Vu que je suis en réflexion, je me suis amusé à comparer l’option d’écrire un livre via une maison d’édition dans le modèle traditionnel ou de m’autopublier sur Amazon.

J’ai fait un sondage sur mes différentes tribunes Facebook pour mieux connaitre les habitudes de consommation de mon entourage. Je me demandais où les acheteurs de livres en étaient dans leur transition vers la modernité du numérique.

La réponse : vraiment pas loin!

Sur une cinquantaine de réponses, l’écrasante majorité est encore en amour avec le format papier et ils ne veulent rien savoir du numérique. Et en discutant avec quelques uns d’entre eux, j’ai aussi remarqué que plusieurs en étaient fiers. Je me suis intéressé à cette fierté.

C’est sûr qu’il a une question d’habitude et de confort reliée au format papier. C’est sûr que ça look pas mal plus dans le métro aussi. Ce que j’étais surpris d’entendre, c’est que plusieurs sont fiers d’acheter le format papier parce que ça encourage une industrie qui a de la misère.

C’est vrai qu’en achetant un livre papier, t’encourage une industrie qui de la misère, mais est-ce que t’encourage l’auteur ou l’écrivain? Peut-être pas autant que tu penses. Quand t’achètes un livre papier, voici la part de chaque parti. Charte papier

Est-ce que ça ressemble à ce que tu t’attendais? J’ai fait un petit tableau pour montrer où l’argent s’en va en fonction du prix du livre.

Tableau papier

Le Québec est un très petit marché. Un livre est un best-seller à 3000 copies vendues. Évidemment, ce ne sont pas tous les livres qui se rendent là. (Pour faire de l’argent pour vrai, il faut souvent avoir du succès à l’international.) Quand on m’a approché pour un projet de livre, on s’attendait à en vendre entre 1000 et 1500. Pour 1500 copies à 15$ du livre, ça m’aurait donné un gros 2250$.

Pourtant, écrire un livre, c’est au moins six mois de travail. Et c’est souvent plus entre 18 mois et trois ans.

Dans ce modèle-là, 90% de l’argent va à la machine. La maison d’édition et tout son staff qui te lisent, te conseillent et t’épaulent dans le long processus artistique. On te fournit du papier et de l’encre. On t’offre une tablette à la librairie. On va peut-être même te faire de la pub si t’es vraiment chanceux. Ce n’est pas grand-chose, mais on peut difficilement les blâmer de ne pas faire grand-chose. Le milieu du livre au Québec, c’est un peu une industrie en mode survie.

Mais moi, en tant qu’auteur qui lit maintenant presque toujours en format numérique sur ma tablette, je me suis intéressé au modèle d’Amazon où je couperais plusieurs intermédiaires. Voici à quoi ça ressemble si je décidais de m’autopublier et de tout faire moi-même. Charte AmazonLes mêmes exemples sur les mêmes prix de livres.

Tableau Amazon

Dans ce modèle-là, si je vendais les mêmes 1500 copies à 15$, je ferais 15 750$. Si je faisais un deal à 10$ parce que je veux encourager ceux qui sont habitués au bon vieux papier, je ferais quand même 10 500$. Un best-seller? 21 000$.

Si t’arrives à publier un best-seller tous les deux ans, ça te fait 10 500$ par année. Ce n’est pas encore suffisant pour en vivre et ça implique plein de dépenses, mais ce sont des montants raisonnables. Pour le même cas dans le modèle du livre papier, ça donne 1500$ par année. C’est une vraie joke. Pour être smatte, on va t’offrir d’acheter de tes livres à moitié prix pour les revendre toi-même si ça te tente.

Si tu veux encourager ton auteur préféré, cette option-là est souvent la meilleure. (Ou la moins pire.) C’est pour ça qu’on voit souvent des artistes qui vendent eux-mêmes leurs livres après leurs spectacles ou d’autres moments où ils sont en contact avec leurs fans.

Ce que je trouve bizarre, c’est qu’on a toujours de la sympathie pour le papier. On a de la sympathie pour la petite librairie du coin qui est pauvre ou l’imprimeur du quartier qui doit gérer le déclin des contrats et la boite d’édition et tout son staff qui ne s’en sortirait jamais sans les précieuses subventions. Mais est-ce qu’on a de la sympathie pour l’auteur qui reçoit des peanuts?

En achetant le format papier, on encourage l’industrie. Une industrie avec plein de bon monde, mais qui donne 10% à son auteur.

Évidemment, Amazon n’est pas mieux. C’est clairement le diable. Ils font fermer des commerces par milliers. Ils ne te donnent aucun feedback ou expertise comme le ferait une maison d’édition. Ils ne te fournissent pas une belle pochette ou un responsable des communications. Ils ne te promettent pas de placer ton livre au top de la pyramide de livres au Renaud-Bray ou de te booker à la télé.

Mais si t’es prêt à te passer de tout ça, ça reste un putain de 10% versus 70%.

Il reste que t’aurais beau toucher 200% des revenus, si personne n’achète ton livre parce qu’il est en format numérique, ça ne donne rien pantoute.

Pour ceux qui s’attendaient à ce que je détaille plus le côté de l’édition dans le modèle actuel, Enquête avait fait une émission là-dessus : http://ici.tou.tv/enquete/S2015E22

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