parce que c’est freakant d’aller si mal sans savoir ce qui se passe.

Et j’allais vraiment mal. Je commençais à pleurer une demi-heure après m’être levé et ça continuait jusqu’à ce que j’aille me coucher. Je ne mangeais plus au point où j’avais perdu plus de trente livres en quelques semaines. C’était dû à pas mal de trucs. J’étais dans un métier que je n’aimais pas, ma vie amoureuse faisait du bungee et je n’avais pas de psy pour m’aider à gérer tout ça.

J’étais dans une vie que je n’aimais pas et j’étais très mal outillé pour gérer la situation. Même si j’avais toujours été assez réfractaire aux médicaments, j’ai commencé à prendre des antidépresseurs. Je voyais ça comme un genre de piton « pause ». J’allais prendre ces Effexor juste le temps de me revirer de bord.

En quelques mois, je me suis trouvé un psy, j’ai opté pour une carrière qui me passionne et le dommage de mes fucks amoureux s’est tranquillement estompé. Quand j’ai arrêté de pleurer, recommencé à manger et à prendre du mieux, j’ai rapidement voulu couper les antidépresseurs. Il faut dire que les Effexor ont des effets secondaires assez chiants. Déjà, tu dois éviter l’alcool vu que c’est un dépresseur, mais t’es assez zombie dans les débuts et ça te scrap une libido d’aplomb.

Quand ta libido fait moindrement partie de ton identité, c’est assez déstabilisant d’en perdre une partie. Tu te sens comme si tu n’étais plus toi. Et ça joue encore plus sur ton orgasmie, dans le sens où c’est vraiment plus tough d’atteindre l’orgasme. Ça peut paraître anodin de l’extérieur, mais tous ces petits trucs sont des rappels constants que tu n’es pas tout à fait comme tu devrais être. Il y a quelque chose qui affecte ton cerveau.

2007

Bref, avec mon doc du moment, j’ai décidé d’arrêter les antidépresseurs après huit mois. Autour de juin 2007. Je venais d’être accepté à l’École nationale de l’humour et j’espérais être à 100% pour l’entrée à l’automne.

L’année à l’ENH fut assez spéciale. Je venais de passer une année en dépression tout seul sur le chômage dans mon appart et je me suis ramassé avec plein de nouveaux amis passionnés et une structure qui me permettait de faire ce que j’aime à tous les jours. Mais est-ce que j’étais revenu comme avant? Ce n’était pas mon impression. Mais c’est difficile de savoir.

C’est de loin le truc qui m’enrage le plus avec la dépression : l’autoévaluation. On est toujours dans l’hypothétique. On te parle d’un possible problème de sérotonine. On te jase que ton cerveau a probablement de la misère à faire des petites connexions, mais il n’y a jamais de preuves concrètes. Ça ne parait pas dans un test de sang ou d’urine. Il n’y a pas de petit indicateur qui affiche que ton niveau de sérotonine est bas ou une petite lumière qui passe du rouge au vert lorsque t’es enfin rétabli.

On te demande juste à toi comment tu te sens, et c’est toujours à toi de répondre aux questions sur ton état. C’est à ton cerveau de te dire si ton cerveau est encore malade. On se fit à ton jugement à toi pour établir si ton jugement à toi est encore compromis.

Après plusieurs mois dans les bas-fonds, c’était facile de remarquer que j’allais mieux qu’avant, mais est-ce que j’étais revenu comme avant la dépression? Ce n’était pas l’impression que j’avais. Et cette année à l’ENH de 2007 à 2008, ç’a été ma meilleure depuis.

Tout au long de cette décennie, chez les psy et à certains amis proches, j’ai raconté combien j’avais l’impression de n’être jamais revenu comme avant. Comme si cette période noire m’avait arraché un 15 ou 20% à tout jamais.

J’ai passé la dernière décennie à faire des aller-retours entre « pas siiii pire » et suicidaire, et ce qui est fucké, c’est que plus que t’accumules des années comme ça, plus ça devient ton nouveau « normal ». Je suis devenu cette personne-là. En fait, j’ai un paquet d’amis qui ne connaissent que ce Eric-là. J’ai aussi eu l’impression de perdre quelques amis qui se sont tannés de cette version plus down et diminuée de moi.

Et pour ça, je blâmais les Effexor. C’est la théorie qui me faisait le plus de sens.

2014

À la fin 2014, avec une nouvelle jeune doc que j’aimais bien, j’ai décidé de redonner une chance aux antidépresseurs, mais encore là, il n’y avait aucune chance que je retourne sur les Effexor. On a donc opté pour le deuxième choix : le Wellbutrin. L’avantage du Wellbutrin, c’est que je n’avais pas d’effets secondaires. Le problème, c’est que je n’avais pas d’effet positif non plus. Ça n’avait juste aucun impact.

Après quelques mois, on a conclu avec ma doc que j’étais juste dans une situation de marde. Il faut avouer que la vie d’artiste amène en masse de stress. L’insécurité financière, ça pèse lourd et dans une situation aussi stressante mêlée avec autant d’isolement, la plupart des humains se ramasseraient dans un état dépressif.

C’était une théorie intéressante, mais ça me laissait quand même avec pas mal de questions :

  • Est-ce que j’irais mieux si ma vie allait mieux?
  • Si mes trucs se mettaient à bien aller, est-ce que je reviendrais enfin à 100%?
  • Est-ce que mon cerveau dépressif est ce qui m’empêche de faire ce que j’aurais besoin de faire pour mieux aller et me sortir de ce trou-là?

Et la dernière question a toujours la plus pesante depuis. Et passer dix années à ne pas savoir si ma vie va mal à cause de mon cerveau ou si mon cerveau va mal à cause de ma vie, ça vient qu’à faire beaucoup. Dix ans à se sentir off. Dix ans à ne jamais tomber amoureux. Dix ans à me dire que je ne ferais pas un bon parti anyway parce que je suis brisé.

En accumulant les épisodes dépressifs, on en vient croire qu’on ne s’en sortira juste jamais. Vivre une dépression, ça peut arriver à tout le monde, mais quand ça revient constamment sur une période de dix ans, ça arrête d’être juste une passe tough qui t’ajoute un peu de vécu et qui fera cool dans ta future biographie. Ça devient juste toi. Ta nouvelle réalité de marde que tu dois peut-être apprendre à accepter. De toute façon, est-ce que je suis vraiment à 75% ou si je ne fais qu’embellir un passé nostagilisé de moins en moins fiable? Peut-être que j’ai juste vieilli.

2016

Bref, j’ai continué à patauger en mode survie depuis ce temps-là, et ma fin 2016 s’est ramassée particulièrement sombre. Je n’élaborerai pas trop là-dessus, mais le 23 décembre au soir, je suis allé à l’hôpital avec une amie et on est tombé sur une doc d’expérience qui se trouve à être assez ferrée en maladie mentale et qui est arrivée avec une toute nouvelle théorie.

La nouvelle théorie, c’est que je n’aurais jamais assez bien traité ma première dépression d’il y a 10 ans. Alors que je blâmais les Effexor depuis ce temps-là, c’est possible que je ne sois justement pas resté assez longtemps sur ces Effexor. Assez longtemps pour donner une chance à mon cerveau de se rétablir. Si j’ai bien compris, c’est dans les trucs que la médecine semble avoir appris récemment. Il y a même une possibilité qu’en arrêtant le traitement trop tôt, je puisse avoir causé des dommages permanents. Genre, c’est possible que la dépression mal traitée puisse faire que mon cerveau se soit rodé comme ça et que je me sois ramassé avec une espèce de dépression chronique.

Encore une fois, on est dans le super hypothétique (qui m’énarve) et évidemment, l’idée que j’aie peut-être scrapé mon cerveau à jamais, ce n’est pas super cool à entendre, mais c’est vraiment le « worst-case scenerio » et encore une fois, il y a quelque chose de vraiment libérateur et qui fait du bien quand quelqu’un semble enfin avoir trouvé ton fuck.

Chose sûre, c’est la première explication en dix ans qui me fait du sens.

Bon, comme dans une joke cliché, la doc avait une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne est qu’Effexor produit maintenant une nouvelle sorte d’antidépresseur qui a des bonnes chances d’être meilleure pour moi. La mauvaise, c’est que cette sorte-là n’est pas encore couverte par le gouvernement et me reviendrait à plus de 100$ par mois. Et comme c’est impossible avec mon budget actuel, je me suis donc ramassé à recommencer les bons vieux Effexor poches.

(Elle n’aime pas que je les appelle comme ça.)

J’ai recommencé à les prendre le 24 décembre et j’ai augmenté la dose un peu en mode sprint. Comme je sais que les antidépresseurs prennent plusieurs semaines avant d’être efficaces et que j’avais un besoin urgent de pouvoir travailler, c’était important que ça se fasse vite. Comme personne n’engage grand monde durant le temps des fêtes anyway, je me suis dit que c’était le moment ou jamais pour être zombie et avoir les pupilles grosses comme des cinq cennes.

2017

J’ai commencé à mieux me sentir dès le début janvier, mais j’ai rapidement été rattrapé par mes problèmes d’argent. Je n’avais rien pour le loyer de janvier et même si je me sentais plus énergique et moins déprimé, la panique et l’anxiété étaient crissement intense. C’était frustrant de voir que même si j’allais mieux, le renfort allait peut-être être arrivé juste un peu trop tard.

Autour du 6 ou 7 janvier, j’ai fait un statut Facebook difficile sur l’ego où je demandais de l’aide, et même si ça donne toujours plusieurs malaises et que quelques personnes en profitent pour te faire la morale sans trop connaître ta situation, j’en ai reçu vraiment beaucoup, de l’aide. En fait, c’est fou toute l’aide que j’ai reçue au cours des dix dernières années. Je ne sais pas comment j’aurais pu avoir une chance de tougher sans.

Cette aide m’a permis de me ressortir un peu la tête de l’eau, et le hasard a fait que quelques jobines me sont tombées dessus dans la dernière semaine. En parallèle à tout ça, j’ai aussi une nouvelle psy avec laquelle je vois mes trucs d’un nouvel angle. J’ai aussi commencé à m’entrainer et surtout : j’avais le goût de commencer à m’entrainer. Bien sûr, ma vie est encore loin d’être parfaite, mais je me sens enfin redevenu productif, ce que je n’étais plus à la fin de 2016.

Assez productif pour me permettre d’écrire tout ça publiquement.

C’est que c’est toujours épeurant de raconter ce genre de truc publiquement. Il y a toujours le risque que ça puisse nuire à ma carrière. (Surtout dans un texte aussi mal écrit.) Qui veut engager un auteur qui est aussi souvent sur le bord de se noyer? Mais comme je disais, je vais mieux et j’irais encore mieux avec de nouvelles gigs cool. *wink wink* Mais surtout, je tenais à raconter tout ça parce que depuis 10 ans, j’ai plein de gens qui luttent avec la dépression qui m’ont écrit et demandé conseil.

Dans ces conseils-là, j’ai souvent été très dur avec les antidépresseurs parce que j’avais l’impression que ça m’avait scrapé. Et même si on n’en est pas encore certain (parce qu’on reste encore et toujours dans le crime d’hypothétique), la nouvelle théorie indiquerait quand même que je me serais complètement planté là-dessus.

Donc si ça peut aider quelqu’un d’autre à ne pas refaire les mêmes erreurs, c’est important pour moi de l’écrire. D’ailleurs, j’en profite pour préciser que je suis loin d’être un expert dans tout ça. Tout ce que je raconte n’est basé que sur mon expérience à moi et de ce que j’en ai compris avec quelques rendez-vous.

Je revois ma doc la semaine prochaine et j’ai encore plein de questions pour la suite. Et je profite de ce post déjà beaucoup trop long pour remercier encore une fois tout le monde qui m’a aidé à leur façon à travers tout ça. J’apprécie vraiment et j’espère juste pouvoir continuer à bâtir sur ce momentum-là.