J’ai toujours été indépendantiste. Et par toujours, je vais dire durant ma vie adulte au cas où à l’âge de trois mois, j’avais instinctivement un grand sentiment d’appartenance envers les rocheuses dont je ne me rappelle pas. Mais bon, j’ai eu 18 ans le 23 juin 1995, l’année du deuxième référendum sur l’indépendance du Québec, et c’était déjà super clair pour moi que mon tout premier vote allait être pour le OUI.

Il y a plein de métaphores qui ont été faites sur la relation entre le Québec et le Canada. Peut-être que c’était relié à ma situation personnelle, mais pour moi en 1995, c’était celle du tanguy que j’avais en tête. 

Pourquoi le Québec ne serait pas capable d’être un pays? On est capable! Il est temps de s’affranchir du Canada et de devenir un pays!

Avec le temps, j’ai commencé à moins aimé cette métaphore de tanguy parce qu’elle traduisait quelque chose qui fonctionnait mal dans la confiance collective du peuple québécois. Comme si le Canada était l’adulte responsable et le Québec un adolescent immature qui avait encore besoin d’être guidé par sa fédération. 

Je suis aussi devenu plus politisé. Assez politisé pour constater que le gouvernement fédéral n’avait rien de plus spécial ou de plus mature que le provincial. Par là, je veux dire que le ratio d’incompétent pouvait y être tout aussi grand, épeurant et scandalisant. 

(Par exemple, un ministre des sciences créationniste.)

Pourtant, j’ai toujours remarqué une différence de perception. Il faut dire qu’ils sont moins couvert médiatiquement. Peut-être parce que les champs de compétences du fédéral sont plus loin du quotidien des gens. Le fédéral reçoit un paquet d’argent en impôt et nage dans les surplus parce que les grosses dépenses (santé, éducation) sont au provincial. Il lui reste à distribuer ça comme ça lui tente, ce qui lui donne le beau rôle, et un rôle qui est assez rassurant pour certaines personnes.

D’ailleurs, si vous ne l’avez jamais vu, je vous suggère de regarder le documentaire de Denys Arcand Le Confort et l’indifférence qui porte sur le premier référendum en mai 1980. C’est gratuit sur le site de l’ONF. Dans le docu, on remarque bien ceux qui sont le plus nombreux à être contre la souveraineté : ceux qui reçoivent de l’argent du fédéral. Surtout les vieux qui sont reconnaissants que leur bon Canada ait la bonté de leur redonner l’argent qu’ils ont gagné.

Une partie du peuple apprécie aussi l’équilibre entre le provincial et le fédéral. On vote à gauche d’un bord et à droite de l’autre. On vote fédéraliste d’un bord, souverainiste de l’autre. Ça agit comme un espèce de contre-pouvoir. 

Même si c’est vrai que ces situations peuvent permettre d’éviter le pire, elles peuvent aussi éviter le meilleur. 

Je regarde ces temps-ci ce qu’arrive à faire Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d’habitants, et c’est difficile de ne pas envier leur liberté et leur dynamisme. Quand ils font un geste audacieux, ils n’ont pas un état fédérateur qui essaie de les ramener dans le rang (ou en cour). 

Par exemple, dans leur gestion de la Covid, c’est la démocratie qui s’en sort le mieux sur la planète. Bon, ça aide d’être une ile plutôt qu’au coeur de l’Amérique du Nord, mais quand même, c’est loin d’être leur seul bon coup depuis l’arrivée de Jacinda.

Ici, dès que le Québec se distingue ou s’émancipe, c’est vu par plusieurs comme une mauvaise chose. C’est inquiétant. En partant, c’est presque toujours en opposition au fédéral. Dès qu’il y a un clash de valeurs, c’est signe que le Québec fait (encore) erreur. Un bon Québec, c’est un Québec dont les valeurs se fondent dans le reste du Canada ou de l’Amérique.

D’ailleurs, ce qui me dérange le plus dans les dernières années, c’est combien c’est rendu commun de dire que les indépendantistes sont racistes. C’est devenu un raccourci accepté et acceptable. Comme si les pires éléments d’un groupe définissait ce groupe. On peut salir des individus, on peut salir des partis, on peut salir des réputations à tort ou à raison, mais salir une idée comme l’indépendance, ça démontre juste à quel point on est de mauvaise foi.

Et quelle bonne stratégie pour tuer un mouvement : l’associer au racisme. J’ai même vu dans mes timelines cette semaine des gens qui rigolaient parce que dans leur tête, c’était impossible de militer à la fois pour l’indépendance et black lives matter. 

C’est du délire. Ce genre de propos est à vomir. Et ça gosse d’avoir à se défendre de ces conneries. Si tu ne connais que des indépendantistes racistes, t’as gravement besoin d’agrandir ton cercle de connaissance

Comme si au contraire, on ne pouvait pas rêver d’un Québec pays plus égalitaire et/ou avec une nouvelle vision du rôle des policiers dans notre société.

Mais peut-être que ces étiquettes cheap et insultantes sont inévitables dans la situation d’un Québec province où les valeurs du Québec clashent avec le multiculturalisme à outrance du Canada. Par exemple, si le Québec veut aller dans une direction moins tolérante/admirative des religions/sectes, c’est forcément perçu comme de la xénophobie… et ensuite, l’accusation de racisme n’est jamais bien loin et t’as des gens à CBC qui disent combien l’historique de racisme est bien documenté dans cette province maudite et bla bla bla. 

Mais si le Québec était un pays et qu’on avait pas à se fier à ce point de vue extérieur qui, de toute évidence, ne nous comprend pas. Est-ce que ce serait la même chose? 

Par exemple, si la Nouvelle-Zélande allait dans une direction plus moderne et décidait de laisser moins de place aux religions parce qu’elles sont des organisations rétrogrades, homophobes, misogynes, etc. Qui serait là pour les traiter de racistes? 

Et s’ils décidaient d’avoir comme langue officielle le français, est-ce que ça ferait tout un tollé? Est-ce qu’ils se feraient planter pour dire qu’ils ne sont pas ouverts sur le monde?

Ils pourraient simplement être ce pays de plus dans le monde qui offre ce modèle-là. Il y a des gens qui trouveraient ça cool et d’autres pour qui ce serait moins leur tasse de thé. Comme des gens sont admiratifs de la Suède et d’autres moins. Ils attireraient les gens qui adhèrent à ces valeurs-là.

Et c’est de ça dont je rêve. Si le Québec pouvait enfin s’épanouir par lui-même sans être en opposition à quoi que ce soit. Juste en étant ce qu’il peut être de meilleur, selon ses propres idéaux.