La fois où je suis allé jaser de porn à Zone Franche (ce soir à Télé-Québec)

Je me suis fait contacter une semaine avant l’émission pour savoir si j’étais intéressé de participer à un débat sur la pornographie à Zone Franche. La question étant : pensez-vous qu’on banalise trop la pornographie? Moi, j’ai écrit des centaines de chroniques en racontant qu’au contraire, bien souvent, on la diabolise. Je n’étais pas certain de vouloir passer à la télé parce que je n’ai pas une super relation avec mon apparence ces temps-ci, mais après avoir jasé une demi-heure avec la sympathique recherchiste, j’étais crinqué!

Mais bon, ce n’était pas dans la poche puisqu’ils appellent environ 30 personnes et n’en gardent que six. Finalement, j’ai su en début de semaine que j’étais pris et qu’on allait tourner le jeudi soir. 

Le jeudi, c’était le 31 octobre, t’sais la journée de l’Halloween annulée où il pleuvait à Montréal et les métro étaient en retard. Je suis arrivé pas si pire à l’heure, mais pas mal trempe. Je voulais mettre ma chemise verte usée que je mets partout depuis 15 ans, mais finalement, elle n’était pas caméra-friendly alors je me suis rabattu sur mon autre gilet semi-tight qui met en valeur ma bédaine que j’essaie de cacher pas subtilement avec mes bras. 

Une chance que ma chummey au grand coeur m’avait coupé les cheveux pro bono le mardi parce que côté vêtement, j’arrivais à faire paraitre chic Catherine Dorion.

Pour le reste, j’étais bizarrement pas trop nerveux. On dirait que je me suis habitué à m’exprimer et que ça me gêne moins. En plus, ce sont tellement des sujets dont j’ai discuté à outrance que j’assume bien mes positions. Et ce n’est pas un sujet chaud comme la laïcité ou l’immigration, genre.

En arrivant là-bas, on devait aller se faire maquiller et coiffer et tout le monde était vraiment cool. En fait, je ne sais pas qui produit ça (ah je pense que c’est Urbania?), mais crime que toute l’équipe était super smatte toute la crime de soirée! Ça m’a vraiment frappé.

T’sais, je suis assez timide avec les inconnus alors je ne vais pas foncer vers les gens, mais on dirait que là, tout le monde prenait les devants et chaque personne était beaucoup plus gentille que la moyenne. Bref, je me suis fait arranger en rotation sur 3-4 chaises en vitesse, pis un moment donné, le co-animateur Raed Hammoud est venu se présenter à moi, pis moi, en voulant savoir si je l’appelle par son prénom durant l’émission, je lui dis « Faque je t’appelle Raël? » 

Criss de cave.

Il me corrige en disant « avec un d! » J’étais en criss d’avoir l’air tata parce que je sais que son nom n’est pas fuckin’ Raël! Je l’écoute à Zone Franche pis surtout à Dans les médias que j’adore, c’est juste que là, en me faisant beurrer la face, mon cerveau a bogué. Mais bon, ça ne l’a pas vexé du tout puisque ça lui arrive depuis l’enfance, parait-il. C’était quand même une grosse première impression de champion.

Une fois bien coquet, je suis remonté pour profiter du buffet, mais encore là, je ne voulais pas trop manger question de garder ma taille de baquet à son statut de « moins pire ». J’ai quand même pris quelques brownies question de me donner un petit rush et que j’avais jeûné toute la journée. 

C’est cool parce que pas mal tous les débatteurs se sont jasés devant le buffet avant l’émission. Bonne nouvelle : tout le monde semblait relaxe et cool. J’avais déjà appris les prénoms par coeur dans le transport en commun alors j’ai pu associer les noms avec leurs faces. On était six à débattre + deux invités pour des entrevues.

Trois débatteurs qui disent qu’on banalise la porno :

  • Cathy qui est derrière Cyber-Aide
  • Lawrence qui a réalisé la série Classé XXX
  • Pierre qui chapeaute des groupes d’ex addict de porn

Trois débatteurs qui disent que non, on ne la banalise pas :

  • Anne-Marie Losique qui diffuse de la porn sur ses chaines
  • Éric Falardeau qui a étudié en porn studies
  • Eric Chandonnet, le branleur déviant

Lawrence se demandait si combien on pouvait être vulgaire en onde et pendant que je lui disais que je préférais ne pas le demander à personne pour pouvoir être libre durant le show, une femme de l’équipe est intervenue pour nous dire d’y aller crunchy en masse et de ne pas hésiter à s’interrompre entre nous pour que ça donne un vrai débat comme en France. (Je vous le dis, l’équipe était vraiment sur la coche!)

J’étais super content du cue, mais en y repensant, je ne pense pas avoir dit grand-chose de crunchy. En fait, c’était quand même assez tough de prendre la parole avec tout le monde qui veut parler en même temps. C’est ça que j’ai remarqué : même si je n’étais pas tant nerveux, prendre la parole avec 5 autres débatteurs et 2 animateurs, c’est pas si évident que ça pour quelqu’un qui est habitué de passer sa semaine tout seul avec son laptop. 

En arrivant près du plateau, on dirait que c’est là que mon cerveau s’est rappelé que c’était devant public, et de l’extérieur, crime que le public semblait vieux! Ahahah! C’était moins pire une fois sur place, mais de l’extérieur, crime que ç’avait l’air d’un club de l’âge d’or! En plus, le public vient assister à deux émissions et ils ne connaissent pas les sujets à l’avance. Je me disais que ce n’était pas le public idéal pour m’appuyer dans mes élans pro-porn, mais bon, je savais qu’une fois dans le débat, j’allais vite oublier tout ce qui se passe autour.

Quand on est arrivé sur le plateau, l’animateur de foule crinquait le public et c’est là qu’Anne-Marie Losique s’est ajoutée à ma droite. J’imagine qu’elle est une pro alors elle skipait tout le début pour les recrues. :)

Je sais que tout le monde aime se moquer de cette femme-là, mais moi je l’ai toujours trouvé cool et je trouve qu’elle amène quelque chose qui nous manque au Québec depuis toujours. Je voulais lui dire ça pis que je trippais fort sur Box Office dans le temps à Musique Plus, mais j’ai choké même si on était toujours un à côté de l’autre durant chaque pause.

Typiquement moi.

La seule chose qu’on avait à préparer pour le show, c’est notre toute première intervention où l’on allait devoir résumer notre position en une seule phrase. C’était pas évident, mais je m’étais placé quelque chose dans ma tête qui ressemblait à…

« En tant que société, on a refusé de se donner une éducation sexuelle de qualité, pis après, dès que quelque chose tourne mal, on blâme la pornographie. »

Eric Chandonnet, grand penseur

C’est là que j’étais le plus nerveux parce que c’est là que :

  1. je savais qu’on allait bientôt m’envoyer la puck
  2. j’allais faire ma première impression.

J’essayais donc de prévoir quand ça allait être mon tour. Si t’as jamais vu l’émission, les débatteurs sont en cercle. Comme c’est parti à ma gauche et que ça continuait dans ce sens-là, j’étais certain que j’allais être le dernier à parler. Sauf que non, une fois au demi-cercle, Maréchal m’a lancé quelque chose comme « Et vous, monsieur Chandonnet, vous consommez de la pornographie quotidiennement. »

Ahaha WTF!

Crime que ça m’a surpris! Non seulement j’étais surpris que ce soit déjà à mon tour, mais elle ne me demandait pantoute ma petite ligne appris par coeur! Si tu regardes l’émission, tu vas voir que je bogue solide à cause de ça! J’ai hâte de me voir la face.

Pour l’émission, vous pourrez regarder. Je vais ajouter le lien web quand il sera disponible (ici : https://zonevideo.telequebec.tv/media/49869/est-ce-que-la-pornographie-est-trop-banalisee/zone-franche ), mais ça passe ce soir à Télé-Québec. Je ne vais pas tout raconter avant la diffusion, mais dans le premier 15 minutes, je pouvais déjà cerner pas mal le profil des autres débatteurs. 

Anne-Marie Losique s’est vraiment présentée comme businesswoman qui venait prêcher pour sa paroisse. Elle, elle diffuse de la porn sur le câble alors elle venait dénoncer le streaming illégal et gratuit.

Cathy donne des cours d’éducation sexuelle dans les écoles alors ses interventions étaient presque toujours dans l’optique où l’on parle à un auditoire d’enfants ou d’adolescents.

Elle et Losique ont eu les quelques rares cat fights.

Lawrence a réalisé une série sur les dessous de la porn québécoise donc elle a une vision vraiment cheap du milieu pis elle la vision cliché des gens qui n’aime pas la porn. « Dans la vraie vie, ça ne marche pas comme ça! » Cela dit, je l’ai félicité plusieurs fois parce que c’est elle qui utilisait le mieux son espace et qui donnait un bon show. 

Éric Falardeau était clairement l’intellectuel du groupe qui avait toujours les bons mots pour jaser de toute. Souvent, il ne s’en mêlait pas trop durant les débats, mais c’est lui qui amenait de temps en temps une bonne synthèse intelligente qui closait le segment. 

Pierre est un monsieur de 64 ans qui n’aime pas la porn pis il aime pas ce que ça fait à son couple faque non seulement il préfère s’en passer, mais il aimerait aussi qu’on la contrôle pour éviter que ça tombe sur des gens vulnérables qui risquent de devenir dépendants. 

Il y avait aussi deux entrevues en cours d’émission. La première était avec un gars super smatte, sensible et articulé dont j’ai oublié le nom, mais qui venait parler de son addiction à la pornographie. (ll a arrêté depuis.) Il s’exprimait vraiment bien et ça m’a touché parce qu’avec ma chronique et différents autres adons, je suis tombé sur pas mal de gars avec ce profil-là, pis à chaque fois, ça m’arrache le coeur de voir que des gars qui souffrent n’en parlent pas et endurent leurs problèmes durant des années et des années.

Quand ils finissent par en parler, c’est un poids énorme qui s’enlèvent de leurs épaules.

Lui, c’est sept ans qu’il a perdu à gérer ça tout seul avant d’aller consulter. Tout ça à cause de la stigmatisation de la pornographie qui font qu’on n’ose pas en parler ni à nos parents, ni à nos amis.

La deuxième entrevue était avec la pornstar/entrepreneure Ariel Rebel que je connaissais de nom et qui a depuis quelques années son propre site et qui est propriétaire de tous ses trucs. Est-ce que j’ai besoin de dire qu’elle est belle? (CRIME qu’elle est BELLE!) Elle ne nous a pas parlé avant l’émission et j’étais semi-content parce que je pense que ça m’aurait rendu plus nerveux que l’émission.

Je trouvais qu’elle était un exemple cool à présenter parce que trop souvent, on résume le travail du sexe ou la pornographie à de l’exploitation, mais là, on voyait bien dans son cas, il n’y a pas d’exploitation. 

Elle s’amuse. Elle a le contrôle. Elle fait de l’argent. 

Tout de suite après l’entrevue, et c’était un peu prévisible, Cathy a insisté pour dire qu’Ariel représente vraiment une exception. Encore une fois, elle réagissait comme si Ariel Rebel venait de faire un pitch de carrière devant une classe d’école pour recruter des nouvelles babes de secondaire 4. Et même si je comprends ses craintes, ça me gosse qu’on soit juste incapable de nuances sur ce sujet-là.

Ça fait depuis super longtemps que des gens conservateurs prétendent de façon condescendantes que les travailleuses du sexe, ce sont à 100% des victimes qui sont forcées de faire ce qu’elles font et qu’aucune n’est vraiment apte à choisir ce métier-là de façon éclairée. Bref, le travail du sexe serait systématiquement synonyme d’exploitation sexuelle. Mais même si ça fait peur, on ne peut plus faire semblant que ces femmes qui aiment ce qu’elles font n’existent pas. Elles existent. Surtout avec l’internet qui permet de nouveaux modèles d’affaires et Ariel Rebel représente bien ça.

Bref, vous verrez ce que ça donne!

Après l’émission, à part de vider la moitié du buffet, j’ai aussi laissé une copie de mon livre pour Isabelle Maréchal. Pas en main propre parce qu’elle enregistrait une autre émission juste après. Je lui ai dédicacé que je la suis depuis La Fin du monde est à 7 heures et qu’elle domine dans sa gestion de ligne ouverte. (Ça m’impression comme elle pogne jamais les nerfs et ne traite jamais personne d’épais.) Je sais pas si elle va porter attention au bouquin parce qu’elle en reçoit une montagne. Je me disais juste que le livre avait plusieurs sujets qui fitteraient pour son show de radio. 

Tous les débatteurs étaient tout aussi cool après le show que juste avant. Personne n’était en colère ou rien. En gros, ça s’est vraiment bien passé.

J’ai friendé quelques personnes sur Facebook. Avant que je parte, Cathy m’a même dit qu’elle serait plus nuancée sur sa vision des travailleuses du sexe! La très cool et drôle Lawrence m’a donné un lift pis on s’est échangé quelques unes de nos oeuvres culturelles.

Bref, une veillée trippante qui détonnait pas mal de mon automne tranquille.

Mise à jour : L’émission est en ligne https://zonevideo.telequebec.tv/media/49869/est-ce-que-la-pornographie-est-trop-banalisee/zone-franche

2 Comments

  1. Au moins elle ne t’a pas demandé : « Et vous, monsieur Chandonnet, vous recevez fréquemment 10 putes à la maison! » :P

  2. J’ai pas les moyens. :)

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