Trop d’intermédiaires dans nos industries artistiques?

Ces temps-ci, je m’intéresse à cette histoire d’Amazon qui commandite un prix littéraire. Plusieurs joueurs de l’industrie s’en plaignent parce qu’Amazon est un géant au capitalisme impitoyable qui menace à court terme l’avenir des petites librairies et à moyen terme, aussi celui des grandes.

En fait, à moins qu’elles se transforment et offrent beaucoup plus que de la vente, les librairies risquent de subir le même sort que les clubs vidéos.

Est-ce qu’on a perdu quelque chose depuis que les clubs vidéos ont disparu? Assurément. Déjà, les commis ont perdu leur emploi. On a aussi perdu le contrôle pour un proprio d’ici de mettre en vedette les films d’ici. Mais est-ce que c’est le genre de plus qui pouvait garder ces magasins en vie à long terme? Non.

J’aimerais préciser que je ne suis pas un expert. Je ne suis qu’un créateur de contenu qui constate des trucs. Si je me trompe, n’hésite pas à me corriger.

Ce que je remets en doute dans certaines de nos industries culturelles, c’est le nombre d’intermédiaires entre les créateurs et le public. La technologie évolue à une vitesse folle et nos modèles essaient de s’adapter, mais parfois, j’ai l’impression qu’on essaie aussi de s’accrocher au passé. Et c’est normal, si ta job est vouée à disparaitre dans un nouveau modèle, ça ne donne pas trop envie d’évoluer.

Ce qui m’énerve comme artiste dans le modèle actuel, c’est que trop souvent, l’artiste reçoit une infime partie des revenus alors qu’il doit gérer une grande partie du risque. Pendant que les intermédiaires dans la chaine travaillent souvent à temps plein en passant d’un artiste à l’autre, ces artistes se tapent individuellement beaucoup de misère et d’insécurité.

Ça use, ça magane, et ça ne vit pas vieux.

Ce que j’aimerais qu’on analyse, c’est vers quoi on s’en va et quels maillons de la chaine on devrait aider afin d’avoir des industries culturelles modernes et efficaces, avec des artistes qui arrivent à payer le loyer.

Je me questionne aussi sur où devraient aller nos subventions. Avec une population comme celle du Québec de quelques millions d’habitants, il est impossible de maintenir en vie un milieu culturel digne de ce nom sans l’aide de l’état. Même si certains voudraient qu’on suive le modèle américain et leur population de 300 millions, c’est juste impossible. Mais ce que je me demande, c’est combien de l’aide gouvernemental va à des intermédiaires d’un modèle révolu plutôt qu’aux gens indispensables à la création d’un contenu de qualité?

Par exemple, en télévision, les gens qui n’ont pas encore lâché le câble paient encore pour un paquet de chaines. Le modèle d’affaire mise sur l’idée que le client va s’abonner à un maximum de chaines et pour ce faire, on essaie d’avoir une ou deux émissions incontournables sur chaque chaine et bien souvent, le reste de la programmation est seulement du bruit un peu inutile et de basse qualité.

Combien d’argent gouvernemental se perd dans ce bruit? Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est qu’avec la quantité de contenu de qualité facilement accessible de nos jours, les émissions bof qu’on avait tendance à regarder en zappant un mardi à 14h quand il n’y a rien de bon à la télé traditionnelle, c’est voué à disparaitre. Alors s’il y a de l’argent qu’on peut rediriger vers de la création de qualité, ce serait gagnant.

Alors que l’avenir appartient aux Netflix, Amazon, Apple, Google et Disney, est-ce qu’on désire que nos subventions aident les différents canaux de distributions/diffusions ou directement le contenu? Personnellement, je suis dans l’équipe contenu.

Je ne propose pas qu’on élimine complètement tous nos diffuseurs. Ce que je propose, c’est qu’on les concentre et qu’on les optimise. Par exemple, tou.tv pourrait devenir LE diffuseur du Québec pour notre télé et notre cinéma. Un espèce de Netflix québécois mais public, moderne et accessible qui remplacerait notre modèle actuel très éparpillé sur des dizaines de chaines de câble traditionnel qui ont toutes un petit site web avec un petit lecteur web mal fait. Des sites web très peu fréquentés dont la durée de vie est très limitée.

Avec ce genre de concentration (convergence?), est-ce que ça laisserait plus d’argent et de subventions pour la création de contenu? C’est ce que j’espère. Dans le processus, on pourrait aussi tenter de se débarrasser de notre dépendance à la publicité. Tou.tv est sûrement le seul site de streaming de qualité qui t’impose 2-3 pubs (souvent les mêmes) une à la suite de l’autre avant de commencer une émission. Sans aucune possibilité d’avancer ou de les sauter. C’est insupportable et ça donne juste le goût d’aller sur YouTube ou de se trouver un bloqueur de publicité.

Le nerf de la guerre en ce moment, étant donné que l’offre est plus grande que jamais et que la planète produit des millions d’oeuvres chaque mois, plus personne n’arrive à se démarquer. C’est peut-être là que des organismes comme le CRTC pourraient aider. S’assurer que les oeuvres d’ici soient toujours bien visibles sur les plateformes des multinationales géantes. Donner une meilleure vitrine aux oeuvres d’ici dans leur algorithme, ça ne leur coûterait pas grand-chose.

Bref, je comprends la crainte des géants du web, mais il y a une partie qui est inévitable. Et surtout, le réflexe de s’accrocher à des modèles désuets n’est pas une philosophie qui risque d’être gagnante à long terme. Idéalement, tous les joueurs auraient des discussions afin de déterminer quel genre d’avenir nous voulons pour nos industries culturels et idéalement, ces discussions ne seraient dans le but de s’accrocher à un modèle désuet, mais plutôt de cheminer vers des modèles plus avant-gardistes, efficaces et vivants avec des artistes en santé qui produisent des oeuvres de qualité.

Merci.

One thought to “Trop d’intermédiaires dans nos industries artistiques?”

  1. Ne penses-tu pas exagérer en qualifiant d »artiste’ toute personne qui crée de la culture de consommation basse ou moyenne de gamme ?

    Beaucoup de gens, qui ne sont pas ‘artistes’, profitent du fait qu’il y ait une grande industrie du show-bizness (et un public zombifié à abreuver de produits culturels comme les séries et contenus internet) pour s’octroyer le nom d »artiste’.

    De là le quiproquo et le sentiment de dénigrement très certainement.

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