Je lisais une amie Facebook cette semaine qui demandait pourquoi elle voyait si peu de gars réagir à la nouvelle vague de dénonciations. C’est vrai que les rares gars qu’on voit sur les réseaux sociaux ces temps-ci sont surtout des alliés semi white knights ou les épais louches qui crient à la chasse aux sorcières. 

Il faut dire que les gars problématiques doivent préférer rester tranquilles et les autres, pour en avoir parler à quelques amis, comme on ne sait plus trop ce qui fait qu’on se ramasse sur ces listes, plusieurs ont aussi la chienne d’être callé out pour un peu n’importe quoi.

Perso, même si j’ai toujours assez bien assumé mes comportements, je comprends et partage à un certain degré cette crainte d’être nommé pour une fois où j’aurais fait une niaiserie. Après tout, personne n’est parfait et si on essaie de se rappeler nos pires moments dans notre vie amoureuse ou autres situations relationnelles, on a tous des moments où on n’est pas fier. 

(Si t’en as pas, c’est que tu manques d’introspection.)

T’entends parler de quelqu’un qui se fait caller out pour un truc qui n’a pas l’air si grave et qui ressemble à quelque chose que t’aurais pu faire et là, t’as peur de te ramasser associé à des gars qui sont des cruiseurs d’adolescentes, des agresseurs en séries et divers poster boys de masculinité toxique.

Mais je pense que ce sont des peurs qui ne sont pas fondées parce qu’en regardant les listes, pour les noms que je reconnaissais, il était question de récidivistes. Et je pense que c’est un truc qui a échappé au grand public. 

D’ailleurs, pour le cas de Morin-Nolin qui est parti un peu tout croche parce que le public n’aimait déjà pas full Safia Nolin à la base. Je pense qu’une fois que les histoires sur Morin vont commencer à sortir et s’accumuler, les gens vont mieux comprendre les conséquences avec ses commanditaires et son retrait de la vie publique. 

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S’il y a quelque chose de positif qui est sorti de ce mouvement dans les dernières années, c’est que la population comprend de mieux en mieux pourquoi les victimes ne peuvent pas toutes aller à la police. S’il y a quelque chose de négatif, c’est qu’il y a encore beaucoup de monde qui ne comprend toujours pas.

Trop de gens pensent encore qu’on va régler nos problèmes de culture et de société en envoyant plein de monde en prison. Mais t’sais, le gars louche qui taponne des filles dans le métro ou l’autre qui envoie des obscénités en ligne en étant super insistant, ce serait irréaliste de penser qu’on va régler ces cas-là avec des peines de pénitencier.

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Un autre problème relié à ça, c’est qu’il y a encore trop de gens qui pensent que si tu n’a pas été reconnu coupable, c’est que ton comportement devait être acceptable, alors que ça n’a souvent rien à voir. Tu peux très bien être une personne horrible, tu peux très bien être une vraie criss de vidange et ne commettre aucun crime condamné ou condamnable. Pis c’est une grande partie du problème en ce moment. Oui, il y a des gens qui commettent des crimes, et le système doit mieux gérer ces cas-là, mais il y a aussi trop de gens qui ont des comportements de marde sans être de grands criminels au sens de la loi.

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Depuis l’adolescence, j’ai toujours eu beaucoup d’amies filles. Je ne dis pas ça pour me vanter. C’est arrivé comme ça. Mais j’en parle parce qu’en plus des cours d’éducation sexuelle, je me demande si ce n’est pas une partie de la solution : se faire des amies filles. J’ai aussi une soeur plus vieille et une soeur plus jeune. Peut-être que ça m’a aidé à voir leur côté? En tout cas, pour n’importe qui ayant vraiment échangé avec des filles, on se rend vite compte que des histoires d’horreur, elles en ont presque toutes un méchant paquet.

Juste un petit baromètre de la situation : Si t’apprends seulement sur ces histoires d’horreur lors des vagues #metoo, t’échoues comme citoyen. T’as trop de blind spots. T’as besoin d’élargir ton réseau. T’as besoin de poser plus de questions et de mieux te renseigner sur ce qui se passe à ton insu.

Et des fois, on fait juste accepter trucs sans s’en rendre compte. Genre, t’acceptes qu’un gars qui se promène la nuit, c’est moins dangereux et on voit ça comme normal. Tu ne le remets pas en question parce que ç’a toujours été comme ça. Même si en y repensant, c’est injuste. Et il y a 10 000 trucs comme ça.  

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Une fille dans mon Facebook dénonçait cette semaine le comportement d’un gars et un dude lui a dit, avec toute l’arrogance du gars qui en connait trop peu pour savoir qu’il ne connait rien, qu’elle avait juste à le bloquer. 

Évidemment, tout le monde est tombé dans la face du twit, mais ces dudes-là, ils existent. Pis ils se jasent entre dudes, pis ils se disent que les filles capotent pour rien parce qu’eux, ils en ont des solutions faciles. 

Ça m’a rappelé une histoire avec une amie qui était aux prises avec un stalker super intense. Ce n’est rien d’exceptionnel. En général, pas mal toutes les filles vivent ça et plus elles sont belles et/ou populaires, plus les dudes lourds et insistants sont nombreux. Des fois, ils comprennent le message assez vite. D’autres fois, ils insistent. D’autres fois, ils sont déplacés. D’autres fois, ils prennent mal le rejet et se vengent. D’autres fois, ils n’arrêtent jamais. 

Cette fois-là, j’étais content parce que dans les histoires du genre, on en entend souvent parler, mais on peut rarement faire quelque chose de l’extérieur. 

D’ailleurs, j’avais fait une chronique VDLP sur deux gars qui avait cat-callé une fille sur la Plaza et j’avais choké parce que l’événement avait duré deux secondes et j’ai juste manqué de courage parce que je me serais sûrement fait crisser une volée par les deux caves plus imposants que moi. Alors j’ai juste fermé ma gueule et je suis resté là à m’en vouloir sur le trottoir.

(Yup. Je suis ben bon pour faire la morale sur Facebook, mais quand vient le temps d’agir, je fais rien fuck all.)

Mais là, mon amie me parlait de ce stalker intense parce qu’il était mon ami Facebook. En tant que keyboard warrior niveau expert qui a géré des trolls depuis l’invention de l’internet, j’avais déjà plein de solutions, presque comme l’épais dans l’histoire plus haut. 

Bon, le stalker n’était pas un grand ami. C’était mon ami Facebook parce qu’il était un de mes lecteurs. On avait déjà jasé une fois ou deux. Évidemment, avec moi il avait été correct. 

L’autre dude plus haut qui parlait de juste bloquer quelqu’un qui te dérange. Eh bien, juste pour te donner une idée, ce stalker-là, il était rendu à s’être créé un compte Instagram juste pour écrire des messages à mon amie. Il n’écrivait pas des commentaires ou des messages privés. Nonon, chaque publication de son compte était un message pour mon amie. Des longs messages, là.  Bon, encore là, sûrement plein de monde dirait que t’as juste à ne pas aller voir le compte Instagram, mais même sans le regarder, tu sais quand même que t’as un stalker qui t’écrit tous les jours des longs messages et qui parlent qu’il va te rencontrer à telle place et qu’il aime quand tu fais tel truc avec ta bouche et qui parle de tout ce que tu dis sur les réseaux sociaux et bla bla bla. 

Et peut-être que certains gars ne comprennent pas la peur associée à ça. Peut-être qu’ils sont trop habitués comme homme de savoir se défendre physiquement alors ils n’arrivent pas à s’imaginer être vulnérable. Mais à un certain point, c’est vraiment un manque d’empathie qui devient difficile à expliquer. T’es pas un putain de robot non plus.

Mais bon, ma première idée pour gérer le stalker, et j’étais sûr que ça suffirait, c’était de confronter le gars en lui écrivant directement. Je lui compose donc un texte super réfléchi où j’explique que son comportement est inacceptable et que ça fait peur et qu’il dérange et qu’il n’a pas l’air de réaliser que ça ne se fait pas et que ça n’a juste pas de bon sens.

Je lui envoie ça, pas mal fier de mon wording et j’attends. 

Eh ben le stalker, il ne m’a juste jamais répondu, pis à partir de là, toutes mes belles solutions ont un peu pris le bord. Bon, je l’ai unfriendé par après, mais je ne pense pas que ç’ait crissé grand-chose dans l’histoire. En fait, si ça se trouve, je perdais un peu mon seul lien pour intervenir.

Bon, je vais conclure ce texte interminable qui va un peu dans tous les sens.

Ce que j’aimerais qu’on retienne, c’est qu’on doit changer la culture. Et que la culture, ça ne se change pas seulement avec des appels à la police. Ça demande l’effort de tout le monde. Tout le monde doit faire son possible pour changer ce qu’on ne tolère plus. Oui, l’éducation doit faire sa part, mais au quotidien, on doit aussi tous avoir un peu plus d’empathie et de courage. Et peut-être qu’en étant plus nombreux à faire partie du changement, ça amortira la charge, et ça deviendra un peu moins intimidant d’intervenir.