Même si elle a dérangé à l’époque, on voit bien avec le recul que la loi 101 a eu un rôle crucial dans la survie du français en Amérique. Cependant, il y a un truc qu’on a gravement négligé au cours des dernières décennies : ce qui fait tomber en amour avec une langue, c’est sa culture.

C’est pour ça que je m’explique mal qu’on y accorde aussi peu d’importance.

On est présentement en campagne électorale et même si on parle de subventionner des universités francophones en Ontario ou qu’on se scandalise d’une toune de campagne mal traduite, on parle zéro d’investir en culture.

En fait, la dernière fois qu’on a parlé de culture, c’était pour décider si l’on charge ou non la TPS et la TVQ sur Netflix. C’est ça notre vision inspirante pour l’avenir?

Loin de moi l’idée de diaboliser l’anglais ou la culture anglophone. Je suis le premier à consommer toute la musique, les films et les séries télé du monde anglo. Je dirais même que la plupart de mes artistes préférées du moment (Ricky Gervais, Lana Del Rey, Quentin Tarantino) en font partie.

Ces artistes-là, ils donnent le goût de comprendre l’anglais et lui apportent tout plein de… coolness. La culture anglophone aura toujours un pouvoir d’attraction plus fort que le français, mais ce n’est pas une raison pour juste abandonner comme on le fait présentement.

Si on veut continuer d’exister, ça ne passe pas que par des lois, des contraintes et le parcours scolaire, ça passe aussi par des investissements dans la culture francophone.

Parce qu’avec des budgets similaires, nos petits Frenchies peuvent démontrer autant de savoir-faire que n’importe où sur la planète. Il n’y a qu’à remarquer tout notre talent en stand-up où le budget n’est pas un facteur. Quel autre endroit dans le monde possède un aussi haut ratio d’humoristes talentueux per capita?

Mais pour le stand-up, tu n’as besoin que d’un micro et d’un petit tabouret pour tenir ta bouteille d’eau. Pour créer des séries télé et des films de qualité, ça demande des fonds. Pour composer de la musique ou écrire des livres, ça demande d’être capable de payer son loyer pendant la création. Et avec notre population de seulement quelques millions, l’aide des gouvernements dans tout ça est essentielle.

Pourtant, le sous-financement de notre culture, on n’en parle jamais. On se compare seulement aux États-Unis, sans tenir compte qu’ils ont le plus gros marché du monde et qu’ils terminent toujours (et de loin) bon dernier dans le financement de leur diffuseur public dans les pays occidentaux.

Ce n’est pas tout d’apprendre et de protéger une langue, il faut aussi l’aimer, la valoriser et oui, le mot tabou : la subventionner. Et ce serait cool qu’on commence à en jaser.

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