Je me dirige  à un gym MMA pas loin de chez nous pour rencontrer un athlète UFC qui se cherche un « community manager ». C’est quoi un community manager? C’est un peu n’importe quoi. Il y a m ême des articles qui expliquent les différences entre un community manager et un social media manager (tu pensais que c’était la m ême affaire, hein?) mais ces articles aident surtout à réaliser combien ces titres sont encore flous.

Bref, je me cherche du travail de ce temps-là et représenter un athlète MMA sur les réseaux sociaux me semblait un sideline intéressant. M ême si je n’ai jamais été community manager de ma vie, je ne me sentais pas si imposteur considérant je suis un ex-programmeur devenu writer qui est sur les réseaux sociaux depuis toujours et qui est à peu près le plus grand fan MMA du monde. Me semble que ça me donne un bon profil.

Le truc qui me stresse le plus est la qualité de mon anglais parlé que je n’utilise pas souvent, mais j’essaie d’adopter ma meilleure attitude de « fake it ’til you make it. »

J’arrive au gym qui est super proche de chez nous, mais John n’est pas encore arrivé. Le gars à la réception m’offre d’aller m’assoir sur un genre de divan rouge pétant qui se situe entre un ring plein de monde et des matelas plein de monde. Bof!

Vu qu’il fait super beau, je choisis d’aller l’attendre dehors.

Quand je m’appr ête à rencontre quelqu’un que je n’ai jamais vu, j’ai toujours peur qu’on ne se reconnaisse pas, mais quand je vois un genre de char hot se pointer avec les vitres teintées, je suis pas mal sûr de ma shot.

(Pour une raison qui m’échappe, les fighters MMA tripent souvent fort sur les chars. Et je pense que le gars habite à Laval, faque tsé.)

John débarque et ça me fait rire parce que m ême si lui et moi avons à peu près le m ême poids et la m ême grandeur, crime que personne ne se mélangerait entre nos deux shapes!

On se présente et je lui dis que mon english est un peu rusty avec mon accent abitibien, il me répond tout de suite avec son accent anglo-semi-libanais de lui parler en français vu qu’il doit pratiquer. Bonne première impression! C’est toujours sympa, les anglos qui veulent apprendre de la langue. Je me retiens quand m ême de lui dire ce que je dis à tous ceux ceux qui veulent apprendre le français québécois : si t’arrives à me comprendre moi, tu vas comprendre tout le monde.

Il me rappelle notre plan : il va s’entrainer et ensuite on ira diner pour…

– Comment on dit « get to know each other? »
– Apprendre à se connaitre.

On entre au gym et il m’offre de m’assoir sur le m ême super divan rouge au milieu de la place. (Je ne m’en sortirai pas.) Je vais m’assoir et je sors mon pad de notes pour avoir l’air un peu plus pro et un peu moins groupie/stalker. Il va se changer alors j’en profite pour regarder les autres athlètes.

Comme dans tous les gyms MMA qui veulent être rentables, il y en a pour tous les niveaux. Du monde ordinaire qui vient juste s’entrainer un mercredi soir pour tenir la forme et se défouler en donnant des coups de pied dans un sac pesant jusqu’aux pros qui sont des vraies brutes. Je suis surpris de ne pas connaitre ce gym si proche de chez moi.

Une athlète asiatique attire rapidement mon attention et pas seulement parce qu’elle est hawt : la fille est une machine. Une fighter thai du nom de Mina Reyes. Je vais essayer de suivre la suite de sa carrière parce qu’elle est vraiment badass.

John revient et fait ce que tout fighter doit refaire à chaque entrainement. Il s’étire, il s’échauffe, il se met de la vaseline dans la face, il se wrap les mains, ajoute des gants et des pads et commence à « sparer » contre un gars qui a plus l’air d’un fighter thai que MMA.

Je trip parce que je suis quand m ême assis sur un divan pour regarder une fight live de bon niveau, et je suis VRAIMENT proche.

En fait, je suis ridiculement proche. Plusieurs fois ils viennent à quelques pouces de me rentrer dedans et CHAQUE CRIME DE FOIS, je sursaute comme une fillette. C’est clair que ces gars-là gèrent pas mal mieux la distance que moi. C’est l à que tu vois le talent. Quand quelqu’un peut voir qu’un coup de poing va s’arr êter à 2 centimètres de son visage et ne pas broncher.

Moi, je bronche en bâtard.

John affronte plusieurs gars en rotation et c’est vraiment impressionnant parce qu’il ne se fatigue jamais. Cet homme-là n’est juste pas tuable. Et comme je suis en train de me demander quel pourcentage de leur vraie force ils utilisent dans ce genre d’entrainement, John frappe son adversaire vraiment fort. Un kick au corps qui, juste avec le son, on sait que c’est juste une autre vitesse et une autre force.

Comme je suis une totale chochotte, je me sens super mal pour sa « victime ». J’ai le réflexe de dire « HEY WO! Le gars travaille demain! » mais il rit alors je me contente d’essayer de deviner s’il rit jaune ou s’il trip juste fort à sparer avec un gars de la UFC.

Un autre gars est assis à côté de moi et m’explique les bouts que je manque quand j’ai la t ête dans mes notes. Un monsieur vraiment cool et je me dis que ça doit être un entraineur sage qui a passé sa vie dans ce gym sans que personne ne raconte son histoire, mais finalement, c’est le père d’un kid pas bon qui en est à sa première semaine.

John pratique son striking pendant assez longtemps pour ensuite aller pratiquer au sol et m ême le long d’un mur matelassé. Je suis impressionné de combien son entrainement est complet et intense. Et c’est son troisième entrainement de la journée! Moi, j’étais mort juste à prendre des notes parce qu’il faisait chaud.

Total mâle beta.

Il vient me voir à la fin et me trouve patient d’avoir regardé tout ça, mais c’était une expérience cool. On se met à parler de la job et c’est l à qu’arrive l’ultime malaise que je craignais : une confusion sur la définition d’un putain de community manager.

M ême si je lui avais déj à décrit explicitement mon profil et qui je suis, il est vraiment confus que je sois un writer. Lui, ce qu’il cherche, c’est quelqu’un qui pourrait aller lui chercher des commanditaires et se prendre une cut. Alors que je nous sens pas mal lost in translation avec nos accents, j’essaie d’ être le plus clair possible : « je ne suis vraiment PAS ce gars-là ».

Il faut le dire, John a une gueule assez sévère et intimidante qui ne donne pas le goût de le décevoir, mais m ême si je me sens super mal, c’est clairement moi qui ai perdu mon temps dans cette histoire-là. J’ai trois pages d’idées et de notes super préparées que je peux maintenant garrocher par la fen être.

Je me dis que je vais juste sacrer mon camp pour arr êter de lui faire perdre son temps et couper court à ce long malentendu, mais alors qu’on se sert la main, il m’amène pour me présenter Alan, son entraineur.

C’est drôle parce que dans l’après-midi, je regardais le dernier combat de John et j’avais remarqué son coach parce qu’il avait crié « DE LA GLACE! » en gros québécois entre deux rounds. L à, je lui serre la main et il me présente 4-5 de ses prospects dont je m’en veux d’avoir oublié les noms.

C’est fou comme tout ce monde-là est gentil. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils me prennent pour un journaliste qui va faire un article sur eux ou s’ils sont vraiment juste gentils comme ça tout le temps, mais bon, c’est vraiment du bon monde gentil.

John me demande des suggestions de resto, mais je me sens encore mal de faire partie des plans. Je ne veux pas qu’il se sente obligé d’aller souper avec un gars pas rapport qu’il n’engagera m ême pas, et je ne veux pas non plus être celui qui le snob. Il finit par aller prendre sa douche alors que je l’attends en me baignant de mon bord dans tout ce malaise.

En sortant, il invite son entraineur à nous accompagner et ça me rassure. Je me dis qu’au pire, ils pourront se jaser entre eux et moi je pourrai juste les écouter.

Mais je suis pas mal impliqué dans la conversation. En fait, ils me parlent beaucoup de leur gym et de comment leurs trucs vont bien et j’ai encore une petite partie de moi qui pense qu’ils me prennent pour un journaliste qui pourrait leur amener de la visibilité alors qu’au maximum, je vais écrire un post sur mon blogue au nom ridicule.

:)

On opte finalement pour la terrasse d’un petit resto grec 24h où l’on parle de 1000 trucs MMA et m ême si j’essaie d’avoir l’air relax, je capote! C’est tellement rare que je peux parler MMA avec du monde qui connait ça et l à, j’en parle avec des vrais pros! J’ai m ême droit à leur vision de l’intérieur.

On parle des derniers combats de John, de la dynamique entre eux, de pourquoi il quitté Tristar, d’autres fighters de la UFC et de la direction du sport et du côté business. Je suis incapable de ne pas partager mes opinions alors je répète plusieurs fois que c’est juste ma petite opinion de fan qui connait zéro le côté technique, mais ça ne les dérange pas du tout et je passe vraiment un bon moment de totale groupie.

À la fin de tout ça, John ramasse le bill. (Ce que j’apprécie beaucoup pour un gars qui a encore désespérément besoin de travail.) J’essaie de lui baragouiner tout le respect que j’ai pour lui et les autres combattants et je pense qu’il comprend. Il me demande si je suis OK de rentrer à pied. Je lui dis que si j’ai du trouble, je connais un gars dans la UFC.

Le fighter UFC : John Makdessi
Le gym : Thai Long Muay Thai
La fighter thai particulièrement hawt : Mina Reyes

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