Petite montée de lait écrite suite à ce 1000e article sur Escouade 99 où l’on propose différentes actrices pour les rôles qu’on a whitewashés.

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Collectivement, on ne veut pas mettre d’argent dans notre télé, mais quand vient le temps de revendiquer des trucs, là on aimerait faire comme si on avait tous les moyens du monde et qu’on a toutes les solutions à portée de main.

Éventuellement, on va devoir être conséquent.

La télé d’ici fonctionne avec des budgets anémiques. On fait de la télé super mainstream qui doit ratisser large parce que s’ils ne vont pas chercher un auditoire assez large pour vendre assez de pub, on tire la plogue.

Et comment fait-on pour attirer rapidement des regards? Ça prend des vedettes.

C’est pour ça que tous nos crime de shows sont toujours de nouveaux prétextes de bouette pour inviter les mêmes vedettes. (Très souvent blanches.) Et c’est la même chose dans nos séries. Les mêmes vedettes qui s’échangent les rôles et le public est au rendez-vous.

Et là, alors que les gens abandonnent la télé conventionnelle et que plus personne sait comment remplacer l’argent de la publicité, on gère la décroissance dans ce mode-là. Et personne dans nos institutions culturelles ne semble encore avoir un nouveau modèle inspirant et viable à proposer.

C’est facile de l’extérieur de dire qu’on aimerait voir plus de nouveaux visages et qu’on prenne plus de risques, mais avec des budgets de marde et une compétition super forte, quel producteur va vouloir les prendre, ces risques?

Quand t’es rendu à acheter un super cher un concept qui a déjà fonctionné ailleurs, est-ce que t’as l’air de quelqu’un qui file pour prendre des risques?

C’est plate à dire, mais le système dans lequel notre télé est placé, c’est fait pour limiter les risques au maximum.

Et ce n’est pas différent derrière la caméra. Comme scénariste, on peut aussi voir que ce sont les mêmes auteurs qui travaillent et qui font les principales séries depuis des années.

La diversité est rare là aussi.

Là non plus, on ne peut pas se permettre de prendre des risques parce qu’il n’y a pas d’argent alors les décideurs y vont avec des valeurs sûres.

Au détriment de la relève, de la diversité et de l’originalité.

Ça fait des années que j’aimerais voir plus de writers rooms plutôt que des auteurs solo ou en duo pour écrire nos séries, ce qui permettrait d’avoir une plus grande diversité de points de vue dans nos séries (et pas seulement une diversité ethnique), mais ça n’arrive pas. Ce n’est pas seulement un blocage culturel où on est ancré dans nos vieilles habitudes de télé québécoise où « on fait ça de même parce qu’on a toujours fait ça de même », c’est aussi une question d’argent.

Faire de la bonne télé, ça coûte des sous, et ici on est super cheap avec notre télé. Et quand une série floppe, on ne manque pas une occasion de bitcher que ç’a été payé « avec nos taxes » et que telle série américaine est meilleure sans jamais comparer les budgets.

Mais juste si on compare l’argent accordée à notre diffuseur public selon différents pays :

– CBC/Radio-Can a 1 milliard de budget pour une population de 38 millions d’habitants (en deux langues)
– Au UK, la BBC a 7 milliards de budget pour une population de 67 millions d’habitants
– En Allemagne, ARD a 11 milliards de budget pour une population de 83 millions

La seule place dans les pays modernes où ils mettent moins d’argent qu’ici par habitant, c’est aux États-Unis parce qu’ils sont 300 millions et ils décident de laisser le marché décider (et on voit ce que ça donne pour leurs chaines de nouvelles), mais ici, on est juste trop petit pour ça. On a besoin de l’argent publique comme tous les pays qui ne sont pas 300 millions.

Et éventuellement, il va falloir que la population réalise que notre télé est sous-financée pis que si on veut avoir une télé dont on peut être fier avec de l’ambition et de la diversité et de la prise de risque, on va devoir aussi y mettre de l’argent.