Ayant lutté avec la dépression plusieurs fois dans ma vie, et comme il est impossible pour les gens qui n’ont jamais eu de dépression de vraiment comprendre ce que c’est, j’ai toujours eu envie d’écrire un projet là-dessus et de l’imager d’une quelconque façon avec un film, une série ou juste un court métrage.

Mais c’est fou combien la dépression est difficile à présenter en histoire de ce format-là. En fait, quand on t’explique comment écrire une bonne histoire de film, on te dit pas mal de faire tout le contraire d’une dépression.

En partant, pour un bon film, il te faut un personnage qui est particulièrement volontaire. Quelqu’un avec une intention forte à qui tu garroches des obstacles pour le voir trébucher, avoir mal et s’acharner pour ensuite regarder s’il arrivera à traverser tout ça. Avec un peu de talent et d’efforts, ça finit par donner une histoire intéressante.

Mais quand t’es en dépression, t’es zéro volontaire. Tu ne veux rien fuck all. Ta tank à volonté est percée et ton principal obstacle, c’est toi. Le combat se passe donc surtout dans la tête du dépressionné, ce qui est sûrement plus propice à un roman, une bd ou à un abus de narration.

Pour mieux comprendre le personnage et rendre l’histoire moins cérébrale, tu peux lui ajouter des amis ou du monde autour de lui pour le faire exprimer ce qui se passe dans sa tête, mais la dépression, ça vient souvent avec de l’isolement. T’as l’impression d’être lourd et que personne n’a envie de te voir alors t’as tendance à rester tout seul chez toi. Encore là, ce n’est rien pour faire un film d’action à 200 millions.

Tu te ramasses donc à lui faire parler à son chat ou à un ballon de volley-ball.

Évidemment, tu peux toujours y aller d’une grosse métaphore ou personnifier l’espèce de duel entre le protagoniste cool et volontaire qui symbolise le dépressionné et l’antagoniste sale et démotivant qui symbolise la dépression, mais je ne sais pas si c’est assez direct. Je ne sais pas si ça va faire que le monde va sortir du cinoche en se disant qu’ils comprennent mieux ce que c’est de vivre une dépression et je sais encore moins si les dépressionnés vont se dire « oh, nice, je ne suis pas tout seul à vivre ça ».

C’est sûr qu’il y a des solutions à chacun de ces problèmes-là. J’ai plein d’idées et de trucs et de patchs pour essayer de colmater toutes ces petites brèches théoriques là, mais c’est quand même intéressant de constater combien la dépression, par définition, se raconte mal.

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1 Comment

  1. Peut être le voir du point de vue de qqun qui assiste à la dépression… un peu comme dans Mon roi, j imagine

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