Avec plusieurs langues en même temps

Dès que j’ai une chronique qui score sur Nightlife, j’ai droit à quelques commenteux qui viennent se plaindre du trop haut nombre d’anglicismes ou d’emprunts à l’anglais dans mes textes. Je n’ai pas grand-chose à répondre contre ça. Ils ont raison. Si on n’aime pas ça, ça doit être gossant.

Bon, je ne change pas pour autant. C’est le style que j’ai choisi pour cette tribune-là. J’écris comme je parle. Pour moi, ce n’est pas d’être cool, juste d’être authentique. Ça n’empêche pas que ce soit un enjeu qui me tienne à coeur.

Je regardais l’émission de Christiane Charette la semaine passée où il y avait les Dead Obies en prestation musicale.

Lors de son entrevue, Rebecca Makonnen a profité de la tribune pour défendre le hip hop en disant que c’est là pour rester et j’étais bien d’accord. Tout allait bien, jusqu’à ce qu’elle se mette à chialer que les Dead Obies se sont fait critiquer aux Francouvertes parce qu’ils ont un nom et des paroles en anglais.

Et là, elle prônait qu’on est maintenant en 2014 donc il faudrait bien être moderne et ouvert d’esprit et « c’est ça le Québec » et bla bla bla…

Perso, le nom du band, je m’en fous pas mal. Mais si tes paroles sont souvent en anglais, est-ce qu’on peut dire que ta présence aux Francouvertes est contestable sans être fermé d’esprit ou rétrograde? En fait, qu’est-ce que tu crisses là à la base? Le nom du concours est quand même assez clair.

Le français en Amérique est une langue fragile et il y a des concours pour l’aider à se défendre contre l’omniprésence de l’anglais. Si tu veux écrire dans une langue qui te tente ou y aller carrément en mode I want to pogne, il y a zéro problème. C’est ton choix et je respecte la démarche. C’est ce que je fais moi-même dans plein de projets. Mais la moindre des choses, c’est de laisser ce genre de concours aux artistes qui essaient de faire un réel effort pour la langue.

(Et for the record, je comme le feeling que Velvet Underground s’en serait torché solide de ne rien gagner aux Francouvertes.)

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4 Comments

  1. Une des caractéristiques les plus intéressantes et distinctives du québécois est qu’il se pratique dans un esprit ludique et créatif: on invente ou adapte des mots pour exprimer humour, affection ou complicité. L’esprit est en cela proche de l’espagnol ou l’italien, qui jouent avec les mots et les diminutifs pour s’exprimer de manière plus émotive ou conviviale.
    Alors que la pratique du français métropolitain est plus figée et normative et sert souvent à marquer par la correction et le niveau de langage le statut social et le niveau professionnel, et à exclure ceux qui ne maîtrisent pas ces codes de langages. Les argots ou autres variations jeunes ne sont pas intégrés par le reste de la société, et encore moins publiés, et deviennent des ghettos.
    Tes textes sont très québecois dans cet usage de la langue créatif, ludique et convivial. Je ne vois pas l’intérêt de se normaliser sur la référence de la pratique parisienne. Le québécois se perd tout autant en devenant américain qu’en devenant parisien. Le développement du québécois est de maintenir sa culture et ses caractéristiques dans un état d’esprit contemporain.

  2. D’accord aussi sur la seconde partie, créer en français créatif n’est pas la même chose que créer en anglais.
    Cela n’a rien à voir avec l’ouverture d’esprit. Être ouvert d’esprit c’est s’intéresser à des formes créatives et nouvelles, ce n’est pas tout confondre…
    Il est de mauvaise foi de vouloir occuper des espaces ou des capter des fonds pour la promotion de la francophophonie si on a choisi de créer en anglais.

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