Concernant la dérive de l’Université d’Ottawa…

Dans toutes ces controverses autour du « mot en n » où l’on trouve raisonnable de suspendre des profs parce qu’ils ont cité le titre d’un livre ou qu’ils enseignent la réappropriation d’une insulte dans un contexte pédagogique, je me trouve encore du bord de la liberté d’expression et j’aimerais qu’on arrive tous, comme société, à avoir un peu de coeur et trouver un compromis raisonnable.

Et interdire aux gens d’utiliser un mot, que ce soit dans un contexte pédagogique ou d’actualité, je ne trouve pas que c’est raisonnable.

Évidemment, je suis un homme blanc et je suis sûr que pour certaines personnes, ça me disqualifie d’emblée d’aborder ce sujet-là.

(Pour ces personnes-là, ils peuvent arrêter de lire ici.)

Sauf que mon opinion ne s’arrête pas à ce mot-là, mais à tous les mots. Je ne pense pas que personne ne devrait pouvoir bannir un mot et que la simple prononciation de ce mot, peu importe le contexte, signifie la perte d’emploi de quelqu’un.

Le pire, c’est que pour un petit blanc d’Amos en Abitibi où il y avait à peu près huit personnes noires dans toute la ville, je me considérais semi-woke sur ces enjeux-là. J’ai appris l’anglais à 12-13 ans en regardant le Fresh Prince où 90% des enjeux de la culture afro-américaine me passaient au-dessus de la tête, mais en vieillissant et en continuant de m’intéresser à ces trucs, c’est toujours resté dans les sujets qui m’ont intéressé parce que c’est resté important dans mes valeurs.

D’ailleurs, pour ceux qui ne l’ont jamais vu, le speech récent que j’ai trouvé le plus convaincant concernant le n-word, je trouve que ç’avait été Ice Cube chez Bill Maher. La semaine précédente, Maher avait fait un gag où il avait utilisé le mot nonchalamment pour puncher. Et je crois que la blonde de Maher à l’époque était noire. Le message de Cube qui lui dit qu’il avait dû se penser un peu trop confortable, mais que les blancs ne pourraient jamais plus être confortables avec ce mot-là, j’avais trouvé ça super efficace et touchant. Malaisant parce que c’est pas facile, mais efficace.

Et surtout, on voit que Cube est touché et que ça vient d’une bonne place.

Ça, je comprenais à 100% parce que c’est authentique et qu’ils sont aux États-Unis où c’est au coeur de ce qui déchire leur pays depuis toujours. La bévue s’était passée live à la télé et comme ils disent, c’était un teachable moment.

Mais ce contexte, il est loin d’un prof d’université canadienne qui explique des trucs à ses élèves dans un contexte bien précis. Ce n’est pas un prof qui appelle son étudiant le n-word pour se trouver cool et encore moins comme une insulte. C’est un contexte pédagogique.

Et t’sais, même si je suis un blanc avec l’étiquette d’oppresseur pour ce sujet-là, juste comme humains, on a tous nos sensibilités. On a tous vécu des traumas. Je ne veux pas entrer dans une hiérarchisation des douleurs à savoir quelle expérience de la vie est plus souffrante qu’une autre, mais on a tous des situations dans la vie où quelque chose nous rappelle un évènement de marde qui nous tord le coeur.

Je ne peux pas comprendre ce que c’est d’être une personne noire qui entend le n-word comme je ne peux pas comprendre ce que c’est d’être une survivante d’un viol qui entend une histoire ou une joke de viol.

Mais je sais ce que c’est d’être quelque part et que quelqu’un parle d’un truc qui me trigger une expérience de marde. Et ce n’est pas cool. Et si je sentais que quelqu’un sortait ce mot à la légère dans l’unique but de me faire chier, ça me mettrait en colère.

Ça, c’est le bout dans ma tête que j’arrive à faire. Mais le bout où l’on voudrait interdire que le mot soit prononcé ou écrit, peu importe le contexte? J’ai beau essayer de comprendre la douleur et la décupler au max que je peux m’imaginer, je n’arrive quand même pas à trouver ça raisonnable.

1 commentaire

  1. Patrick

    Ce qui me fucke, c’est que j’ai l’impression que ces militants qui, j’imagine, réclâment de bonne foi l’unité, l’inclusion et l’équité risqueront d’obtenir exactement l’inverse.

    Si on ne peut plus, avec les meilleures intentions, discuter de la réalité de l’autre en utilisant les vrais mots, comment on va faire pour devenir complices?

    En étant aussi extrémistes, est-ce qu’on n’alimente pas les clivages et est-ce qu’on n’érige pas des barrières entre les « communautés », plutôt que de mieux se connaître?

    Esti qu’on est juste tous des humains, me semble.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2020 10putes.com

Thème par Anders NorenHaut ↑